De la course tous les jours

Le Quotidien - - LIBRE@DOS -

Tous les ma­tins, de 7 h 50 à 8 h 10, une qua­ran­taine d’élèves de la pre­mière à la sixième an­née de l’école Notre-Dame-du-Sou­rire de Jon­quière font leur course ma­ti­nale. « Cer­tains font par­fois jus­qu’à quatre tours de ce par­cours qui passe sur la piste cy­clable. Chaque tour donne presque un ki­lo­mètre », sou­ligne My­riam Har­vey, tech­ni­cienne en édu­ca­tion spé­cia­li­sée. Adepte de course et ins­ti­ga­trice de ce pro­jet, elle est la per­sonne res­source qui court tous les ma­tins avec les élèves.

Comme ce n’est pas une com­pé­ti­tion, les cou­reurs y vont à leur rythme. Évi­dem­ment, un ef­fet de com­pé­ti­tion ami­cale s’ins­talle entre cer­tains jeunes qui car­burent au dé­pas­se­ment de soi. De plus, au lieu de gé­rer des chi­canes, cette ac­ti­vi­té struc­ture le temps de la ré­créa­tion.

Même si plu­sieurs élèves ont été ci­blés par les en­sei­gnants, c’est sur une base vo­lon­taire qu’ils ac­ceptent ou non de faire par­tie de ce club de course pré­sen­té comme un pri­vi­lège. Cer­taines filles hé­sitent, ayant peur que les gar­çons soient trop per­for­mants. C’est le cas de Joëlle qui n’avait pas vrai­ment en­vie de cou­rir. « Mais quand j’ai vu que ça m’ai­dait à me concen­trer pour le reste de la jour­née, ça m’a don­né le goût de conti­nuer », men­tionne la jeune fille de dix ans.

« La course est an­nu­lée seule­ment en cas de pluie. Comme ce n’est pas une obli­ga­tion, cer­tains ma­tins, il y a moins de cou­reurs, mais ha­bi­tuel­le­ment la mo­ti­va­tion est là », pour­suit Mme My­riam.

BE­SOIN VI­TAL

Ce pro­jet a vu le jour au prin­temps der­nier, alors que My­riam Har­vey cher­chait une fa­çon d’ai­der les jeunes ayant un be­soin vi­tal de bou­ger. « Nous avons cou­ru en mai et juin der­nier et là nous ve­nons de re­com­men­cer de­puis le 22 oc­tobre. J’ai­me­rais qu’on puisse être ca­pables de cou­rir tout l’hi­ver. Quand il fe­ra trop froid, on bou­ge­ra au­tre­ment, en mar­chant ou en s’amu­sant dans la neige, par exemple, pré­cise la spor­tive édu­ca­trice spé­cia­li­sée.

« C’est un dé­pas­se­ment de soi qui amène une fier­té chez les élèves. Et c’est aus­si une fa­çon, pour l’édu­ca­trice, de faire ses in­ter­ven­tions dif­fé­rem­ment tout en créant des liens avec eux », re­marque le di­rec­teur, De­nis Bus­sières. Ins­tal­lé près de la piste, M. Bus­sières en­cou­rage les jeunes cou­reurs. « Gar­der votre rythme », conseille le di­rec­teur en voyant cer­tains d’entre eux ac­cé­lé­rer pour l’épa­ter !

DIS­CI­PLINE

Après avoir par­ti­ci­pé à la course ma­ti­nale du Sou­rire, les élèves sont plus dis­po­sés à com­men­cer leur jour­née. La plu­part avouent se sen­tir plus calmes. « Même si Mme My­riam me donne des ou­tils, la course me per­met de ca­na­li­ser mon éner­gie », re­marque Laurent qui vient de sor­tir de la piste. Dans sa classe de cin­quième an­née, ils sont trois à par­ti­ci­per aux courses ma­ti­nales. « Je suis plus concen­tré et je ne joue pas après mes crayons », pour­suit Noah. Les en­sei­gnants notent un chan­ge­ment de com­por­te­ment qui leur per­met de mettre plus d’éner­gie sur l’en­sei­gne­ment au lieu de faire de la dis­ci­pline. À l’école du Sou­rire, comme tout le monde com­mence la jour­née avec une pé­riode de lec­ture, ceux qui étaient moins dis­po­sés à plon­ger le nez dans un livre ap­pré­cient da­van­tage ce mo­ment de re­laxa­tion en re­ve­nant de leur course.

PRO­JET

Pour dé­ve­lop­per leur sen­ti­ment d’ap­par­te­nance et en­cou­ra­ger ses cou­reurs à se dé­pas­ser, Mme My­riam songe à par­ti­ci­per à une course plus grosse, en de­hors de l’école. « J’ai­me­rais aus­si avoir des chan­dails de course aux cou­leurs de l’école », ajoute-t-elle. Pour Jean-Marc Nor­man­din, l’en­sei­gnant en édu­ca­tion phy­sique à l’école Notre-Dame-du-Sou­rire, cette ini­tia­tive est tout sim­ple­ment ex­tra­or­di­naire. « Notre école en­cou­rage beau­coup les sports et nous mon­trons beau­coup l’exemple », sou­ligne ce­lui qui se rend sou­vent au tra­vail en cou­rant. Vic­time de son suc­cès, plu­sieurs des 315 élèves de l’école ai­me­raient par­ti­ci­per à la course ma­ti­nale, mais les places sont li­mi­tées. « Ça de­mande quand même de la su­per­vi­sion, les pe­tits courent moins ra­pi­de­ment et je dois mo­ti­ver cer­tains », men­tionne Mme My­riam.

TRUCS

Mme My­riam a trou­vé un autre truc pour per­mettre aux élèves de bou­ger sans dé­ran­ger. « Je ré­cu­père des chambres à air de vé­lo, qui iraient dans les pou­belles, et je les ins­talle sous les pu­pitres. Ils peuvent y ap­puyer leurs pieds et jouer après sans faire de bruit », men­tionne l’édu­ca­trice. C’est une bou­tique de sport, près de l’école, qui lui four­nit les chambres à air.

— PHO­TO LE PRO­GRÈS, MÉ­LIS­SA VIAU

Tous les ma­tins, une qua­ran­taine d’élèves de la pre­mière à la sixième an­née de l’école Notre-Dame-du-Sou­rire de Jon­quière dé­butent la jour­née avec une course ma­ti­nale. Ils sont ac­com­pa­gnés de My­riam Har­vey, tech­ni­cienne en édu­ca­tion spé­cia­li­sée.

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