DEUX EN­QUÊTES SUR WEINSTEIN

+ LE MI­LIEU AR­TIS­TIQUE QUÉ­BÉ­COIS PAS À L’ABRI DU HAR­CÈ­LE­MENT

Le Soleil - - LA UNE -

NEW YORK — Har­vey Weinstein, le ma­gnat d’Hol­ly­wood est dé­sor­mais vi­sé par une en­quête po­li­cière à New York ain­si qu’au Royaume-Uni et a été ac­cu­sé jeu­di d’un qua­trième viol.

Les in­ves­ti­ga­tions de l a police new-yor­kaise se can­tonnent pour l’ins­tant à une agres­sion sexuelle pré­su­mée re­mon­tant à 2004.

L’en­quête de la police bri­tan­nique concerne elle une agres­sion sexuelle qui au­rait été com­mise dans l es an­nées 1980 dans la ré­gion de Londres.

Mais les choses ne de­vraient pas s’ar­rê­ter là, le pro­duc­teur étant sus­pec­té d’avoir sé­vi du­rant plu­sieurs dé­cen­nies, ob­te­nant à chaque fois que c’était pos­sible le si­lence de ses vic­times grâce à des ac­cords de confi­den­tia­li­té gras­se­ment payés.

In­ter­ro­gée par l’AFP, la police de Los An­geles, où se trouve Hol­ly­wood, a in­di­qué qu’au­cune en­quête n’était ou­verte sur Har­vey Weinstein à ce stade. De­puis les pre­mières ré­vé­la­tions du New York Times le 5 oc­tobre, le pro­duc­teur a vu fondre ses sou­tiens et a même été li­cen­cié par sa propre mai­son de pro­duc­tion, The Weinstein Com­pa­ny.

FAITS PRES­CRITS, OU PAS

La liste des femmes se di­sant vi ct i mes de s es abus, prin­ci­pa­le­ment des man­ne­quins et ac­trices, par­fois dé­bu­tantes à l’ époque, ne cesse des’ al­lon­ger:Gwyn et hPal­trow, An­ge­li­na Jo­lie, Ju­dith Go­drèche, Ka­the­rine Ken­dall, Emma de Caunes, Ca­ra De­le­vingne, Ash­ley Judd, Léa Sey­doux, Mi­ra Sor­vi­no, Flo­rence Da­rel...

Jeu­di, c’est la co­mé­dienne bri­tan­nique Kate Be­ckin­sale qui a ra­con­té que Har­vey Weinstein lui avait fait des avances dans une chambre d’hô­tel, en pei­gnoir, alors qu’elle n’avait que 17 ans.

De nom­breux faits re­pro­chés au fon­da­teur de Mi­ra­max par ces ve­dettes sont pres­crits, car le Code pé­nal lo­cal les consi­dère comme des dé­lits mi­neurs.

Mais trois femme sont ac­cu­sé W ein­stein de viol: la star ita­lienne A si aAr­gen­to,l’ ac­trice Lu­cia Evans et une autre femme res­tée ano­nyme.

Jeu­di, l’ac­trice Rose McGo­wan, men­tion­née par le New York Times dans l’ar­ticle qui a mis le feu aux poudres, a af­fir­mé qu’elle aus­si avait été vio­lée par le pro­duc­teur.

En Ca­li­for­nie, la loi a été amen­dée l’an der­nier, mais pour tous les viols com­mis avant le 1er jan­vier 2017, le dé­lai de pres­crip­tion est de 10 ans. À New York, en re­vanche, le viol n’est pas frap­pé par la pres­crip­tion.

Se­lon l e quo­ti­dien new- yor­kais Dai­ly News, la police newyor­kaise cherche à re­cueillir des élé­ments concer­nant des ac­cu­sa­tions de l’ac­trice Lu­cia Evans, pu­bliée mar­di par le ma­ga­zine amé­ri­cain The New Yor­ker. Elle as­sure que Har­vey Weinstein l’a for­cée à lui faire une fel­la­tion en 2004, à New York, ce qui re­lève du viol se­lon la loi.

