L’épargne sys­té­ma­tique mal­me­née… Et puis ?

L’épargne sys­té­ma­tique se­rait moins ef­fi­cace qu’on ne le croyait en ma­tière de ren­de­ment. Soit. Si c’est la mé­thode la moins dou­lou­reuse pour mettre de l’ar­gent de cô­té, ne chan­gez pas vos ha­bi­tudes.

Les Affaires Plus - - Promotion - PAR SO­PHIE STI­VAL

Épar­gner pour plus tard. Dé­pen­ser le moins d’ar­gent pos­sible pour qu’il nous en reste le plus pos­sible. Ces dé­fi­ni­tions du verbe épar­gner nous rap­pellent qu’éco­no­mi­ser, c’est avant tout dif­fé­rer sa consom­ma­tion, ses dé­penses.

Pour y par­ve­nir, les ex­perts vantent les mé­rites de l’épargne sys­té­ma­tique. Quelle n’a pas été ma sur­prise quand j’ai lu sur Mor­ning­star, un site de re­cherche in­dé­pen­dant, une ana­lyse qui mal­me­nait la mé­thode des pré­lè­ve­ments au­to­ma­ti­sés ! Mon col­lègue Ian Gas­con a abor­dé le su­jet dans sa chro­nique du der­nier nu­mé­ro. L’épargne au­to­ma­tique ne don­ne­rait pas d’aus­si bons ren­de­ments que l’in­ves­tis­se­ment an­nuel d’un mon­tant im­por­tant. L’ar­ticle fait ré­fé­rence à une étude amé­ri­caine de la so­cié­té de fonds Van­guard.

Les ré­sul­tats sont fon­dés sur des ren­de­ments his­to­riques qui s’étalent de 1926 à 2011. On a tes­té des pé­riodes mo­biles de 10 ans et dif­fé­rentes ré­par­ti­tions d’ac­tif. La mé­thode du pla­ce­ment unique a gé­né­ré des ren­de­ments com­po­sés plus éle­vés que ceux des achats pé­rio­diques les deux tiers du temps, que le por­te­feuille soit en­tiè­re­ment consti­tué d’ac­tions ou d’obli­ga­tions, ou qu’il soit com­po­sé de 60% d’ac­tions et de 40 % d’obli­ga­tions, ex­plique Adam Zoll de Mor­ning­star.

Les cher­cheurs re­marquent éga­le­ment que plus la du­rée d’achats pé­rio­diques est longue, 36 mois par exemple, plus la mé- thode de pla­ce­ment unique sur­passe l’autre mé­thode. Cette su­pé­rio­ri­té est tou­te­fois mo­deste. Pour un in­ves­tis­se­ment d’un mil­lion de dol­lars amé­ri­cains qui a une ré­par­ti­tion de 60% en ac­tions et 40% en obli­ga­tions, Adam Zoll note qu’après 10 ans, le pla­ce­ment unique l’em­porte en moyenne d’en­vi­ron 2,3%, ou 54 000 dol­lars. Pour les achats pé­rio­diques, on pen­sait pla­cer ce mil­lion sur des cycles al­lant de 6 à 36 mois.

Cette conclu­sion est tout de même éton­nante, puis­qu’on pré­co­nise gé­né­ra­le­ment des in­ves­tis­se­ments fixes pé­rio­diques qui per­met­tront d’ac­qué­rir des titres fi­nan­ciers à dif­fé­rents prix. Ce­la a comme avan­tage de réduire le coût moyen des pla­ce­ments, car vous ache­tez plus de titres quand les prix baissent, et moins quand ils montent.

En in­ves­tis­sant une somme d’ar­gent im­por­tante une fois par an, vous ris­quez de payer un prix éle­vé: vous se­rez ten­té d’ache­ter au meilleur mo­ment, ou comme on dit dans le jar­gon fi­nan­cier, de ti­mer le mar­ché.

Alors, com­ment jus­ti­fie-t-on de tels ré­sul­tats ? Van­guard sou­ligne que le fait de conser­ver des li­qui­di­tés dans son compte de banque afin de les pla­cer pé­rio­di­que­ment, plu­tôt que d’in­ves­tir cette somme dès au­jourd’hui, com­porte un coût. On sait en ef­fet que les ren­de­ments des ac­tions et des obli­ga­tions sur une longue pé­riode sont su­pé­rieurs à ceux que nous rap­porte notre compte cou­rant.

His­to­ri­que­ment, la ten­dance haus­sière des mar­chés a per­sis­té pour les ac­tions et les obli­ga­tions, in­dique l’étude. Ces ren­de­ments po­si­tifs ont com­pen­sé la prise de risque des in­ves­tis­seurs et fa­vo­ri­sé les pla­ce­ments uniques plu­tôt qu’éche­lon­nés. Si l’on an­ti­cipe que la Bourse mon­te­ra, il est donc pré­fé­rable d’in­ves­tir im­mé­dia­te­ment une somme dis­po­nible au­jourd’hui. À brève échéance, cette mé­thode peut tou­te­fois être plus ris­quée, re­marquent les au­teurs. On se­ra plus ex­po­sé aux baisses bour­sières à court terme.

Il est ha­sar­deux de se fier aux ren­de­ments pas­sés pour éta­blir une stra­té­gie d’épargne fu­ture. Les pré­lè­ve­ments au­to­ma­ti­sés im­posent une dis­ci­pline bud­gé­taire qui dé­passe de loin se­lon moi l’avan­tage de l’in­ves­tis­se­ment an­nuel d’un mon­tant d’épargne. Idéa­le­ment, on fait des pla­ce­ments à pé­riodes fixes et on in­ves­tit d’un seul coup les sommes re­çues en ex­tra, comme un bo­ni de Noël, par exemple.

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