Ré­vol­tant, mais triste sur­tout

Le Soleil - - LA UNE - GIL­BERT LA­VOIE gla­voie@le­so­leil.com

Bien sûr, c’est ré­vol­tant d’ap­prendre que l’in­cen­die de l’au­to­mo­bile du pré­sident du Centre cultu­rel is­la­mique, Mo­ha­med La­bi­di, au dé­but du mois, a pu être le fait d’un geste hai­neux à l’en­droit de la com­mu­nau­té mu­sul­mane. Mais c’est sur­tout d’une grande tris­tesse de consta­ter, une fois de plus, que la mé­fiance de cer­tains groupes ou in­di­vi­dus à l’en­droit des mu­sul­mans puisse me­ner à un tel geste.

On au­rait pu es­pé­rer que l’hor­reur de la tue­rie du 29 jan­vier et les ma­ni­fes­ta­tions de so­li­da­ri­té des Qué­bé­cois à l’en­droit de cette com­mu­nau­té aient rai­son d’une telle haine, qu’elles fa­vo­ri­se­raient les ap­pels au calme et à la to­lé­rance. Mais il a suf­fi d’un pe­tit pro­jet de ci­me­tière pour les mu­sul­mans pour ra­ni­mer les pré­ju­gés et la dé­ma­go­gie.

S’il est un homme au sein de la com­mu­nau­té mu­sul­mane qui a ga­gné notre res­pect et notre ami­tié, c’est M. La­bi­di

Il fau­dra at­tendre les ré­sul­tats de l’en­quête po­li­cière en cours pour confir­mer dé­fi­ni­ti­ve­ment si cet in­cen­die était bel et bien de na­ture cri­mi­nelle. Mais jus­qu’à preuve du contraire, l’évè­ne­ment porte la même marque d’in­to­lé­rance qui a me­né cer­tains in­di­vi­dus à je­ter des ex­cré­ments à la porte de la Grande Mos­quée de Qué­bec quelques jours après la des­truc­tion du vé­hi­cule de M. La­bi­di.

Mo­ha­med La­bi­di a été la voix de l’ami­tié et de la com­pas­sion de­puis l’at­ten­tat du 29 jan­vier. In­ter­ro­gé lors de la com­pa­ru­tion d’Alexandre Bis­son­nette au Pa­lais de jus­tice, il a mon­tré de la pi­tié pour le jeune homme. « Il est très jeune, vrai­ment j’ai été tou­ché par sa jeu­nesse. Faire un crime pa­reil, ça brise sa vie».

Au len­de­main de la tue­rie à la Grande Mos­quée, il a af­fi­ché un grand hu­ma­nisme au lieu de se lan­cer dans des dé­non­cia­tions vi­ru­lentes. Il a fait va­loir que les vic­times n’étaient pas des mi­li­tants, mais tout sim­ple­ment des gens qui étaient al­lés prier. «Ceux qui ont été vi­sés le plus, c’étaient des gens de­bout, en prière.»

S’il est un homme au sein de la com­mu­nau­té mu­sul­mane qui a ga­gné notre res­pect et notre ami­tié, c’est M. La­bi­di. Mais si on se fie aux in­dices, c’est parce qu’il s’est te­nu de­bout dans ses dé­marches pour ob­te­nir un ci­me­tière pour les mu­sul­mans de la ca­pi­tale qu’on a in­cen­dié son au­to­mo­bile.

Est-ce le fait d’un seul in­di­vi­du, ce­lui d’un être dé­ran­gé ou aveu­glé par le cycle de la haine ali­men­té par cer­tains groupes et même des chro­ni­queurs connus? Il faut le sou­hai­ter. Parce que si les actes hai­neux com­mis au cours des der­niers mois contre les mu­sul­mans de­vaient être le fait d’un groupe, ce se­rait fran­che­ment in­quié­tant.

Ce­la «ne res­semble pas à Qué­bec», a ré­agi le maire Ré­gis La­beaume. Je di­rais plu­tôt que ce­la ne res­semble pas à l’image qu’on ai­me­rait bien don­ner à la ville, celle d’un mi­lieu ur­bain heu­reux, ac­cueillant, et pa­ci­fique. C’est vrai lors­qu’on re­garde les sta­tis­tiques sur la cri­mi­na­li­té en gé­né­ral. Mais ce ne l’est pas pour la to­lé­rance. Le fa­meux mystère de Qué­bec dont on a si sou­vent par­lé en po­li­tique montre tout de même un mi­lieu plus conser­va­teur qu’ailleurs, et un pu­blic fa­vo­rable à des ra­dios et à des com­men­ta­teurs dont le plus grand mé­rite n’a ja­mais été la to­lé­rance.

D’autres me­sures de sé­cu­ri­té de­vront être prises à la lu­mière de ce der­nier évè­ne­ment. Mais il est tout aus­si clair que cette af­faire com­mande, en­core une fois, des ef­forts ac­crus de nos lea­ders et de toute la com­mu­nau­té, pour mieux connaître et faire connaître les gens qui, comme nos an­cêtres, sont ve­nus d’ailleurs pour bâ­tir ici leur pays d’adop­tion.

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