BA­TAILLE JU­DI­CIAIRE EN VUE

Mais « au­cune plainte n’a pour l’ins­tant été en­re­gis­trée et, comme tou­jours, la police de New York en­cou­rage toute per­sonne dé­ten­trice d’éven­tuelles in­for­ma­tions à le faire sa­voir », a in­di­qué J. Pe­ter Do­nald, porte-pa­role du New York Police De­part­ment.

L’ af­faire Har­vey W ein­stein évoque à di­vers titres le scan­dale Bill Cos­by : nom­breuses vic­times pré­su­mées, faits sur­ve­nus sur plu­sieurs dé­cen­nies, ac­cu­sa­tions étouf­fées par des né­go­cia­tions se­crètes, modes opé­ra­toires dif­fé­rents, mais ré­pé­tés à ou­trance par le pro­duc­teur et le co­mé­dien noir.

Tout comme Cos­by, Weinstein af­firme, par la voix de sa por­te­pa­role, que les re­la­tions sexuelles pu­bli­que­ment ré­vé­lées étaient consen­ties.

La ba­taille ju­di­ciaire qui se pro­file se dé­rou­ler a vrai­sem­bla­ble­ment au­tant au ci­vil qu’au pé­nal, et les proches du pro­duc­teur risquent d’être eux- mêmes em­por­tés par le grand dé­bal­lage.

Se­lon le Hol­ly­wood Re­por­ter, Har­vey Weinstein a étof­fé son équipe d’avo­cats. Il s’est at­ta­ché les ser­vices d’une té­nor du bar­reau de Los An­geles, Blair Berk. Cette di­plô­méed’ Har­vard a dé­fen­du des stars d’Hol­ly­wood comme Mel Gib­son et Lind­say Lo­han.

La ques­tion des com­pli­ci­tés éven­tuelles est d’ores et dé­jà po­sée. Le New York Times as­sure que les res­pon­sables de la mai­son de pro­duc­tion Weinstein étaient au cou­rant de­puis 2015 de très em­bar­ras­sants ac­cords de confi­den­tia­li­té liant leur pa­tron et plu­sieurs femmes.

Or plu­sieurs membres du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion, dont le frère d’Har­vey et co­fon­da­teur de la so­cié­té, Bob Weinstein, ont

Je ne vais pas fort. Mais j’es­saie. J’ai be­soin de trou­ver de l’aide. Je tiens bon, je fais de mon mieux. On fait tous des er­reurs. J’es­père une se­conde chance — Har­vey Weinstein à un pa­pa­raz­zi qui l’a in­ter­pel­lé à la sor­tie de sa ré­si­dence de Los An­geles

fait part de leur «sur­prise to­tale» à l’écla­te­ment du scan­dale.

Pour la pre­mière fois de­puis que le scan­dale a écla­té, l’homme de 65 ans a été vu alors qu’il sor­tait mer­cre­di après-mi­di de la­mais ondes a fille àL os An­geles.

In­ter­pel­lé par les pa­pa­raz­zi sur son mo­ral, le fai­seur de stars a concé­dé : «Je ne vais pas fort. Mais j’es­saie. J’ai be­soin de trou­ver de l’aide».

«Je tiens bon, je fais de mon mieux » , a ajou­té M. Weinstein, vê­tu d’un jean et d’un tee- shirt fon­cé. « On fait tous des er­reurs. J’es­père une se­conde chance » , a-t-il pour­sui­vi avant de s’en­gouf­frer dans une grosse voi­ture de type 4x4.

Se­lon le­si­tepe op leTMZ, le mé­cène dé­mo­crate s’est en­suite en­vo­lé pour l’Ari­zo­na, où il a in­té­gré un centre de trai­te­ment de la dé­pen­dance sexuelle.

— PHO­TO AR­CHIVES AFP

Sur cette pho­to prise en 2008, Har­vey Weinstein dis­cute avec les ac­trices Gwy­neth Pal­trow et Liv Ty­ler lors d’une fête or­ga­ni­sée pour le lan­ce­ment du film Iron Man.

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