GIL­BERT LAVOIE ÉDITORIALISTE

Le Quotidien - - ACTUALITÉS -

La « trans­for­ma­tion » du Qué­bec an­non­cée par Philippe Couillard ne tou­che­ra pas son conseil des mi­nistres…pour le mo­ment. À par­tir du mo­ment où l’As­sem­blée na­tio­nale re­prend ses tra­vaux, mar­di, il de­vient im­pos­sible de se lan­cer dans un grand jeu de chaises mu­si­cales sans lais­ser aux nou­veaux mi­nistres le temps de faire leurs de­voirs.

Mais Philippe Couillard a tout de même un as dans sa poche ar­rière : il pour­rait an­non­cer le dé­pôt d’un mi­ni-bud­get en no­vembre et mettre fin en­suite à la ses­sion par­le­men­taire en vue d’une nou­velle ses­sion et d’un dis­cours inau­gu­ral en fé­vrier.

Pour­quoi un mi­ni-bud­get ? Parce que le mi­nis­tère des Fi­nances pré­voit des sur­plus bud­gé­taires im­por­tants qui ouvrent la porte à des baisses d’im­pôts dès le 1er jan­vier. At­ten­tion ! Je ne vous pré­dis pas que le gou­ver­ne­ment s’en va dans cette di­rec­tion. Mais c’est un scé­na­rio tech­ni­que­ment pos­sible.

Pour­quoi ne pas avoir re­ma­nié le conseil des mi­nistres plus tôt ? Parce qu’un vrai re­ma­nie­ment ris­quait de faire des mé­con­tents et de pro­vo­quer d’autres dé­parts comme ce­lui de Sam Ha­mad. À plus d’un an des élections gé­né­rales, il au­rait fal­lu dé­clen­cher d’autres élections par­tielles. Mais après le 1er oc­tobre, donc moins d’un an avant les élections, cette contrainte dis­pa­raît. Philippe Couillard pour­ra donc ef­fec­tuer un grand re­ma­nie­ment s’il le dé­sire.

C’est là où l’op­tion de mettre fin à la ses­sion par­le­men­taire ap­pa­raît. Elle per­met­trait aux nou­veaux mi­nistres de prendre connais­sance de leurs dos­siers avant de re­ve­nir à l’As­sem­blée na­tio­nale.

S’il veut bou­ger avant les Fêtes, le pre­mier mi­nistre de­vra tou­te­fois at­tendre l’adop­tion de quelques pro­jets de loi. On pense qu’il vou­drait net­toyer la table et faire adop­ter le contro­ver­sé pro­jet de loi 62 sur la neu­tra­li­té re­li­gieuse. On pense aus­si qu’il de­vrait at­tendre la sanc­tion de l’As­sem­blée na­tio­nale pour l’en­trée en vi­gueur de l’im­por­tant pro­jet de loi 137 sur la réa­li­sa­tion du Ré­seau élec­trique mé­tro­po­li­tain (REM). La Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment at­tend l’adop­tion de ce pro­jet de loi dont l’étude ar­ticle par ar­ticle s’est ter­mi­née à la fin août.

Une fois ces étapes ter­mi­nées, quelque part en no­vembre, tout de­vient pos­sible.

Il y a long­temps que M. Couillard parle de ra­jeu­nir son équipe. Mais son seul re­ma­nie­ment d’im­por­tance a été ce­lui de jan­vier 2016 et l’af­faire a mal tour­né avec la ma­la­die de Pierre Mo­reau qui l’a for­cé à faire un autre mi­ni-re­ma­nie­ment en ca­tas­trophe.

Le pro­chain re­ma­nie­ment se­ra d’au­tant plus im­por­tant que cette équipe mi­nis­té­rielle se­ra celle de la cam­pagne élec­to­rale de 2018. Même si les re­ma­nie­ments ont peu d’ef­fets im­mé­diats sur la po­pu­la­ri­té des gou­ver­ne­ments, ils offrent la pos­si­bi­li­té d’of­frir une nou­velle image et de ré­pondre aux be­soins de chan­ge­ments de la po­pu­la­tion. Ils peuvent éga­le­ment contri­buer à faire ré­élire les nou­veaux mi­nistres dans leur cir­cons­crip­tion.

L’élé­ment clé d’un re­ma­nie­ment en an­née élec­to­rale est de sa­voir les­quels n’ont pas l’in­ten­tion des se re­pré­sen­ter. Cer­tains sont plus âgés ou sont en po­li­tique de­puis long­temps. D’autres peuvent ju­ger qu’ils ont fait le tour du jar­din. Pierre Ar­cand au­ra 66 ans en 2018 ; il est là de­puis 10 ans. Ri­ta de San­tis au­ra 64 ans et elle a été élue en 2012. Lise Thé­riault au­ra 52 ans, mais elle est dé­pu­tée de­puis 15 ans. Kath­leen Weil a 63 ans et elle a été élue en 2008.

L’âge et l’an­cien­ne­té sont par­fois des fac­teurs, mais pas tou­jours. Car­los Leitão n’a que 61 ans, mais il est ve­nu en po­li­tique parce qu’il était op­po­sé à la Charte de la laï­ci­té de Ber­nard Drain­ville. Il est in­dé­pen­dant de for­tune, et il a ra­me­né le Qué­bec à l’équi­libre bud­gé­taire. Il pour­rait dé­ci­der de pas­ser à autre chose. On me dit qu’il ré­flé­chit.

Pierre Ar­cand est un mi­nistre apprécié, mais il ne vou­dra peu­têtre pas sol­li­ci­ter un autre man­dat qui l’amè­ne­rait à 70 ans. Kath­leen Weil n’a pas be­soin de la po­li­tique pour vivre. Après 10 ans à l’As­sem­blée na­tio­nale, elle pour­rait dé­ci­der qu’elle veut pro­fi­ter da­van­tage de sa fa­mille. Ri­ta de San­tis a été tel­le­ment sur­prise de sa no­mi­na­tion au conseil des mi­nistres, l’hi­ver der­nier, qu’elle ac­cep­te­ra de cé­der sa place à la jeu­nesse. À 57 ans, Jean-Marc Four­nier a dé­jà fait plus de vingt ans à l’As­sem­blée na­tio­nale. S’il en est un qui est as­so­cié à l’an­cienne image li­bé­rale de Jean Cha­rest, c’est bien lui, mais il adore la joute po­li­tique et c’est le meilleur pom­pier de l’équipe pour noyer le pois­son lorsque ça chauffe. Vou­dra-t-il faire un autre quatre ans ? La ques­tion est po­sée.

Plus on re­garde l’équipe ac­tuelle, plus on se rend compte que le pre­mier mi­nistre jouit d’une cer­taine marge de ma­noeuvre pour ra­jeu­nir son ca­bi­net. C’est éga­le­ment du cô­té des dé­pu­tés fa­ti­gués qu’il pour­rait na­vi­guer pour ob­te­nir des dé­parts et cher­cher la jeu­nesse. Vu de loin, ça peut sem­bler simple, mais dans la vraie vie, c’est sou­vent une en­tre­prise ris­quée. C’est plus fa­cile dans des cas comme ce­lui de Pierre Pa­ra­dis, 67 ans, qui est en po­li­tique de­puis 1980. Mais c’est moins évident pour d’autres, qui n’ont pas d’em­ploi en vue, et pour qui la po­li­tique est de­ve­nue un gagne-pain. À prendre avec des pin­cettes…

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