Un hé­ri­tage réus­si, mais des ex­clus

Le Quotidien - - AVIS ET CARRIÈRES - ALEXAN­DRA DEL-PERAL Agence France-Presse

LONDRES — Gare ul­tra­mo­derne, centre com­mer­cial flam­bant neuf, grands es­paces verts... Cinq ans après les Jeux olym­piques, le quar­tier po­pu­laire de Strat­ford, dans l’est de Londres, a opé­ré une mue spec­ta­cu­laire, mais a aus­si vu le prix de l’im­mo­bi­lier ex­plo­ser, chas­sant une par­tie de ses ha­bi­tants. «C’est le pa­ra­dis, re­gar­dez au­tour de vous, toute cette ver­dure!», lance entre deux éti­re­ments Richard, 29 ans, ha­bi­tant du quar­tier, avant de s’en­gouf­frer dans le Parc olym­pique pour son jog­ging quo­ti­dien.

An­cien bas­tion in­dus­triel, Strat­ford, po­pu­laire et cos­mo­po­lite, a vu son image se mo­di­fier pro­fon­dé­ment avec la te­nue des JO 2012. Fi­nis les ter­rains vagues lais­sés à l’aban­don, place dé­sor­mais aux im­meubles mo­dernes au design soi­gné et aux es­paces verts en­tre­te­nus.

Car l’ob­jec­tif était clair : trans­for­mer ce quar­tier déshé­ri­té et ron­gé par le chô­mage en un ter­ri­toire ur­bain et at­trac­tif.

«Toute la zone au­tour de Strat­ford a été com­plè­te­ment trans­for­mée et ré­gé­né­rée», sou­ligne Hugh Ro­bert­son, le mi­nistre des Sports du­rant les Jeux, in­ter­ro­gé par l’AFP.

Quant aux in­fra­struc­tures olym­piques, elles ont dé­mar­ré une nou­velle vie.

Le stade est de­ve­nu de­puis l’été 2016 la nou­velle «mai­son» du club de foot­ball de l’est de la ca­pi­tale bri­tan­nique, West Ham. «Mul­tiu­sage», il a éga­le­ment ac­cueilli les cham­pion­nats du monde d’ath­lé­tisme en août.

Le centre aqua­tique, conçu par l’ar­chi­tecte Za­ha Ha­did, a lui été ra­pi­de­ment ou­vert au pu­blic après les Jeux. Il conti­nue aus­si à ac­cueillir des com­pé­ti­tions comme les cham­pion­nats d’Eu­rope de na­ta­tion en 2016 ou en­core une com­pé­ti­tion de plon­geon en 2014.

L’or­ga­nisme res­pon­sable des in­fra­struc­tures olym­piques (LLDC) se targue sur son site In­ter­net d’avoir par­ti­ci­pé au re­nou­veau éco­no­mique du quar­tier, long­temps condam­né à un taux de chô­mage au-des­sus de la moyenne de la ville, avec l’im­plan­ta­tion de nom­breux com­merces et res­tau­rants.

Un dy­na­misme qui contraste avec ce qu’ont connu d’autres villes, comme Athènes ou Rio, où l’ex­pé­rience olym­pique a plu­tôt été sy­no­nyme de gouffre fi­nan­cier et d’équi­pe­ments en déshé­rence.

ABORDABLE POUR QUI?

La «ré­gé­né­ra­tion» du quar­tier n’a ce­pen­dant pas pro­fi­té à tous ses ha­bi­tants. Comme sou­vent, elle s’est ac­com­pa­gnée d’une en­vo­lée des prix de l’im­mo­bi­lier qui en a contraint cer­tains au dé­mé­na­ge­ment.

«Quand une zone a été pro­fon­dé­ment ré­gé­né­rée, les prix de l’im­mo­bi­lier aug­mentent et ce­la bé­né­fi­cie évi­dem­ment aux per­sonnes qui sont pro­prié­taires», constate Hugh Ro­bert­son. Se­lon lui, l’un des «ob­jec­tifs-clés» était aus­si de s’as­su­rer qu’il y ait suf­fi­sam­ment de lo­ge­ments so­ciaux pour les per­sonnes à bas re­ve­nus, mais «c’était de la res­pon­sa­bi­li­té du maire» de Londres.

Beau­coup de pro­prié­taires ont pro­fi­té des Jeux pour se dé­bar­ras­ser de leurs an­ciens lo­ca­taires afin d’augmenter les loyers, pous­sant de nom­breux ha­bi­tants à s’exiler hors de leur quar­tier d’ori­gine, constate Pen­ny Bern­stock, spé­cia­liste du lo­ge­ment et du chan­ge­ment so­cial dans l’est de la ca­pi­tale bri­tan­nique.

Mme Bern­stock sou­ligne par ailleurs que le nombre de san­sa­bri à New­ham (le dis­trict qui in­clut Strat­ford) a aug­men­té de 51 % entre 2012 et 2015, contre 32 % pour la ca­pi­tale dans son en­semble.

Si la cher­cheuse re­con­naît des avan­cées en ma­tière de trans­ports et lo­ge­ments, elle es­time qu’il y a au­jourd’hui «deux mondes qui co­ha­bitent» : le vieux Strat­ford, pauvre, et le nou­veau, «ai­sé».

«Nous sommes ve­nus ici parce que nous sa­vions que nous fe­rions une bonne af­faire. C’est ver­doyant, il y a des trans­ports, des ma­ga­sins, et c’est calme», ex­plique tout sou­rire Ma­ry Rid­ley, 34 ans, qui s’est ins­tal­lée dans le quar­tier il y a tout juste deux ans avec son époux.

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