Un «par­te­na­riat» et non une «re­la­tion d’au­to­ri­té»

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - ÉLI­SA­BETH FLEU­RY efleu­ry@le­so­leil.com

Il au­ra fal­lu des ques­tions ser­rées des jour­na­listes pour que soit un peu plus clair le rôle que les in­fir­mières pra­ti­ciennes spé­cia­li­sées (IPS) pour­ront do­ré­na­vant jouer avec l’en­trée en vi­gueur des nou­veaux rè­gle­ments en­ca­drant leur pra­tique, conve­nus à l’au­tomne, mais of­fi­cia­li­sés par le gou­ver­ne­ment mer­cre­di.

Ces nou­veaux rè­gle­ments se­ront ef­fec­tifs à comp­ter du 8 mars, même si des fi­celles restent en­core à at­ta­cher, les lignes di­rec­trices n’ayant pas en­core ré­di­gées, a-t-on com­pris en confé­rence de presse.

Dans le com­mu­ni­qué trans­mis aux médias par l’As­so­cia­tion des in­fir­mières pra­ti­ciennes spé­cia­li­sées du Qué­bec (AIPSQ), cel­le­ci dé­plo­rait que les pa­tients souf­frant de pro­blèmes de santé chro­nique pour les­quels les IPS au­ront ini­tié un trai­te­ment « de­vront obli­ga­toi­re­ment voir un mé­de­cin dans les se­maines sui­vant l’amorce du trai­te­ment ».

« Le main­tien d’une telle exi­gence, peu im­porte la condi­tion des pa­tients, im­plique pour ces der­niers une du­pli­ca­tion de ser­vices et de dé­pla­ce­ments », dé­non­çait l’AIPSQ.

Ques­tion­né sur cette lec­ture de la nou­velle ré­gle­men­ta­tion, le mi­nistre de la Santé, Gaé­tan Bar­rette, et le pré­sident du Col­lège des mé­de­cins du Qué­bec, le Dr Charles Ber­nard, ont lon­gue­ment in­sis­té sur le con­cept de « par­te­na­riat » entre les IPS et les mé­de­cins.

« Il n’est pas sys­té­ma­tique que le pa­tient soit vu par le mé­de­cin, mais il est sys­té­ma­tique que le mé­de­cin soit in­for­mé […]. Donc non, il n’y a pas d’obli­ga­tion, mais il y a une obli­ga­tion de par­te­na­riat entre l’IPS et le mé­de­cin » quand la si­tua­tion cli­nique l’exige, a ex­pli­qué le mi­nistre Bar­rette, se­lon qui le par­te­na­riat est né­ces­saire « pour s’as­su­rer qu’on ne crée pas de nou­veaux si­los ».

En prin­cipe, les IPS ne peuvent pas po­ser de diag­nos­tic, cet acte étant ré­ser­vé aux mé­de­cins. Estce à dire qu’elles pour­ront le faire pour les ma­la­dies ch­ro­niques (dia­bète, hy­per­ten­sion, hy­per­cho­les­té­ro­lé­mie, asthme, ma­la­dies pul­mo­naires obs­truc­tives ch­ro­niques et hy­po­thy­roï­die), alors que le nou­veau rè­gle­ment leur permet d’amor­cer des trai­te­ments pour ces ma­la­dies ?

Le mi­nistre de la Santé a ci­té l’exemple du dia­bète. « Le diag­nos­tic de dia­bète, ce n’est pas un diag­nos­tic très com­plexe à faire », a-t-il com­men­cé avant de lais­ser la pa­role au Dr Charles Ber­nard, qui a pré­fé­ré par­ler de pro­blèmes « iden­ti­fiés » par l’IPS plu­tôt que « diag­nos­ti­qués ».

« Pour con­fir­mer un diag­nos­tic plus com­pli­qué, l’IPS va faire af­faire avec son mé­de­cin par­te­naire », a dit le pré­sident du Col­lège des mé­de­cins.

« Le dia­bète, mal­gré que ce soit une ma­la­die fa­cile à diag­nos­ti­quer, c’est une ma­la­die qui apporte énor­mé­ment de com­pli­ca­tions, et il faut avoir un sui­vi ri­gou­reux » avec no­tam­ment un mé­de­cin par­te­naire, a ex­po­sé le Dr Ber­nard.

