BIEN MAN­GER À LA STATIONSERVICE?

Le Quotidien - - VOYAGES - ÉMI­LIE BI­LO­DEAU La Presse Pho­tos La Presse, Ber­nard Brault, et Fa­ce­book

«Dans la ré­gion, c’est sou­vent dans les sta­tions-ser­vice qu’on trouve la meilleure nour­ri­ture», dé­clare Ash­by Brame, sur le ton le plus nor­mal du monde. De­vant notre air stu­pé­fait, elle se met à énu­mé­rer des adresses à la di­zaine.

CA­RO­LINE DU NORD

« C’est vrai­ment quelque chose qui n’est pas étrange, ici. En fait, c’est plu­tôt dans la norme », pré­cise celle qui est née et a gran­di dans le com­té de Johns­ton, ter­ri­toire tra­ver­sé par l’In­ters­tate 95, en Ca­ro­line du Nord.

Res­pon­sable des re­la­tions pu­bliques au bu­reau de tou­risme, Ash­by ex­plique que la ré­gion a long­temps été re­con­nue pour ses champs de ta­bac. Avec la baisse de po­pu­la­ri­té de la ni­co­tine, les fer­miers se sont tou­te­fois tour­nés vers d’autres cul­tures comme la pa­tate douce et le soya. Ils élèvent aus­si des porcs. La ré­gion a une longue his­toire agri­cole et les moms and pops stores qui vendent sous un même toit de l’es­sence, de la nour­ri­ture, des vê­te­ments et de l’équi­pe­ment agri­cole font tou­jours par­tie de la culture des gens qui ha­bitent le com­té, af­firme Ash­by. « Le coin a été long­temps si ru­ral, et il l’est en­core, qu’on di­rait qu’on ne s’est ja­mais com­plè­te­ment dé­bar­ras­sés du concept de ma­ga­sin gé­né­ral », af­firme la tren­te­naire, at­ta­blée de­vant une as­siette de côtes le­vées, ser­vie dans le res­tau­rant d’une sta­tion-ser­vice au lo­go de la Bri­tish Pe­tro­leum (BP).

Se­lon Ash­by, les par­te­na­riats entre sta­tions d’es­sence et res­tau­rants pré­sentent un in­té­rêt pour les deux types de com­merces. Les clients qui ont be­soin d’es­sence risquent de prendre une bou­chée ; ceux qui veulent man­ger risquent de rem­plir le ré­ser­voir de leur vé­hi­cule. On est à l’ère de l’op­ti­mi­sa­tion de son temps, quoi !

Ash­by ex­plique éga­le­ment que son dis­trict ne compte pas une tonne de lo­caux ayant du po­ten­tiel pour les res­tau­ra­teurs. La ré­gion com­mence à peine à voir de nou­veaux pro­jets com­mer­ciaux et im­mo­bi­liers.

« Plu­sieurs res­tau­ra­teurs de la ré­gion n’ont pas les fonds né­ces­saires pour ou­vrir leur com­merce. Mais il y a ces sta­tions d’es­sence qui ont de pe­tits es­paces à louer, à des prix rai­son­nables. Pour les gens qui se lancent en af­faires, c’est sou­vent une oc­ca­sion, une ma­nière de com­men­cer pe­tit et de voir si leur com­merce va fonc­tion­ner. »

RES­TOS À SUC­CÈS

Com­men­cer pe­tit. C’était en quelque sorte l’idée de Jer­ry Ste­phen­son Jr lors­qu’il a dé­ci­dé d’ou­vrir The Red­neck BBQ Lab. Ce com­pé­ti­teur aguer­ri de concours de bar­be­cue cher­chait un lo­cal dans la mu­ni­ci­pa­li­té de Ben­son lors­qu’il est tom­bé sur un es­pace lais­sé va­cant par un Dai­ry Queen, dans une sta­tion BP. « Je cher­chais un lo­cal pour mon ser­vice de trai­teur, mais comme il y avait une fe­nêtre pour le take-out, je me suis dit qu’on cui­si­ne­rait pour les gens qui veulent ra­mas­ser un sand­wich ou un re­pas pour leur fa­mille. Je ne pen­sais ja­mais que les gens vien­draient s’as­seoir ici pour man­ger », ra­conte Jer­ry, dans son res­tau­rant où il ex­pose ses di­zaines et ses di­zaines de tro­phées.

Non seule­ment les clients mangent sur place, mais ils font même la file jus­qu’à l’en­trée pour goû­ter au porc ef­fi­lo­ché ou aux burnt ends, bouts de viande un peu trop cuits, qui sont sou­vent écou­lés avant la fin de la jour­née.

À quelque 30 km de là, Jer­ry Fitz­ge­rald a quant à lui cé­dé à la pres­sion des ha­bi­tants de Clay­ton qui lui de­man­dait d’ou­vrir un res­tau­rant dans son dé­pan­neur. « On avait des trucs comme des sau­cis­sons sé­chés et des sar­dines, mais les gens vou­laient un res­tau­rant. Je n’avais pas beau­coup d’ar­gent, alors je me suis mis à ré­flé­chir à des hot­dogs. Tout ce que ça me pre­nait, c’est un cui­seur à la va­peur pour les pains et les sau­cisses, puis une mi­jo­teuse pour le chi­li. »

Trente-six ans après avoir ajou­té un pe­tit comp­toir de res­tau­ra­tion et deux tables à son dé­pan­neur The Gro­ce­ry Bag, Jer­ry af­firme qu’il a ven­du six mil­lions et de­mi de red dogs, chiens chauds conte­nant une sau­cisse rouge vif, un clas­sique de cette ré­gion des États-Unis. Pas si mal pour un homme qui hé­si­tait à ou­vrir un res­to !

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