FI­NIE LA COURSE AUX DIAG­NOS­TICS

EX­CLU­SIF Qué­bec ne se mê­le­ra plus des dos­siers des élèves en dif­fi­cul­té. «On laisse tom­ber de la bu­reau­cra­tie»

Le Soleil - - LA UNE - PA­TRI­CIA CLOU­TIER pclou­tier@le­so­leil.com

Le mi­nistre de l’Éducation Sé­bas­tien Proulx sonne la fin de la course aux diag­nos­tics dans le sys­tème sco­laire. Les dos­siers des élèves han­di­ca­pés ou en dif­fi­cul­té n’au­ront plus à être va­li­dés par son mi­nis­tère. L’ar­gent dé­dié à cette clien­tèle at­ter­ri­ra dans les écoles en dé­cembre, soit cinq mois plus tôt qu’à l’ha­bi­tude.

«Tu dé­po­sais ton dos­sier quand les feuilles tom­baient et tu re­ce­vais les ser­vices quand les feuilles re­pous­saient. C’était vrai­ment beau­coup trop long » , juge le mi­nistre Proulx en en­tre­vue au So­leil. C’est pour­quoi, pour la pre­mière fois, les dos­siers dé­po­sés cet au­tomne se­ront au­to­ma­ti­que­ment ac­cep­tés. Ain­si, un en­fant qui a des dif­fi­cul­tés de lan­gage au­ra ac­cès à une or­tho­pho­niste dès dé­cembre, et un autre qui souffre de dys­lexie pour­ra avoir un or­di­na­teur pour l’ai­der plus ra­pi­de­ment.

« Dans les écoles, on va ces­ser d’attendre parce qu’au mi­nis­tère, ça pre­nait du temps […] on laisse tom­ber de la bu­reau­cra­tie», ex­plique M. Proulx. Les fonc­tion­naires du mi­nis­tère conti­nue­ront de je­ter un oeil sur les dos­siers des élèves han­di­ca­pés, en dif­fi­cul­té d’adap­ta­tion ou d’ap­pren­tis­sage (EHDAA) qu’ils re­ce­vront, mais en fai­sant seule­ment de l’échan­tillon­nage.

Le mi­nistre dit faire confiance aux pro­fes­sion­nels, comme les psy­cho­logues, qui éva­luent les en­fants dans les écoles. Il sou­tient d’ailleurs que le «taux de re­jet de leurs de­mandes est très faible».

M. Proulx a pro­cé­dé cette se­maine à ce chan­ge­ment par un amen­de­ment aux règles bud­gé­taires pour l’an­née sco­laire en cours. Il y a en­vi­ron 200 000 élèves en dif­fi­cul­té dans les écoles qué­bé­coises. Là-des­sus, 42 000 sont di­rec­te­ment tou­chés par cette nou­velle fa­çon de faire, parce que le mi­nis­tère de l’Éducation leur a ac­co­lé un code ou parce qu’ils sont en at­tente d’en avoir un. Par exemple, il y a un code pour l’au­tisme, un autre pour les troubles de com­por­te­ment, etc. Ces codes donnent le droit à l’élève d’ob­te­nir da­van­tage de sou­tien.

Dans les écoles, on va ces­ser d’attendre parce qu’au mi­nis­tère, ça pre­nait du temps

«UNE RÉ­VO­LU­TION»

Pour le mi­nistre, cette dé­ci­sion est un pre­mier pas vers une ré­forme com­plète des codes et de la fa­çon dont les EHDAA sont fi­nan­cés. «Cette an­née en est une de tran­si­tion. L’an pro­chain, ce n’est pas en dé­cembre que l’ar­gent se­ra dans les écoles, je veux que ce soit en sep­tembre», in­siste-t-il.

Ain­si, toute l’ap­proche par ca­té­go­ries se­ra re­vue, et l’his­to­rique des en­fants se­ra pris en compte. Pour M. Proulx, ce nouveau mo­dèle, qui se­ra prêt bien­tôt, re­pré­sen­te­ra « une ré­vo­lu­tion » dans le monde sco­laire.

D’ac­cord avec les ré­centes re­com­man­da­tions du Con­seil su­pé­rieur de l’éducation et avec de nom­breux ex­perts qui de­mandent de­puis plu­sieurs an­nées de chan­ger le sys­tème, le mi­nistre croit qu’il faut «s’éloi­gner de l’ap­proche mé­di­cale» pour ai­der les en­fants en dif­fi­cul­té.

«On n’a pas be­soin tou­jours de diag­nos­tics, on n’a pas be­soin de faire une course aux diag­nos­tics», croit- il. Se­lon lui, les res­sources qui sont dé­jà dans les écoles [pro­fes­sion­nels, tra­vailleurs so­ciaux, etc.] peuvent être mieux uti­li­sées. Si cette «ré­vo­lu­tion» porte fruit, ils de­vraient rem­plir moins de pa­pe­rasse et avoir plus de temps pour of­frir un ser­vice di­rect à l’élève dans l’ave­nir.

— Le mi­nistre Sé­bas­tien Proulx

— PHO­TO­THÈQUE LE SO­LEIL, ERICK LAB­BÉ

«Tu dé­po­sais ton dos­sier quand les feuilles tom­baient et tu re­ce­vais les ser­vices quand les feuilles re­pous­saient. C’était vrai­ment beau­coup trop long», juge le mi­nistre Sé­bas­tien Proulx.

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