Éjec­té du ca­bi­net, Dion quitte la po­li­tique

Le Soleil - - LA UNE - VINCENT BROUSSEAU-POU­LIOT La Presse

OT­TA­WA — Écar­té du Con­seil des mi­nistres du gou­ver­ne­ment Tru­deau, Sté­phane Dion a choi­si de quit­ter la vie po­li­tique après 21 ans à Ot­ta­wa. Une sor­tie abrupte : après l’un des plus courts man­dats de mi­nistre des Af­faires étran­gères des der­nières dé­cen­nies, Sté­phane Dion n’a pas dé­ci­dé s’il al­lait ac­cep­ter le poste d’am­bas­sa­deur qui lui a été of­fert, hier. « Main­te­nant, je vais dé­ployer mes ef­forts en de­hors de la po­li­tique ac­tive. J’ai ai­mé la po­li­tique, sur­tout à chaque fois que j’ai pu faire une dif­fé­rence au bé­né­fice de mes conci­toyens. J’en sors plein d’éner­gie... re­nou­ve­lable! Mais la po­li­tique n’est pas la seule fa­çon de ser­vir son pays. Heu­reu­se­ment!» a in­di­qué dans un com­mu­ni­qué M. Dion, qui a été dé­pu­té li­bé­ral fé­dé­ral pen­dant 21 ans et chef du Par­ti li­bé­ral du Ca­na­da de 2006 à 2008.

Au contraire de John McCal­lum, un autre vé­té­ran li­bé­ral, qui a ac­cep­té hier un poste d’am­bas­sa­deur (en Chine) après avoir été écar­té du ca­bi­net, Sté­phane Dion n’a pas ac­cep­té pour l’ i ns­tant l’offre de de­ve­nir am­bas­sa­deur en Eu­rope. Il en­tend an­non­cer ses plans d’ave­nir au cours des pro­chaines se­maines.

M. Dion a été mi­nistre des Af­faires étran­gères du­rant 14 mois, ce qui vient au deuxième rang des plus courts man­dats pour un ti­tu­laire de ce poste (à moins d’un chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment) de­puis les an­nées 60, après Maxime Ber­nier*. Le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau n’a pas ex­pli­qué les rai­sons l’ayant mo­ti­vé à rem­pla­cer Sté­phane Dion par Ch­rys­tia Free­land, à la veille de la pres­ta­tion de ser­ment du pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump. « M. Dion a ser­vi de fa­çon ex­tra­or­di­naire son pays de­puis des an­nées. Il va conti­nuer de ser­vir son pays. Je lui ai de­man­dé d’en­tre­prendre une tâche ex­trê­me­ment im­por­tante pour moi, et comme c’est tout à fait ap­pro­prié, il est en train d’y ré­flé­chir », a dit Jus­tin Tru­deau en con­fé­rence de presse, sou­li­gnant «l’ami­tié» et le «res­pect» qu’il a pour M. Dion.

— Sté­phane Dion

MM. Tru­deau et Dion n’ont tou­te­fois ja­mais été de proches al­liés au sein de leur propre par­ti. Quand M. Tru­deau a vou­lu se lan­cer en po­li­tique en 2007, il lor­gnait d’abord la cir­cons­crip­tion d’Ou­tre­mont (où il ré­si­dait), mais le chef li­bé­ral de l’époque, Sté­phane Dion, ré­ser­vait cette cir­cons­crip­tion à un autre can­di­dat. Iro­nie du sort, les li­bé­raux ont per­du la par­tielle d’Ou­tre­mont et M. Tru­deau a été élu dans Pa­pi­neau en 2008.

Se­lon le dé­pu­té conser­va­teur Gé­rard Del­tell, Sté­phane Dion «mé­ri­tait une sor­tie plus ho­no­rable». «Tout le monde sait que les re­la­tions n’étaient pas au beau fixe, on se sou­vient que Tru­deau n’avait pas été ac­cueilli à bras ou­verts par M. Dion [en 2007-2008]. M. Dion ne mé­ri­tait pas d’être trai­té de cette fa­çon-là, il quitte avec un com­mu­ni­qué de presse sans pa­ra­chute. On es­père que ce n’est pas un re­tour d’as­cen­seur. C’est une er­reur de ju­ge­ment de Jus­tin Tru­deau», a dit M. Del­tell.

Main­te­nant, je vais dé­ployer mes ef­forts en de­hors de la po­li­tique ac­tive. J’ai ai­mé la po­li­tique, sur­tout à chaque fois que j’ai pu faire une dif­fé­rence au bé­né­fice de mes conci­toyens. J’en sors plein d’éner­gie... re­nou­ve­lable!

CAR­RIÈRE PO­LI­TIQUE «FOR­MI­DABLE», DIT CH­RÉ­TIEN

L’an­cien pre­mier mi­nistre Jean Ch­ré­tien, qui a re­cru­té Sté­phane Dion comme dé­pu­té et mi­nistre en 1996, a sou­li­gné sa car­rière po­li­tique «for­mi­dable». «Il était un bon mi­nistre des Af­faires étran­gères, un très bon mi­nistre dans tous les mi­nis­tères qu’il a eus, il a fait un tra­vail ex­cep­tion­nel en en­vi­ron­ne­ment pen­dant de nom­breuses an­nées, il était une au­to­ri­té dans le monde en­tier, on peut être très fier du tra­vail qu’il a fait», a in­di­qué M. Ch­ré­tien en en­tre­vue à La Presse.

M. Ch­ré­tien, qui n’a pas vou­lu spé­cu­ler sur les rai­sons ayant fait en sorte que M. Dion a été écar­té du Con­seil des mi­nistres, sait à quel point les re­ma­nie­ments mi­nis­té­riels peuvent me­ner à des choix dé­chi­rants. «J’ai été obli­gé de faire la même chose, ce n’est pas fa­cile, il y en a qui ar­rivent, d’autres qui partent, a pré­ci­sé M. Ch­ré­tien. Dans le cas de M. Dion, il a très bien ser­vi. [...] On a dé­ci­dé de le rem­pla­cer aux Af­faires étran­gères, on dit qu’il a pris sa re­traite [de la po­li­tique], je ne sais pas ce qu’il va faire, mais pour moi, c’est un très grand ser­vi­teur, un homme très éru­dit, avec des opi­nions très claires, qui n’a pas peur de la contro­verse et de dire ce qu’il pense. [...] La vé­ri­té ne nuit pas, nulle part dans la vie.» * À l’ex­cep­tion des mi­nistres des Af­faires étran­gères dont le man­dat s’est ter­mi­né en rai­son d’une dé­faite de leur gou­ver­ne­ment aux élec­tions (Rod Ni­chol­son en 2015, Per­rin Beat­ty en 1993, Jean Ch­ré­tien en 1984, Flo­ra MacDo­nald en 1980).

L’ex-mi­nistre li­bé­ral Sté­phane Dion

— PHO­TO­THÈQUE LE SO­LEIL

Le mi­nistre Sté­phane Dion a an­non­cé par com­mu­ni­qué, hier, sa dé­ci­sion de quit­ter la vie po­li­tique après 21 ans à Ot­ta­wa.

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