«Quand on de­vient émo­tif, c’est dif­fi­cile de prio­ri­ser»

Le Quotidien - - ENCORE PLUS - MÉLYSSA GA­GNON

La crise d’Oka a aus­si été un fait saillant dans la car­rière de la Sa­gue­néenne, prin­ci­pa­le­ment en rai­son du fait qu’il s’agis­sait d’un conflit ar­mé.

«Je suis une jeune pro­fes­sion­nelle à l’époque, qui a l’ha­bi­tude de don­ner des ser­vices aux si­nis­trés. Là, ce n’est pas ça du tout. Il y a le risque que ça dé­gé­nère. Ça de­ve­nait sou­dai­ne­ment comme des crises à l’in­ter­na­tio­nal où il y a des risques d’éva­cua­tion des mu­ni­ci­pa­li­tés au­tour», se sou­vient-elle.

Par­lant d’in­ter­na­tio­nal, de nou­velles pers­pec­tives se sont ou­vertes à Clau­die La­berge à par­tir de 2006, avec l’ac­cueil de res­sor­tis­sants Li­ba­nais, puis, quelques an­nées plus tard, d’Haï­tiens vic­times des trem­ble­ments de terre.

«C’était la pre­mière fois que des gens ar­ri­vaient d’ailleurs. L’in­ter­na­tio­nal ve­nait à nous. En 2016-2017, 12 000 ré­fu­giés sy­riens sont pas­sés par nos centres de bien­ve­nue à Mont­réal. C’est énorme», pointe Clau­die La­berge.

Si elle convient que son mé­tier vient avec son lot de stress, Clau­die La­berge n’y chan­ge­rait ab­so­lu­ment rien. Le sigle de la Croix-Rouge, bro­dé sur sa che­mise, est aus­si ta­toué sur son coeur. «Les bé­né­voles font un tra­vail ex­tra­or­di­naire et il ne faut pas sous-es­ti­mer ce qu’ils font. Ils ont une ex­pé­rience de vie qui est très riche et ils sont gé­né­reux de leur temps. Je pense que l’une de mes forces, c’est d’être ca­pable d’échan­ger avec eux sur le ter­rain. Les sys­tèmes d’alerte et de mo­bi­li­sa­tion, je les ai mis en place. Je sais ce qu’ils vivent. Je sais d’où on est par­tis», dit Clau­die La­berge.

Cette «per­sonne très sen­sible» a su, au fil de sa car­rière, mettre l’émo­ti­vi­té de cô­té pour être la plus ef­fi­cace pos­sible dans ses ac­tions. Pas tou­jours fa­cile, convient Clau­die La­berge, qui pense tou­te­fois être ar­ri­vée à sé­pa­rer la tête du coeur.

«Quand on gère une si­tua­tion d’ur­gence, il faut être à l’écoute, mais il ne faut pas per­son­na­li­ser les choses. Mon tra­vail, ce sont les be­soins de masse et il ne faut pas qu’un cas par­ti­cu­lier vienne tein­ter une dé­ci­sion. Quand on de­vient émo­tifs, ça de­vient dif­fi­cile de prio­ri­ser», conclut la di­rec­trice.

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