« L’IPS et le mé­de­cin doivent se par­ler, c’est ça l’ob­jec­tif. Ce qu’on veut évi­ter, c’est qu’il y ait des gens qui partent tout seuls pis qu’après ils ne savent plus quoi faire et partent dans une mau­vaise di­rec­tion. On veut qu’il y ait une co­hé­sion », a-t-il ajou­té. « C’est sûr qu’il va de­voir y avoir une dis­cus­sion » entre le mé­de­cin et l’IPS après l’amorce par celle-ci d’un trai­te­ment pour une ma­la­die chro­nique, a-t-il in­sis­té.

Pour le mi­nistre Bar­rette, il s’agit bien d’un « par­te­na­riat » entre l’IPS et le mé­de­cin, et non d’une « re­la­tion d’au­to­ri­té où le mé­de­cin su­per­vise chaque acte po­sé par l’IPS ».

À la fin de la confé­rence de presse, la présidente de l’AIPSQ, Ch­ris­tine La­li­ber­té, s’est dite sa­tis­faite et ras­su­rée par les pro­pos te­nus par le mi­nistre et le pré­sident du Col­lège.

UN PRO­CES­SUS LA­BO­RIEUX

Outre les trai­te­ments pour les ma­la­dies ch­ro­niques, les IPS au­ront, avec les nou­veaux rè­gle­ments, une plus grande flexi­bi­li­té dans la pres­crip­tion de mé­di­ca­ments, de tests diag­nos­tics et d’ima­ge­rie mé­di­cale grâce à l’abo­li­tion de listes pré­éta­blies. La nou­velle ré­gle­men­ta­tion a éga­le­ment ajou­té trois nouvelles classes de spé­cia­li­té pour les IPS (adulte, pé­dia­trique et santé men­tale), en plus de bo­ni­fier celles de pre­mière ligne et de néo­na­ta­lo­gie.

Il n’a pas été fa­cile d’ac­cou­cher de ces nou­veaux rè­gle­ments, ont conve­nu le Col­lège des mé­de­cins et l’Ordre des in­fir­mières et in­fir­miers du Qué­bec (pour rap­pel, la der­nière ré­gle­men­ta­tion sur la pra­tique des IPS re­mon­tait à… 2005).

La présidente de l’AIPSQ au­rait ai­mé faire des gains « en­core plus im­por­tants afin de com­bler to­ta­le­ment notre re­tard par rap­port aux IPS du reste du pays ». Ch­ris­tine La­li­ber­té sou­haite que les IPS soient no­tam­ment au­to­ri­sées à si­gner cer­tains for­mu­laires, dont l’éva­lua­tion du main­tien du per­mis de conduire, et à ré­fé­rer leurs pa­tients di­rec­te­ment à des mé­de­cins spé­cia­listes.

Se­lon la présidente de l’Ordre des in­fir­mières, Lu­cie Trem­blay, s’il a fal­lu au­tant d’an­nées pour élar­gir le champ de pra­tique des IPS, c’est parce qu’« on a un système pro­fes­sion­nel unique au monde, où les re­la­tions sont nor­mées par ce système pro­fes­sion­nel ».

Con­trai­re­ment à Ch­ris­tine La­li­ber­té, Mme Trem­blay s’est dite d’avis qu’« avec la nou­velle ré­gle­men­ta­tion qu’on a, on prend une lon­gueur d’avance sur ce qui se passe ailleurs au Ca­na­da ».

Le mi­nistre Bar­rette a pris l’an der­nier l’en­ga­ge­ment d’in­té­grer 2000 IPS dans le ré­seau d’ici 2025. Ac­tuel­le­ment, le Qué­bec compte 470 IPS, dont le sa­laire va­rie entre 50 000 $ et 93 000 $.

— PHO­TO LE SO­LEIL, FRÉ­DÉ­RIC MATTE

Le mi­nistre de la Santé Gaé­tan Bar­rette a confir­mé mer­cre­di les nou­veaux pou­voirs oc­troyés aux in­fir­mières pra­ti­ciennes spé­cia­li­sées.

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