De Saint-Roch à Chem­nitz

Le Soleil - - LA UNE - BAP­TISTE RI­CARD- CH­TE­LAIN bri­card@le­so­leil.com

L’ar­tiste War­tin Pan­tois at­tire l’at­ten­tion en Al­le­magne

L’ar­tiste de rue de Qué­bec War­tin Pan­tois, connu pour les col­lages à por­tée so­ciale qu’il dis­perse dans la Basse-Ville, a de nou­veau frap­pé… en Al­le­magne cette fois.

Joint à Berlin, il re­ve­nait de l’est du pays où il était un des in­vi­tés in­ter­na­tio­naux du fes­ti­val ar­tis­tique ur­bain Ibug. Un pas­sage re­mar­qué, puis­qu’une de ses ins­tal­la­tions a fait la une du quo­ti­dien de Chem­nitz, le Freie Presse.

War­tin n’était pas sur place lorsque le pho­to­graphe et son jour­na­liste sont pas­sés sur le site de l’ex­po­si­tion. Sur­pris donc qu’une de ses oeuvres se re­trouve en pre­mière page : «Ç’a été vrai­ment in­at­ten­du!»

Mais amu­sé aus­si par l’uti­li­sa­tion hu­mo­ris­tique de l’image pour convaincre les ama­teurs de par­ti­ci­per à l’évé­ne­ment. «Un peu à la blague, on dit : “Cinq per­sonnes sont dé­jà ar­ri­vées au fes­ti­val Ibug”, en fait ce sont les cinq per­son­nages d’un des ta­bleaux.»

À ce stade de l’ar­ticle, vous vous de­man­dez tou­jours qui peut bien être ce War­tin Pan­tois? War­tin Pan­tois est, bien en­ten­du, une fa­çade pour dis­si­mu­ler sa vé­ri­table iden­ti­té, pour pra­ti­quer son art dans les rues dans une in­ti­mi­té re­la­tive. À Qué­bec, on le connaît sur­tout pour ses coups d’éclat. Le der­nier en lice : une sé­rie de por­traits d’uti­li­sa­teurs de drogue par in­jec­tion col­lés dans la Basse-Ville. Il vou­lait ain­si faire la pro­mo­tion d’un site d’in­jec­tion su­per­vi­sé pour évi­ter que ceux-ci se re­trouvent dans la rue.

Avant, il y avait eu des sans-abri à la Place de l’Uni­ver­si­té-du-Qué­bec ou ces sil­houettes blanches peintes dans la rue, là où des pié­tons ou des cy­clistes sont morts.

«Je m’ in­té­resse tou­jours à des su­jets so­ciaux » , ex­plique le so­cio­logue de for­ma­tion. Voi­là jus­te­ment ce qui l’a at­ti­ré vers l’Al­le­magne, vers le Ibug.

HOM­MAGE AUX OU­VRIERS

Car cette an­née, le fes­ti­val s’est ins­tal­lé dans une usine désaf­fec­tée de Chem­nitz, un centre in­dus­triel de l’Est al­le­mand au­tre­fois com­mu­niste. Cette en­tre­prise, comme bien d’autres, n’a pas sur­vé­cu à la chute du mur de Berlin, n’a pas su s’in­té­grer à l’éco­no­mie ca­pi­ta­liste des vain­queurs.

« Je me suis beau­coup in­ves­ti dans ce pro­jet- là. » Jus­qu’à s’as­treindre à un tra­vail se rap­pro­chant de ce­lui des ou­vriers de l’époque, mais aus­si ceux des usines du monde «mo­derne». Une fa­çon de leur rendre hom­mage.

War­tin Pan­tois a donc réa­li­sé trois ins­tal­la­tions dans l’usine de­ve­nue site d’ex­po jus­qu’au 3 sep­tembre. Celles-ci comptent quelque 20 per­son­nages peints à la main sur pa­pier, puis col­lés aux murs.

Tous les corps sont iden­tiques. Une be­sogne alié­nante, ré­pé­ti­tive, dit-il. «Ç’a été vrai­ment ar­du.» Pour­quoi ce choix? « Les tra­vailleurs sont em­bau­chés pour leur corps. On s’en fout un peu de leur vie, de leur sin­gu­la­ri­té.»

Il a néan­moins cher­ché à leur don­ner une iden­ti­té propre, un ré­cit propre. « Les vi­sages que j’ai choi­sis pour les tra­vailleurs, je n’ai pas vou­lu illus­trer seule­ment des tra­vailleurs al­le­mands. […] J’ai pris des tra­vailleurs de plu­sieurs époques et de plu­sieurs pays du monde […] qui sont un peu les lais­sés-pour-compte des in­té­rêts des grands ca­pi­taux.»

« C’est une si­tua­tion qui est la même un peu par­tout dans le monde. La com­pé­ti­tion ça fait tou­jours des per­dants et quand il y a des usines qui ferment, c’est les tra­vailleurs et leurs fa­milles qui sont les pre­miers tou­chés, les plus tou­chés.»

L’art de rue s’illustre sou­vent en cou­leurs vives, en formes éti­rées. Lui a choi­si la so­brié­té. Son ins­tal­la­tion prin­ci­pale a trou­vé une niche dans une pe­tite pièce, peu éclai­rée, où les vi­si­teurs pou­vaient al­lu­mer une bou­gie. Une fa­çon de fa­vo­ri­ser le re­cueille­ment, sti­mu­ler la ré­flexion.

Pour des dé­tails sur le tra­vail de War­tin Pan­tois, il faut dé­am­bu­ler dans les rues du centre-ville et es­pé­rer croi­ser une des oeuvres avant qu’elle soit dé­truite. Si­non, il faut vi­si­ter le Web : war­tin­pan­tois.blog­spot.ca

— PHO­TOS FOUR­NIES PAR WAR­TIN PAN­TOIS

War­tin Pan­tois a réa­li­sé trois ins­tal­la­tions. Celles-ci comptent quelque 20 per­son­nages peints à la main sur pa­pier, puis col­lés aux murs.

Pan­tois a choi­si pour ses tra­vailleurs des vi­sages de plu­sieurs époques et de plu­sieurs pays du monde.

Freie Presse.

L’ins­tal­la­tion de War­tin Pan­tois a fait la une du quo­ti­dien al­le­mand de Chem­nitz,

L’ins­tal­la­tion prin­ci­pale de Pan­tois a trou­vé une niche dans une pe­tite pièce, peu éclai­rée, où les vi­si­teurs peuvent al­lu­mer une bou­gie.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.