Et si on lé­ga­li­sait le ca­fé?

Le Quotidien - - CHRONIQUEUR DU SAMEDI - @joel­mar­tel JOËL MAR­TEL jmar­tel@le­quo­ti­dien.com

Je m’étais dé­jà prê­té à un exer­cice si­mi­laire il y a quelques an­nées, mais avec la pré­ten­due lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis qui s’en vient, je n’ai pas pu ré­sis­ter à la ten­ta­tion de m’y re­plon­ger. Alors voi­là, mes­dames et mes­sieurs, à quoi res­sem­ble­rait la lé­ga­li­sa­tion du ca­fé.

Le pre­mier mi­nistre du Ca­na­da an­nonce que le ca­fé se­ra main­te­nant légalisé. Évi­dem­ment, le gou­ver­ne­ment s’as­su­re­ra que cette lé­ga­li­sa­tion soit bien en­ca­drée, mais dans un an, tout le monde pour­ra main­te­nant ache­ter et consom­mer du ca­fé sans craindre d’être dans l’illé­ga­li­té.

Trente mi­nutes plus tard, alors que le ca­fé avait tou­jours été re­la­ti­ve­ment to­lé­ré et qu’un as­sez grand pour­cen­tage de la po­pu­la­tion n’en fai­sait pra­ti­que­ment pas de cas, une cam­pagne de la peur digne des vieilles an­nonces en noir et blanc com­mence dé­jà à s’ins­tal­ler dans les mé­dias.

Du jour au len­de­main, on ne pré­sente plus les consom­ma­teurs de ca­fé de la même fa­çon. Ain­si, l’image de cette per­sonne un peu en­gour­die par une mau­vaise nuit qui boit une gor­gée de ca­fé afin de se ré­veiller n’a plus sa place. Dé­sor­mais, le bu­veur de ca­fé est pré­sen­té comme étant une me­nace, et ce, au­tant pour lui-même que pour les autres.

Tout d’abord, le bu­veur de ca­fé s’ex­pose à de graves pro­blèmes de dé­pen­dance sans comp­ter d’éven­tuels pro­blèmes de pal­pi­ta­tions car­diaques. Et c’est sans comp­ter les risques de dé­cès, car tout le monde sait que cer­tains ven­deurs coupent leur ca­fé avec du fen­ta­nyl (en fait, on ne pren­dra ja­mais vrai­ment le temps de va­li­der cette in­for­ma­tion, mais la fois où on va la dire, ça va fes­ser).

De plus, comme la ca­féine a des pro­prié­tés ex­ci­tantes, les bu­veurs de ca­fé sont de vraies bombes à re­tar­de­ment.

Dé­ci­dé­ment, l’opi­nion pu­blique a bien rai­son de voir cette lé­ga­li­sa­tion du ca­fé d’un mau­vais oeil…

Du cô­té des consom­ma­teurs et des dif­fé­rents in­ter­ve­nants qui se spé­cia­li­saient dé­jà en ma­tière de ca­fé, on est ten­té de croire que tout le monde fi­ni­ra par en pro­fi­ter. Cette lé­ga­li­sa­tion se­ra l’oc­ca­sion d’ou­vrir une mul­ti­tude de pe­tits ca­fés où les gens de dif­fé­rents quar­tiers pour­ront se réunir une fois de temps en temps tout en ri­go­lant. Et puis, chaque pe­tit com­merce au­ra ses spé­cia­li­tés se­lon les goûts du pu­blic. Qui sait, ça pour­rait vrai­ment pro­fi­ter à l’éco­no­mie lo­cale tout ça !

Mais ra­pi­de­ment, ceux-ci de­vront mettre une croix sur ces pro­jets uto­piques, car en fait, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a un meilleur plan. Au lieu d’en­cou­ra­ger de pe­tites en­tre­prises à pro­fi­ter de ce nou­veau mar­ché, il va faire construire des gros Tim Hor­tons dans les grandes villes de chaque ré­gion.

Chaque Tim Hor­tons au­ra le même me­nu et pas de chi­cane pour per­sonne. Et l’ar­gent va al­ler à la même place. Pas plus com­pli­qué que ça.

Puis, quelques se­maines avant la lé­ga­li­sa­tion, on an­nonce que le nou­veau gou­ver­ne­ment pro­vin­cial a dé­ci­dé que les adultes qui n’ont pas en­core 21 ans ne pour­ront pas ache­ter de ca­fé. Le truc, c’est que leur cer­veau n’a pas en­core fi­ni de se dé­ve­lop­per et s’ils boivent du ca­fé avant ça, ils pour­raient en gar­der des sé­quelles jus­qu’à la fin de leurs jours. D’ailleurs, il y a un tas d’études qui dé­montrent qu’il y a beau­coup de cas de pro­blèmes de san­té men­tale chez les bu­veurs de ca­fé.

Mais la po­pu­la­tion n’a en­core rien vu, car voi­là que les villes vont s’en mê­ler. Tout d’un coup, chaque ville du Qué­bec an­nonce fiè­re­ment les me­sures qu’elles adop­te­ront afin de ré­agir à la lé­ga­li­sa­tion du ca­fé.

À par­tir de main­te­nant, c’est fi­ni les ca­fés sur un banc de parc. En fait, dans la plu­part des villes, on ne s’est pas trop com­pli­qué la vie, car la loi fait main­te­nant en sorte qu’on a le droit de boire du ca­fé seule­ment à la mai­son.

D’ailleurs, as­su­rez-vous bien de n’avoir rien de pré­vu à l’ho­raire pour les pro­chaines 24 heures si vous osiez vous ris­quer à boire un ca­fé, car tant qu’il en res­te­ra dans votre sys­tème, vous se­rez une bombe à re­tar­de­ment, alors te­nez­vous sur­tout loin du vo­lant et évi­tez les es­paces pu­blics.

En­fin, quelques an­nées après la lé­ga­li­sa­tion, deux amis si­rotent un ca­fé ins­tan­ta­né au mi­lieu de la fo­rêt, puis l’un dit à l’autre : « Ah ! Ce qu’on était bien à l’époque où c’était illé­gal. »

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