Line Cor­neau per­pé­tue l’oeuvre de Guy et de Joanne

Le Quotidien - - LA UNE - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

En l’es­pace de quelques jours, au tour­nant des an­nées 2016 et 2017, Line Cor­neau a été pla­cée dans une si­tua­tion im­pos­sible. En plus de com­po­ser avec la perte de sa soeur Joanne et de son frère Guy, la Chi­cou­ti­mienne a dû gé­rer la suc­ces­sion, tout en hé­ri­tant du vaste chan­tier que consti­tue la suite de leurs deux car­rières. Com­ment per­pé­tuer l’oeuvre de cha­cun, dans le res­pect de ce qu’ils ont été? Telle est la ques­tion qui, de­puis, ba­lise sa dé­marche. Dans le cas de l’ar­tiste connue sous le nom de Cor­no, des me­sures ont été prises ra­pi­de­ment. Sa ga­le­rie du Vieux-Mont­réal de­meure ou­verte et mul­ti­plie les évé­ne­ments. L’un d’eux a pris la forme d’une ex­po­si­tion tem­po­raire, la­quelle a per­mis de dé­cou­vrir des toiles réa­li­sées par Kris­tine Gi­rard. Rap­pe­lons qu’elles ont été pro­duites à l’aide du ma­té­riel de créa­tion de Cor­no, un legs dont a éga­le­ment pro­fi­té le dé­par­te­ment d’arts vi­suels du Cé­gep de Chi­cou­ti­mi. Ajou­tons l’ex­po­si­tion Cor­no & Wa­rhol qui, l’an der­nier, a té­moi­gné de l’ad­mi­ra­tion de l’ar­tiste pour son illustre de­van­cier. S’ap­puyant en par­tie sur la col­lec­tion d’af­fiches mon­tée par l’his­to­rien d’art Paul Ma­ré­chal (main­te­nant pro­prié­té de la ga­le­rie), elle pour­suit sa car­rière au-de­là du Qué­bec. Une ex­po­si­tion a eu lieu l’été der­nier, à To­ron­to, et d’autres pour­raient suivre.

En pa­ral­lèle, un ou­vrage post­hume de Guy Cor­neau, Mieux s’ai­mer pour ai­mer mieux, a été lan­cé ré­cem­ment (voir autre texte). On voit donc que la dis­pa­ri­tion phy­sique de la peintre et de l’au­teur, si cruelle, si pré­ma­tu­rée fût-elle, ne les a pas sous­traits à l’oeil du pu­blic. Ils de­meurent pré­sents d’une ma­nière dif­fé­rente, une nou­velle forme d’exis­tence à la­quelle leur soeur n’est pas étran­gère.

« C’est rare qu’au sein d’une même fa­mille, on re­trouve deux per­sonnes ayant connu une car­rière in­ter­na­tio­nale. Mon ob­jec­tif consiste à leur rendre hom­mage, à faire tout en mon pou­voir afin de gar­der leur oeuvre vi­vante. Je veux qu’elle de­meure dans la conscience col­lec­tive, même quand je ne se­rai plus là », a-t-elle confié au cours d’une en­tre­vue ac­cor­dée au Pro­grès.

UNE BELLE DER­NIÈRE AN­NÉE

Si le monde du livre et ce­lui des arts vi­suels pos­sèdent cha­cun leur res­pi­ra­tion, il existe des points de conver­gence entre le frère et la soeur. L’un d’eux se rap­porte aux do­cu­ments qui ont ja­lon­né leurs par­cours res­pec­tifs. Des textes, des pho­to­gra­phies, des contrats, toutes sortes de choses qu’il convient de mettre à l’abri pour as­su­rer leur pos­té­ri­té.

« J’ai pris contact avec Bi­blio­thèque et Ar­chives na­tio­nales du Qué­bec afin de dé­po­ser les do­cu­ments de Joanne dans leurs lo­caux si­tués à Mont­réal. Je veux faire la même chose avec les ar­chives de Guy », ra­conte Line Cor­neau. Un autre moyen de per­pé­tuer l’oeuvre de Joanne consiste en la confec­tion d’un ca­ta­logue rai­son­né. Ce se­ra l’oc­ca­sion de je­ter un re­gard neuf sur son tra­vail.

La liste des pro­jets com­prend aus­si le tour­nage d’un do­cu­men­taire consa­cré à Guy Cor­neau. « Des gens m’ont ap­pro­chée à ce su­jet », confirme sa soeur, qui réa­lise à quel point cet homme, tout comme Joanne, était ap­pré­cié du pu­blic. Elle doit éga­le­ment mettre à jour le site Web de Cor­no et re­nou­ve­ler la col­lec­tion de ta­bleaux que pos­sède la ga­le­rie. Chaque fois qu’une oeuvre ap­pa­raît sur le mar­ché, une ré­flexion est en­ga­gée. On se de­mande s’il se­rait op­por­tun de l’ac­qué­rir.

Mises en­semble, ces tâches re­pré­sentent un dé­fi au­quel s’ajoute ce­lui de la suc­ces­sion, une dé­marche com­plexe qui em­brasse trois pays. À la re­traite de­puis quelques an­nées, après avoir long­temps oeu­vré au Cé­gep de Chi­cou­ti­mi, Line Cor­neau pos­sède l’éner­gie et la mo­ti­va­tion né­ces­saires pour as­su­mer cette res­pon­sa­bi­li­té. Elle le fait en ayant une pen­sée émue pour eux, de même que pour sa mère, tou­jours alerte à 90 ans pas­sés.

« Ça m’aide dans mon deuil, le fait que la der­nière an­née de Guy et Joanne ait été belle. Guy avait re­trou­vé la paix, l’uni­té, le bon­heur. Parce qu’il avait mis ses pas­sions en avant, dont le théâtre, quelque chose de ma­jeur lui était ar­ri­vé. Quant à Joanne, je sais qu’elle se voyait ailleurs, plus près de la na­ture, peut-être dans un autre lieu que New York. Jus­qu’à la der­nière mi­nute, elle a été heu­reuse », se ré­jouit Line Cor­neau.

— PHO­TOS LE PRO­GRÈS, JEAN­NOT LÉ­VESQUE, ET AR­CHIVES LA PRESSE

Par­mi les pro­jets as­su­més de­puis le dé­cès de son frère et de sa soeur, Line Cor­neau a veillé à la pu­bli­ca­tion du livre Mieux s’ai­mer pour ai­mer mieux, qui re­groupe des textes écrits par Guy Cor­neau.

AR­CHIVES LE PRO­GRÈS, MI­CHEL TREM­BLAY

Des me­sures ont été prises ra­pi­de­ment pour per­pé­tuer l’oeuvre de Cor­no, no­tam­ment avec les ex­po­si­tions à sa ga­le­rie du Vieux-Mont­réal, et Cor­no & Wa­rhol, pré­sen­tée entre autres à To­ron­to.—

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