Au secours des cui­si­niers

Le Quotidien - - ACTUALITÉS -

En 2020, pas moins de 8720 em­plois se­ront va­cants dans le mi­lieu de la res­tau­ra­tion au Qué­bec et ce chiffre pas­se­ra à près de 19 000 en 2035. Et avec une pé­nu­rie de main-d’oeuvre qui se fait sur­tout res­sen­tir du cô­té de la cui­sine, l’As­so­cia­tion des res­tau­ra­teurs du Qué­bec (ARQ), réunie mar­di à Trois-Ri­vières, prône le par­tage des pour­boires pour rendre le mé­tier plus at­trayant. Si­non, avec des marges bé­né­fi­ciaires plu­tôt minces (310 res­tau­ra­teurs ont fait faillite au Qué­bec en 2016), les em­ployeurs qui op­te­ront pour des aug­men­ta­tions de sa­laire pour at­ti­rer du per­son­nel de­vront refiler la fac­ture aux consom­ma­teurs.

« Ce n’est pas une re­ven­di­ca­tion, c’est une piste de so­lu­tion qui est re­ve­nue sou­vent sur la table. Le pro­blème, c’est la dif­fé­rence de ré­mu­né­ra­tion entre les cui­si­niers et les ser­veurs qui est d’au moins de 10 dol­lars de l’heure, en moyenne. Ce n’est pas nor­mal. C’est sûr, quand tu vas jouer dans les poches de quel­qu’un qui l’a dé­jà, il n’y a per­sonne qui trouve ça le fun, sur­tout du cô­té des ser­veurs. Il va fal­loir qu’on trouve des so­lu­tions. Car l’aug­men­ta­tion de sa­laire va se re­flé­ter di­rec­te­ment dans l’as­siette. Il va fal­loir payer plus pour al­ler dans les res­tau­rants », a confié le pré­sident sor­tant de l’ARQ, Claude Gau­thier, du Cas­tel 1954.

Se­lon l’édi­tion 2017 du son­dage sur les sa­laires de l’ARQ, les ser­veurs gagnent en moyenne au­tour de 27,30 $/l’heure lorsque les pour­boires sont comp­ta­bi­li­sés. À titre de com­pa­rai­son, les chefs cui­si­niers gagnent en moyenne 18,57 $/l’heure et les cui­si­niers spé­cia­li­sés ob­tiennent en moyenne un taux ho­raire de 15,44 $.

Ac­tuel­le­ment, l’ar­ticle 50 de la Loi sur les normes du tra­vail in­ter­dit aux res­tau­ra­teurs d’in­ter­ve­nir de quelque ma­nière que ce soit dans la mise en place d’un mé­ca­nisme de par­tage des pour­boires. Mais pour l’ARQ, c’est pour­tant la so­lu­tion la plus simple et la plus ef­fi­cace pour ré­ta­blir l’équi­libre de la ré­mu­né­ra­tion entre la cui­sine et la salle.

Car ce ré­équi­li­brage des pour­boires per­met­trait d’aug­men­ter les re­ve­nus des sa­la­riés à taux ré­gu­lier, sans mettre une pres­sion ad­di­tion­nelle sur les coûts d’ex­ploi­ta­tion de l’éta­blis­se­ment. L’As­so­cia­tion pré­sen­te­ra cette de­mande lors des consul­ta­tions en­tou­rant la ré­vi­sion de la Loi sur les normes du tra­vail vou­lue par le gou­ver­ne­ment et qui au­ront lieu pro­chai­ne­ment.

Le monde de la res­tau­ra­tion est en pleine ef­fer­ves­cence en ré­gion avec une crois­sance de 7,7 % au troi­sième tri­mestre, ce qui est su­pé­rieur à la moyenne pro­vin­ciale de 6,4 %. L’ARQ at­tri­bue cette per­for­mance à la vi­gueur de l’in­dus­trie tou­ris­tique et de l’éco­no­mie qué­bé­coise.

« Et on s’ap­proche du plein em­ploi », a fait re­mar­quer la di­rec­trice gé­né­rale de l’Ins­ti­tut de tourisme et d’hô­tel­le­rie du Qué­bec, Li­za Frul­la, une bonne nou­velle qui, di­telle, vient tou­te­fois com­pli­quer la vie des res­tau­ra­teurs.

Dans son al­lo­cu­tion, l’an­cienne po­li­ti­cienne a par­ta­gé sa dif­fi­cul­té à re­cru­ter et gar­der les étu­diants. « Nous sommes à la pre­mière ligne. Vos dé­fis sont nos dé­fis. Il y a un manque d’in­té­rêt des jeunes pour tra­vailler en res­tau­ra­tion », a-t-elle lan­cé aux quelque 250 membres de l’ARQ ras­sem­blés à l’hô­tel Del­ta Mar­riott.

Par ailleurs, celle-ci a sou­li­gné le fait que le bas­sin de re­cru­te­ment de pré­di­lec­tion du sec­teur, qui se com­pose des in­di­vi­dus âgés de 15 à 24 ans, connaî­tra une dé­crois­sance de l’ordre de 9 % d’ici 2021. Du même souffle, elle a dé­crit l’in­dus­trie de la res­tau­ra­tion au Qué­bec : plus de 20 000 éta­blis­se­ments, près de 220 000 em­ployés et 12 mil­liards de dol­lars de ventes.

Même si les re­trai­tés et les im­mi­grants re­pré­sentent des so­lu­tions à la pé­nu­rie de main-d’oeuvre, la confé­ren­cière pointe du doigt comme « cause plus pro­fonde » la sous-va­lo­ri­sa­tion des em­plois. « En Eu­rope, le mé­tier de ser­veur est noble alors qu’ici, c’est un pre­neur de com­mandes et un por­teur d’as­siette », dé­plore-t-elle.

De plus, Li­za Frul­la in­vite les res­tau­ra­teurs à s’adap­ter à la nou­velle gé­né­ra­tion dont les prio­ri­tés sont la qualité de vie et les condi­tions de tra­vail. Le par­tage des pour­boires est sou­hai­té pour contrer la pé­nu­rie de main-d’oeuvre

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.