LA LETTRE OU­VERTE DU PRÉ­SIDENT D’IM­PE­RIAL TO­BAC­CO CA­NA­DA

Le Soleil - - ACTUALITÉS - Jorge Araya Pré­sident et chef de di­rec­tion Im­pe­rial To­bac­co Ca­na­da

Pen­dant près d’un siècle, l’industrie de la ma­ri­jua­na au Ca­na­da a été lais­sée au mar­ché noir. Ce­la a en­ri­chi les or­ga­ni­sa­tions cri­mi­nelles, en­cou­ra­gé la vio­lence dans les com­mu­nau­tés et fait bien peu pour pré­ve­nir l’ac­cès des jeunes aux drogues. Au­jourd’hui, le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral veut re­dres­ser la si­tua­tion : en lé­ga­li­sant la ma­ri­jua­na, il es­père re­ti­rer ce mar­ché des mains des cri­mi­nels pour le confier à un ré­seau de com­mer­cia­li­sa­tion plus res­pon­sable.

Le suc­cès de cette po­li­tique se­ra lar­ge­ment tri­bu­taire des mo­da­li­tés ré­gle­men­taires et, plus par­ti­cu­liè­re­ment, du prix. Si le prix de la ma­ri­jua­na lé­gale est beau­coup plus éle­vé que ce­lui de la ma­ri­jua­na ven­due au noir, on ne peut s’at­tendre à ce que les consom­ma­teurs s’ap­pro­vi­sionnent au­près d’une source lé­gale. Jus­qu’ici, le gou­ver­ne­ment a fait preuve de clair­voyance, de prag­ma­tisme et de ra­tio­na­li­té dans son ap­proche : tant M. Tru­deau que M. Mor­neau ont mar­te­lé qu’il fal­lait main­te­nir un faible taux de taxa­tion pour as­su­rer la via­bi­li­té de l’industrie lé­gale aux dé­pens du mar­ché noir.

Nous sa­luons leurs ef­forts pour en­di­guer une industrie illé­gale, ce qui as­su­re­ra la pro­tec­tion des consom­ma­teurs et des col­lec­ti­vi­tés. Tou­te­fois, il est dé­ce­vant de voir les gou­ver­ne­ments igno­rer ces mêmes prin­cipes pour ré­gler la ques­tion du ta­bac illé­gal au Ca­na­da. Se­lon la Gen­dar­me­rie royale du Ca­na­da, il s’agit d’une industrie de mil­liards de dol­lars où pros­pèrent des groupes ten­ta­cu­laires du crime or­ga­ni­sé. Presque le quart du ta­bac consom­mé au pays pro­vient de la contre­bande; nos gou­ver­ne­ments sont ain­si pri­vés de plus de 2 mil­liards $ en re­ve­nus de taxes chaque an­née, tan­dis que les dé­taillants ont peine à ti­rer leur épingle du jeu.

Il y a une ex­pli­ca­tion simple à cette réus­site com­mer­ciale des contre­ban­diers : le prix. En On­ta­rio, le consom­ma­teur paie plus de 100 $ pour une car­touche de 200 ci­ga­rettes lé­gales, alors que les contre­ban­diers vendent des sacs de 200 ci­ga­rettes pour aus­si peu que 15 $. Étant don­né que la taxe re­pré­sente 70 % du prix des pro­duits du ta­bac lé­gaux au Ca­na­da, l’industrie lé­gale n’a pas de marge de ma­noeuvre pour concur­ren­cer ce mar­ché pa­ral­lèle.

Et pour­tant, les deux pa­liers de gou­ver­ne­ment en On­ta­rio ont haus­sé les taxes sur les pro­duits du ta­bac l’an der­nier, in­ci­tant en­core da­van­tage de consom­ma­teurs à mi­grer vers le mar­ché noir. Ac­tuel­le­ment, le ta­bac illé­gal ac­ca­pare une part de mar­ché de près de 40 % en On­ta­rio, at­tei­gnant jus­qu’à 70 % dans cer­taines par­ties de la pro­vince.

Alors que les gou­ver­ne­ments pré­parent leurs bud­gets pour l’an­née 2018, Im­pe­rial To­bac­co Ca­na­da sou­haite qu’ils s’ins­pirent de l’ap­proche prag­ma­tique du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral concer­nant la taxe sur la ma­ri­jua­na. Cé­der à la ten­ta­tion de conti­nuel­le­ment aug­men­ter les taxes sur les pro­duits du ta­bac ne fait que pro­fi­ter aux cri­mi­nels et non aux contri­buables. En cette ère de po­li­tiques pro­gres­sives, peut-être ver­rons-nous les gou­ver­ne­ments tra­vailler à neu­tra­li­ser ce dan­ge­reux mar­ché noir.

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