J’avais tort !

Le Vortex de Bagotville - - LE MOT DU COMMANDANT -

Dans mon ar­ticle de ce mois- ci, j’ai pen­sé vous dé­crire ce que le port du co­que­li­cot et le jour du Sou­ve­nir si­gni­fient pour moi.

Ayant gran­di dans un pe­tit vil­lage de l’On­ta­rio, on m’a ap­pris que le jour du Sou­ve­nir était une jour­née pour ho­no­rer nos vé­té­rans. Il s’agis­sait d’une op­por­tu­ni­té pour dé­mon­trer notre res­pect pour ceux qui avaient ser­vi dans les forces ar­mées, et pour dire mer­ci aux fa­milles de ceux qui ont payé le sa­cri­fice ul­time au nom du Ca­na­da. J’as­sis­tais à la cé­ré­mo­nie du vil­lage à chaque an­née, et j’ob­ser­vais tou­jours les vé­té­rans qui étaient sur la pa­rade. Ils sem­blaient dé­ga­ger une fier­té et un sens d’aban­don de soi ; ce­la avait un ef­fet pro­fond sur moi, et lorsque les notes fi­nales de la Der­nière son­ne­rie re­ten­tis­saient, j’étais cer­tain d’avoir com­pris la si­gni­fi­ca­tion pro­fonde du jour du Sou­ve­nir. J’avais tort.

Je pen­sais que le jour du Sou­ve­nir était seu­le­ment pour rendre hom­mage aux membres mi­li­taires. Mais en fait, sa si­gni­fi­ca­tion était beau­coup plus large. Ce n’est que du­rant l’été où j’ai pas­sé mes va­cances à voya­ger à tra­vers l’Eu­rope avec mes pa­rents que j’ai com­men­cé à vrai­ment com­prendre ce que cette jour­née si­gni­fiait. Du­rant cet été, j’ai pu vi­si­ter plu­sieurs sites des champs de ba­taille mar­quants, dont Vi­my, où plu­sieurs disent que le Ca­na­da s’est dé­fi­ni en tant que pays. J’ai vi­si­té Dieppe, où tant de Ca­na­diens ont per­du la vie. J’ai vi­si­té les plages de la Nor­man­die, qui ont vu le com­men­ce­ment de la fin de la Se­conde Guerre mon­diale. J’ai vi­si­té des ci­me­tières où étaient en­ter­rés de trop nom­breux jeunes sol­dats qui ne sont ja­mais re­ve­nus de la guerre. Dans ces ci­me­tières, des pom­piers, des po­li­ciers et des membres de la Ré­sis­tance fran­çaise, entre autres, étaient éga­le­ment en­ter­rés. Tous des in­di­vi­dus qui ont per­du la vie en ser­vant leur com­mu­nau­té. J’ai éga­le­ment vi­si­té le camp de concen­tra­tion Da­chau, qui fut pour moi une ex­pé­rience sombre; et qui a chan­gé à ja­mais mon opi­nion sur l’hu­ma­ni­té.

À la fin de mon été en Eu­rope, j’ai vrai­ment pu com­prendre ce qu’était le jour du Sou­ve­nir. Pour moi, c’est une jour­née pour ho­no­rer nos vé­té­rans mi­li­taires, mais c’est éga­le­ment une jour­née pour ho­no­rer les pom­piers, po­li­ciers, am­bu­lan­ciers et tous ceux qui mettent leur vie en dan­ger pour le bien des autres. C’est une jour­née pour ré­flé­chir sur les évé­ne­ments du pas­sé qui ont ai­dé le Ca­na­da à se for­mer en tant que pays. Fi­na­le­ment, c’est une oc­ca­sion pour se re­mé­mo­rer les atro­ci­tés du pas­sé, non pas pour les cé­lé­brer, mais pour s’as­su­rer de ne ja­mais les ré­pé­ter. Cette pen­sée est par­fai­te­ment ar­ti­cu­lée sur un mo­nu­ment de pierre à Da­chau; “Lest we for­get, we are des­ti­ned to re­peat our past” - “Si nous ou­blions, nous sommes des­ti­nés à ré­pé­ter le pas­sé.”

C’est ce que ça si­gni­fie pour moi, por­ter le co­que­li­cot lors du jour du Sou­ve­nir. Main­te­nant, qu’est- ce que ce­la si­gni­fie pour vous?

Par Col. William Ra­diff Com­man­dant de la 3e Es­cadre et de la BFC Ba­got­ville

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