« Hu­mi­liant et dé­ran­geant »

Des élèves au coeur d’une contro­verse ves­ti­men­taire à l’école Mont­calm

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - SI­MON RO­BERGE si­mon.ro­berge@la­tri­bune.qc.ca

SHERBRO OK E—E li­jahB eau re­gard Lan­dry ,16 ans, est ar­ri­vée à l’ école se­con­daire Mont­calm jeu­di vê­tue d’un leg­gings noir et d’un short noir par-des­sus. Un sur­veillant l’a in­ter­pel­lée sur l’heure du mi­di pour lui de­man­der de chan­ger d’ha­bille­ment puis­qu’elle ne res­pec­tait pas le code ves­ti­men­taire de l’éta­blis­se­ment. Les pho­tos d’Eli­jah et de Myriam Roy, elle aus­si aver­tie par les sur­veillants, se sont ra­pi­de­ment pro­pa­gées sur les ré­seaux so­ciaux sus­ci­tant de nom­breux com­men­taires puisque leur ha­bille­ment ne sem­blait pas faire preuve d’in­dé­cence.

« C’est très hu­mi­liant et dé­ran­geant, a men­tion­né Éli­jah re­joint par La Tri­bune ven­dre­di. C’est mon corps, je suis as­sez ma­ture pour avoir un em­ploi, conduire une voi­ture, mais ap­pa­rem­ment pas pour choi­sir le linge que je porte. On m’a dit de me trou­ver d’autres linges ou de ne pas re­ve­nir pour les cours de l’après-mi­di. Mais les cours étaient trop im­por­tant pour que je les manque donc j’y suis al­ler. »

« J’étais très fâ­ché de la fa­çon dont ça s’est pas­sé, dit pour sa part Myriam Roy. J’ai ce chan­dail de­puis très long­temps et je l’ai por­té plu­sieurs fois à l’école et tout d’un coup je dois me chan­ger. »

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’une telle si­tua­tion sur­vient à l’école Mont­calm se­lon Va­lé­ry Mar­tin, mère d’une élève.

« C’est une école su­per ou­verte où il n’y a pas ou presque d’in­ti­mi­da­tion, mais je ne com­prends pas pour­quoi on cible par­ti­cu­liè­re­ment les filles, ex­plique-t-elle. Ce sont sou­vent elles qui doivent chan­ger de vê­te­ments. »

La sur­veillance est très sé­vère se­lon Mme Mar­tin.

« Les sur­veillants aver­tissent éga­le­ment les jeunes qui mettent leur tuque avant de sor­tir de­hors. À cet âge-là, c’est dé­jà dif­fi­cile de leur faire por­ter une tuque... »

Les couvre-chefs de toute sorte sont in­ter­dits à l’école Mit­chell-Mont­calm.

« Je n’ai au­cune idée pour­quoi on n’a pas le droit d’avoir de tuque à l’in­té­rieur, sou­ligne Eli­jah qui en est à sa der­nière an­née au se­con­daire. J’ai­me­rais beau­coup qu’il y ait un dialogue et qu’ils nous ex­pliquent les rai­sons der­rière le code ves­ti­men­taire. »

OU­VRIR UN DIALOGUE

Les pho­tos des deux jeunes femmes se sont re­trou­vé sur la page Fa­ce­book du groupe Elle n’a pas dit oui qui fait de la sen­si­bi­li­sa­tion face au sexisme or­di­naire. Jin­ny Mail­hot, di­rec­trice de la cor­po­ra­tion de dé­ve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire du Haut-Saint-Fran­çois et co­or­don­na­trice de la page, es­time que l’ha­bille­ment des jeunes filles était adé­quat.

