Au nom du père

Dwee­zil Zap­pa dé­bute sa tour­née qué­bé­coise à Jon­quière

Le Quotidien - - ARTS ET SPECTACLES - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

«Nous vi­vons à une époque étrange. C’est tor­du au plan po­li­tique, ce qui ar­rive chez nous. S’il était en­core vi­vant, c’est sûr que mon père se­rait ac­tif, qu’il au­rait des com­men­taires à for­mu­ler. Le plus drôle est que dès les an­nées 1980, il a an­non­cé ce qu’on voit au­jourd’hui, no­tam­ment le phé­no­mène des théo­ries de la conspi­ra­tion», énonce Dwee­zil Zap­pa à l’autre bout du fil. Le fils du grand Frank se trou­vait en Vir­gi­nie, le jour où Le Pro­grès l’a joint afin de par­ler du spec­tacle qu’il pré­sen­te­ra le 10 no­vembre à 20 h, à la Salle Fran­çois-Bras­sard de Jon­quière. La cam­pagne des élec­tions de mi­man­dat ap­pro­chait de son point culmi­nant au sein d’une na­tion plus di­vi­sée que ja­mais, ex­cep­tion faite de la pé­riode qui a pré­cé­dé la Guerre Ci­vile.

Le chan­teur et gui­ta­riste n’échappe pas à l’at­mo­sphère dé­lé­tère qui en­ve­loppe les États-Unis de­puis l’élec­tion de Do­nald Trump à la pré­si­dence. Ce n’est pas pour rien qu’il y a quelques mois, il a dif­fu­sé un en­re­gis­tre­ment réa­li­sé chez lui, en Ca­li­for­nie. Une vieille chan­son de Da­vid Bo­wie in­ti­tu­lée I’m Afraid of Ame­ri­cans. Sa ver­sion dé­pouillée, néan­moins proche de l’ori­gi­nale, est-elle ré­vé­la­trice de son état d’es­prit ?

« Je l’ai choi­sie pour le titre et aus­si pour la mu­sique, ré­pond Dwee­zil Zap­pa. En même temps, je veux tra­vailler plus sou­vent dans mon stu­dio et c’était une fa­çon de le dé­mon­trer. » Qu’il craigne ou non les Amé­ri­cains, ce­pen­dant, cette com­po­si­tion ne se­ra pas in­té­grée au spec­tacle pré­sen­té à Jon­quière, puis au Pa­lais Mont­calm de Qué­bec (11 no­vembre) et à la Salle An­dréMa­thieu de La­val (12 no­vembre). Pour l’heure, la prio­ri­té consiste à ho­no­rer le ré­per­toire du pa­ter­nel.

C’est ce que fait le groupe for­mé de sept chan­teurs et mu­si­ciens de­puis le dé­but de la tour­née Choice Cuts ! . Même les pièces de Dwee­zil sont de­meu­rées entre pa­ren­thèses, parce qu’il y tant de ma­tière à li­vrer aux fans et si peu de temps pour le faire. Oui, les in­ter­prètes re­prennent 33 titres de Frank Zap­pa en l’es­pace de trois heures, mais c’est tout juste s’ils grattent la sur­face.

« L’idée consis­tait à faire des chan­sons qui n’avaient pas été jouées de­puis long­temps, ju­me­lées à des sur­prises et des ver­sions in­édites. Pour trou­ver des ar­ran­ge­ments peu fa­mi­liers, nous ex­plo­rons le ré­per­toire et aus­si les ‘‘boot­legs’’. On ef­fec­tue en­suite des trans­crip­tions, puisque rien n’a été cou­ché sur le pa­pier, à l’époque. Il faut dire que mon père ma­ni­pu­lait constam­ment sa mu­sique en fonc­tion des ins­tru­ments et du per­son­nel qu’il avait sous la main. Rien n’était dé­fi­ni­tif », rap­porte Dwee­zil Zap­pa.

Son ap­proche à lui, au mo­ment d’abor­der le ré­per­toire de Frank, est ca­rac­té­ri­sée par un ex­trême sou­ci de fi­dé­li­té, ce qui n’est pas in­com­pa­tible avec la no­tion de créa­ti­vi­té. « Mon père pro­dui­sait des struc­tures mu­si­cales so­lides à l’in­té­rieur des­quelles étaient in­té­grées des plages pro­pices à l’im­pro­vi­sa­tion. Si nous re­pre­nons une pièce de ce genre 30 fois, il y au­ra donc 30 for­mu­la­tions dif­fé­rentes », ex­plique Dwee­zil.

Il existe tou­jours des ex­cep­tions, évi­dem­ment. « Joe’s Ga­rage, on la fait comme sur le disque », pré­cise le mu­si­cien, qui tient à col­ler au plus près à l’es­prit de l’époque qui a vu naître les oeuvres. Les ins­tru­ments, les fréquences, tout doit cor­res­pondre au ca­rac­tère de la mou­ture ori­gi­nale. L’un des titres qui le rem­plissent de fier­té est d’ailleurs la suite The Orange Coun­ty Lum­ber Truck.

« Nous avons re­trou­vé des ar­ran­ge­ments re­mon­tant à l’époque de l’al­bum ‘‘live’’ Roxy & El­sew­here (en­re­gis­tré en 1973). Ils sont tel­le­ment co­ol, groo­vy, avec une sec­tion de cuivres. Je suis sur­pris qu’ils ne les aient pas uti­li­sés plus sou­vent », com­mente le gui­ta­riste. Son groupe a éga­le­ment concoc­té une ver­sion hy­bride d’An­dy, d’abord connue sous le nom de So­me­thing Any­thing.

Or, lui et ses ca­ma­rades ont beau fré­quen­ter l’oeuvre de Frank de­puis long­temps, elle est touf­fue, exi­geante, et né­ces­site une at­ten­tion de tous les ins­tants. Gare à ce­lui qui n’a pas fait ses de­voirs avant d’al­ler à la ren­contre du pu­blic. « Il ne faut pas prendre cette mu­sique pour ac­quise. Il est es­sen­tiel de pra­ti­quer, parce qu’à tout mo­ment, on peut se faire mordre », ré­sume Dwee­zil Zap­pa.

— PHO­TO COUR­TOI­SIE, STEVE DESCHÊNES

La seule fa­çon de faire hon­neur au ré­per­toire de Frank Zap­pa consiste à tra­vailler et tra­vailler, tout en de­meu­rant constam­ment vi­gi­lant, es­time son fils Dwee­zil.

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