Luc Lan­ge­vin, un ma­gi­cien... et bien plus en­core

Le Quotidien - - LA UNE - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

Si Luc Lan­ge­vin se conten­tait d’ali­gner les nu­mé­ros sur la scène, le pu­blic sor­ti­rait de la salle les yeux grands comme des 30 sous, mais pas aus­si char­mé qu’il l’a été ven­dre­di soir, lors de son ap­pa­ri­tion au Théâtre Banque Na­tio­nale de Chi­cou­ti­mi. C’était la pre­mière ré­gio­nale de son nou­veau spec­tacle, Main­te­nant de­main, et cette pro­duc­tion a mon­tré jus­qu’où cet ar­tiste ex­cep­tion­nel par­vient à re­pous­ser les li­mites de la ma­gie. De­vant une salle où les sièges libres étaient rares, Luc Lan­ge­vin a d’abord po­sé les ba­lises à l’in­té­rieur des­quelles il si­tue son tra­vail. Dans son es­prit, chaque nu­mé­ro com­porte une di­men­sion scien­ti­fique, ra­tion­nelle, à la­quelle il a as­so­cié une par­tie de l’as­sis­tance à la suite d’un jeu amu­sant. « Vous ai­mez vous as­seoir pour ré­flé­chir », a men­tion­né l’in­vi­té de Dif­fu­sion Sa­gue­nay, avant de ran­ger les autres dans le camp des ima­gi­na­tifs.

Bien ser­vi par son sens de l’hu­mour, qui a quelque chose d’an­glais, peut-être à cause du flegme qui l’en­ve­loppe, il a don­né une pre­mière dé­mons­tra­tion de son ta­lent avec la com­pli­ci­té de trois spec­ta­trices. Le pré­texte était qu’il fal­lait sé­lec­tion­ner ses vê­te­ments de scène par­mi des pièces aux­quelles un prix était ac­co­lé. En même temps, l’illu­sion­niste ten­tait de dé­mon­trer qu’il y avait une pré­nom­mée Les­li dans la salle, une af­fir­ma­tion té­mé­raire au Royaume des Bleuets.

Pas dé­cou­ra­gé de cô­toyer une Jo­sée, une Ca­ro­line et une Lise, Luc Lan­ge­vin a pro­fi­té de l’oc­ca­sion pour évo­quer le prin­cipe de cau­sa­li­té, en ver­tu du­quel il est im­pos­sible de pré­dire l’ave­nir parce que, dès lors, on le trans­forme. Il a aus­si eu le der­nier mot en ad­di­tion­nant le prix de ses vê­te­ments, puisque le to­tal cor­res­pon­dait aux lettres qui forment Les­li, lues à l’en­vers.

On a aus­si dé­cou­vert qu’en­fant, cet homme si ave­nant était pa­ra­ly­sé par la ti­mi­di­té et que c’est la ma­gie, dé­cou­verte au ha­sard d’un spec­tacle, qui l’a ai­dé à sor­tir de sa co­quille. Ce n’est pas un pro­blème avec le­quel doivent com­po­ser les en­fants qui ont par­ti­ci­pé à ses tours, en par­ti­cu­lier l’ef­fer­ves­cent Si­mon. Très en verve, il a lu dans les pen­sées de sa mère, Na­dia, par l’en­tre­mise d’une carte à jouer, avant de sé­lec­tion­ner lui-même une autre carte à la de­mande de son idole.

Pen­dant qu’il la te­nait bien ca­chée sur son front, face au pu­blic, ce­lui­ci était in­vi­té à se pro­non­cer. Noire. Pique. Dix. L’en­fant ne pou­vait voir ces in­for­ma­tions dif­fu­sées sur un ta­bleau lu­mi­neux, ce qui était très drôle. C’est lui qui a ri le der­nier, en re­vanche, en contre­di­sant cette af­fir­ma­tion. « C’est le neuf de pique. J’ai tou­ché le neuf, puis je l’ai mis dans le pa­quet », a-t-il an­non­cé d’une voix as­su­rée. « Le truc a foi­ré », a ré­pon­du son vis-à-vis.

Et cette fois, c’était bien vrai.

Le pas­sé, le pré­sent et l’ave­nir se sont aus­si té­les­co­pés lors d’un nu­mé­ro réa­li­sé en so­lo, un ha­bile jeu de mi­roirs où Luc Lan­ge­vin est ap­pa­ru aux trois âges de la vie. La ma­gie a alors tu­toyé la phi­lo­so­phie, avant de dé­fier les lois de la phy­sique, à la fa­veur du clou du spec­tacle : la séance de té­lé­por­ta­tion. Com­ment Ja­cinthe, d’Al­ma, est-elle pas­sée du coffre de gauche à ce­lui de droite en un tour­ne­main, alors que des ca­mé­ras per­met­taient de voir ce qui se pas­sait à l’in­té­rieur ?

Pa­rions qu’au­jourd’hui en­core, il y a plein de spec­ta­teurs qui se posent la ques­tion. Or, comme le ca­pi­taine Had­dock dans Les sept boules de cris­tal, tous de­meu­re­ront à court d’une ex­pli­ca­tion et pour cause, puisque c’est la pre­mière fois qu’un nu­mé­ro de ce genre est réa­li­sé avec la par­ti­ci­pa­tion du pu­blic. Et pour­tant, ce n’est pas là-des­sus qu’a pris fin Main­te­nant de­main.

Pen­dant sa toute der­nière in­ter­ven­tion, en ef­fet, Luc Lan­ge­vin a évo­qué sa ti­mi­di­té pas­sée, ce qu’il ap­pelle ses im­per­fec­tions, afin de li­vrer une le­çon de vie aux ac­cents poé­tiques. « Mes im­per­fec­tions m’ont per­mis de trou­ver le meilleur en moi, la brèche qui laisse pas­ser la lu­mière, ain­si que l’a chan­té Leo­nard Co­hen », a-t-il énon­cé, vê­tu d’un im­per­méable dé­chi­ré.

Et pour une fois, il n’y avait au­cune illu­sion der­rière ce té­moi­gnage. Juste un homme fier d’avoir su trans­cen­der sa condi­tion.

Im­pos­sible de ne pas ai­mer Luc Lan­ge­vin, sur­tout si on par­ti­cipe à l’un de ses nu­mé­ros, un pri­vi­lège dont a bé­né­fi­cié le pe­tit Laurent. L’illu­sion­niste était en spec­tacle ven­dre­di soir, au Théâtre Banque Na­tio­nale de Chi­cou­ti­mi.

Pho­tos Le Pro­grès, Ro­cket La­voie

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