« Je pense qu’on s’en­tend pour dire que ce n’est pas si pire que ça, ex­plique-t-elle. Il n’y a per­sonne de mal in­ten­tion­né dans le dos­sier, mais je crois qu’il doit y avoir un dialogue entre l’école et les jeunes. »

« J’ai­me­rais sou­li­gner le cou­rage des deux filles qui n’ont pas ac­cep­té cette si­tua­tion et qui l’ont dé­crié sur la place pu­blique. »

Eli­jah men­tionne ne ja­mais avoir re­çu de com­men­taire des gar­çons de son âge concer­nant son ha­bille­ment.

« Ce ne sont pas tous des animaux ni tous des per­vers, lance-t-elle. Ils ne vien­dront pas tous ba­ver de­vant moi si je mets des leg­gings. »

À la lu­mière de cette contro­verse, Va­lé­ry Mar­tin veut d’ailleurs créer un ate­lier ou une ac­ti­vi­té de sen­si­bi­li­sa­tion pour trou­ver une so­lu­tion au pro­blème.

« Il faut en­ta­mer une ré­flexion et trou­ver un juste mi­lieu. »

DES BALISES À RES­PEC­TER

La di­rec­tion de l’école es­time lais­ser beau­coup d’es­pace et de liberté aux élèves, mais rap­pelle que des balises doivent être en place pour évi­ter les dé­bor­de­ments.

« On a dé­ci­dé de ne pas im­po­ser d’uni­formes ou de de­mi-uni­formes comme d’autres écoles ont fait parce que la créa­ti­vi­té et l’iden­ti­té font par­tie de nos valeurs, sou­ligne Pas­cale Bi­lo­deau, di­rec­trice de l’école Mit­chell-Mont­calm. On a mis en place cer­taines balises de dé­cence, d’hy­giène et de pro­pre­té. On es­saie de si­mu­ler un mi­lieu de tra­vail et je n’en connais pas beau­coup qui to­lé­re­raient des leg­gings. »

« Je veux pré­ci­ser qu’au­cun élève n’a man­qué de l’école, pour­sui­telle. On ne fait pas de dis­cri­mi­na­tion en­vers les gars ou les filles, si un gars ve­nait à l’école en leg­gings on l’aver­ti­rait aus­si. Les leg­gings seuls sont pro­blé­ma­tiques, mais avec un short par-des­sus c’est cor­rect. »

Mme Bi­lo­deau se dé­sole éga­le­ment de la fa­çon dont l’in­for­ma­tion a été pro­pa­gée sur in­ter­net.

« C’est très dom­mage que la si­tua­tion ait été mal rap­por­tée sur Fa­ce­book, s’in­surge-t-elle. L’histoire a pris toute sorte de tan­gentes très dé­so­lantes. La jeune fille dans la si­tua­tion d’hier a eu beau­coup de temps pour se trou­ver d’autres linges dans ses af­faires ou dans ceux d’une amie et en­suite on peut four­nir des vê­te­ments. On prend l’élève à part, on ne fait pas ça de­vant tout le monde. »

C’est mon corps, je suis as­sez ma­ture pour avoir un em­ploi, conduire une voi­ture, mais ap­pa­rem­ment pas pour choi­sir le linge que je porte. On m’a dit de me trou­ver d’autres linges ou de ne pas re­ve­nir pour les cours de l’après­mi­di. Mais les cours étaient trop im­por­tant pour que je les manque donc j’y suis al­ler. — Eli­jah Beau­re­gard-Lan­dry

— PHOTO TI­RÉE DE FA­CE­BOOK

Myriam Roy a dû chan­ger de chan­dail en rai­son d’une ou­ver­ture dans le dos.

— PHOTO TI­RÉE DE FA­CE­BOOK

Eli­jah Beau­re­gard-Lan­dry s’est fait dire de chan­ger d’ha­bille­ment ou de re­tour­ner chez elle pour l’après-mi­di.

— PHOTO SPECTRE MÉ­DIA, AN­DRÉ VUILLEMIN

Les pho­tos d’Eli­jah Beau­re­gard-Lan­dry et de Myriam Roy se sont ra­pi­de­ment pro­pa­gées sur les ré­seaux so­ciaux sus­ci­tant de nom­breux com­men­taires.

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