Trans­port : Qué­bec et Lé­vis à la traîne

Le Soleil - - LA UNE - FRAN­ÇOIS BOURQUE CHRO­NIQUE fbourque@le­so­leil.com

Qué­bec s’est long­temps tar­guée d’être prête avant les autres lors­qu’ar­ri­vaient les pro­grammes d’aide des gou­ver­ne­ments. Ses pro­jets étant mûrs, elle était par­mi les pre­mières à pas­ser à la caisse, au point de sus­ci­ter par­fois la ja­lou­sie et la grogne des autres villes.

C’est au­jourd’hui le scé­na­rio contraire. Qué­bec est à la traîne des grandes villes ca­na­diennes pour le trans­port col­lec­tif et tarde à sou­mettre un pro­jet struc­tu­rant.

D’autres villes comme Mon­tréal, avec son REM et ses lignes de mé­tro rose et bleue, mul­ti­plient pen­dant ce temps les de­mandes.

L’ar­gent dans la caisse fé­dé­rale ne se­ra pas éter­nel. En théo­rie, les sommes pro­mises au trans­port col­lec­tif se­ront dis­po­nibles pen­dant 10 ans, mais rien n’as­sure le main­tien du pro­gramme si le gouvernement change.

Le mi­nistre fé­dé­ral Jean-Yves Du­clos a ser­vi ce rap­pel cette se­maine : «Si on ne veut pas ra­ter le ba­teau, il faut le faire le plus ra­pi­de­ment pos­sible, tout en le fai­sant bien».

Bien dit. Ar­ri­ver à temps ne suf­fit pas, il faut aus­si pou­voir faire bien. Qué­bec s’en est-elle don­né les moyens?

À l’époque du pro­jet de Ser­vice ra­pide par bus (SRB), tous les ac­teurs pu­blics ti­raient dans la même di­rec­tion : villes, so­cié­tés de trans­port, gouvernement.

Vous me di­rez que ça n’a pas em­pê­ché les cri­tiques sur les coûts, le tra­cé ou la per­ti­nence. C’est vrai, mais au moins, on ne se po­sait pas la ques­tion de la co­hé­sion ré­gio­nale.

C’est moins clair au­jourd’hui. Plus per­sonne ne semble avoir de vue d’en­semble sur le trans­port col­lec­tif.

Lé­vis fait bande à part et la re­la­tion entre les maires est bri­sée;

les so­cié­tés de trans­port se parlent mais n’ont plus de pro­jet com­mun;

le gouvernement ne s’en mêle pas;

le Bu­reau de pro­jet SRB, où sié­geaient les deux villes, n’a presque plus d’ef­fec­tifs et fer­me­ra bou­tique après le sui­vi des études com­man­dées au pri­vé.

D’autres faits ajoutent à la confu­sion :

Le RTC a dû dé­po­ser (août 2017) un plan stra­té­gique pré­voyant de nou­velles lignes et des pôles d’échange avant de sa­voir où pas­se­ra le fu­tur ré­seau struc­tu­rant. Ce n’est quand même pas un dé­tail.

Le Co­mi­té consul­ta­tif sur la mo­bi­li­té, for­mé après l’aban­don du SRB le prin­temps der­nier, ne s’est plus réuni de­puis sep­tembre. Ce co­mi­té doit as­su­rer la co­hé­sion, mais il s’agit de membres bé­né­voles, sans pou­voirs ni res­sources tech­niques propres. Il lui fau­dra comp­ter sur le RTC et la ville.

Quant à l’Ins­ti­tut du Nou­veau Monde, il n’a tou­jours pas li­vré son rap­port sur la consul­ta­tion In­ter­net me­née l’été der­nier. Ça fait beau­coup de joueurs en­core, mais pas en­core une vi­sion claire du trans­port col­lec­tif.

Je suis tom­bé sur des ar­ticles du prin­temps der­nier. Les maires d’Ot­ta­wa et de Ga­ti­neau se congra­tu­laient d’une «en­tente his­to­rique» sur le trans­port en com­mun ré­gio­nal dans le contexte de l’ou­ver­ture en 2018 de la ligne sou­ter­raine de trans­port sur rail au centre-ville d’Ot­ta­wa. Les cir­cuits d’au­to­bus se­ront ré­or­ga­ni­sés pour amé­lio­rer le ser­vice et dé­con­ges­tion­ner la col­line par­le­men­taire.

En pas­sant, voi­ci plu­sieurs dé­cen­nies que les so­cié­tés de trans­port d’Ot­ta­wa et de Ga­ti­neau ac­ceptent les titres de trans­port de l’autre. Quand ver­rons-nous la même chose à Qué­bec et Lé­vis?

Si deux villes de pro­vinces dif­fé­rentes et ne par­lant pas la même langue trouvent à s’en­tendre, rien ne peut jus­ti­fier que nous n’y ar­ri­vions pas. Ce­la peut im­pli­quer un ef­fort bud­gé­taire et un peu de vo­lon­té politique. C’est ce qui manque ac­tuel­le­ment.

Mes amis à l’hô­tel de ville de Lé­vis n’ont pas ai­mé l’hi­ver der­nier que j’écrive que leur ville traîne par­mi les der­nières de classe de leur ca­té­go­rie pour leur ef­fort en trans­port en com­mun. Les chiffres sont pour­tant là.

Le maire Gilles Le­houillier vient de re­ce­voir le prix Jean-PaulL’Al­lier de l’Ordre des ur­ba­nistes pour les parcs le long du fleuve et des ri­vières à Lé­vis. Un prix am­ple­ment mé­ri­té. Ces es­paces pu­blics contri­buent à la qua­li­té de vie. Puisse Lé­vis avoir un peu de cette am­bi­tion pour le trans­port en com­mun qui par­ti­cipe aus­si à la qua­li­té de vie s’il per­met d’échap­per à la conges­tion.

Ar­ri­ver à temps ne suf­fit pas, il faut aus­si pou­voir faire bien. Qué­bec s’en est-elle don­né les moyens?

Si Qué­bec et Lé­vis ne col­la­borent pas d’elles-mêmes à un trans­port col­lec­tif ef­fi­cace entre les deux rives, il ne res­te­ra qu’une is­sue. Leur for­cer la main et en faire une condi­tion de toute aide fi­nan­cière des gou­ver­ne­ments à un pro­jet struc­tu­rant.

— PHO­TO­THÈQUE LE SO­LEIL, PAS­CAL RAT­THÉ

En théo­rie, les sommes pro­mises au trans­port col­lec­tif se­ront dis­po­nibles pen­dant 10 ans, mais rien n’as­sure le main­tien du pro­gramme si le gouvernement change.

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