Ah ! Les ser­vices de garde ! Voi­là un su­jet qui « crinque ».

Si on se pré­oc­cupe trop de réunir les condi­tions mo­né­taires op­ti­males pour ac­cueillir un en­fant, risque-t-on d’ou­blier la spon­ta­néi­té qui doit aus­si mo­ti­ver cet évé­ne­ment ? Nous avons po­sé la ques­tion à Fran­çois Mo­ren­cy, di­plô­mé de phi­lo­so­phie et pla­ni­fic

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se­lon l’Ins­ti­tut de la sta­tis­tique du Qué­bec.

« On a aus­si dû sa­cri­fier les res­tos, le li­fe­style, dit Ch­ris­to­pher. On a un cel­lier, mais il est vide parce qu’on n’a plus les moyens de boire du vin! C’est nor­mal de ne plus avoir le même train de vie avec un en­fant. Par contre, ce qui nous tue, c’est la gar­de­rie. » Au Qué­bec, le gou­ver­ne­ment sub­ven­tionne plus de 221 000 places à contri­bu­tion ré­duite (7,30 $ en 2015 ; 7,55 $ en 2016) dans les centres de la pe­tite en­fance (CPE), les gar­de­ries pri­vées et les ser­vices de garde en mi­lieu fa­mi­lial sub­ven­tion­nés. Les pa­rents qui ne trouvent pas de place dans ces en­droits pour leur en­fant peuvent l’ins­crire dans une gar­de­rie non sub­ven­tion­née. Ils bé­né­fi­cie­ront alors du cré­dit d’im­pôt pro­vin­cial pour frais de garde, qui peut être ver­sé de fa­çon an­ti­ci­pée tous les mois.

« Ah ! Les ser­vices de garde ! » Voi­là un su­jet qui « crinque » Ma­rie-Ève Pot­vin, mère de Léo, 5 ans, et d’Ana, 2 ans. Cette re­cher­chiste de 36 ans dit avoir « hal­lu­ci­né » en ma­ga­si­nant plus d’une tren­taine de gar­de­ries pour son fils.

« Que ce soit mer­veilleux ou mi­teux avec des po­gos pour le lunch, c’est pa­reil. Il n’y avait rien à moins de 40 dol­lars par jour dans les ser­vices de garde non sub­ven­tion­nés. » Sa fille Ana a pour sa part tou­jours bé­né­fi­cié d’une place sub­ven­tion­née à contri­bu­tion ré­duite.

Ce qui met cette mère en co­lère, c’est qu’elle ignore le coût réel des ser­vices de garde, une fois tous les cré­dits et toutes les dé­duc­tions fis­cales ap­pli­qués au pro­vin­cial et au fé­dé­ral. « Pour Léo, notre comp­table a fi­na­le­ment cal­cu­lé que ça re­ve­nait à en­vi­ron 15 dol­lars par ver­ser une contri­bu­tion sup­plé­men­taire cal­cu­lée se­lon leurs re­ve­nus. Pour le pre­mier en­fant, se­lon les re­ve­nus fa­mi­liaux, cette contri­bu­tion a va­rié de 0,70 dol­lar à 12,70 dol­lars par jour pour 2015.

Ce­pen­dant, lors du dé­pôt du bud­get en mars der­nier, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a an­non­cé une ré­duc­tion de 50 % de la contri­bu­tion ad­di­tion­nelle exi­gée pour un se­cond en­fant ins­crit dans un ser­vice de garde sub­ven­tion­né, ap­pli­cable aus­si pour 2015. Au­cune co­ti­sa­tion sup­plé­men­taire n’est exi­gible pour les en­fants sui­vants – seul le ta­rif jour­na­lier de base conti­nue alors de s’ap­pli­quer pour ceux-ci.

En plus de com­plexi­fier le bud­get des fa­milles, cette co­ti­sa­tion ad­di­tion­nelle n’est payable qu’une fois l’an, pen­dant la pé­riode des dé­cla­ra­tions de re­ve­nu, et peut donc en­traî­ner une dette en­vers le gou­ver­ne­ment. « Il faut pré­voir cette dé­pense dans son bud­get, conseille So­phie Syl­vain. Des cal­cu­la­teurs en ligne per­mettent d’es­ti­mer la somme à mettre de cô­té. » Ce­pen­dant, ce­la ne s’ar­rête pas là. À la nais­sance, l’en­fant amène avec lui d’autres frais in­con­tour­nables sou­vent igno­rés des pa­rents. Ces der­niers doivent pré­voir une pa­no­plie de contrats, qu’il s’agisse no­tam­ment du tes­ta­ment, du man­dat de pro­tec­tion en cas d’in­ap­ti­tude ou de l’as­su­rance vie. Non seule­ment ces pro­duits fi­nan­ciers sont coû­teux, mais ils exigent qu’on pense à des éven­tua­li­tés si­nistres : la ma­la­die, les ac­ci­dents, la mort. Rien à voir avec les joies de la nais­sance! « Mal­heu­reu­se­ment, on di­rait que les gens ont peur de mou­rir en al­lant faire faire leur tes­ta­ment ! Bien des pa­rents re­poussent cet te tâche » , re­marque So­phie Syl­vain.

Dès la nais­sance de Rose, Ma­rie- Claude a fait pré­pa­rer son tes­ta­ment et un man­dat de pro­tec­tion chez un no­taire pour 500 dol­lars en­vi­ron. Ch­ris­to­pher n’a tou­jours pas fait l’exer­cice. « Mais c’est sur ma liste », pro­met-il.

Pour leur part, Ma­rie-Ève et son conjoint de fait, qui sont pa­rents de­puis cinq ans, n’ont tou­jours ni tes­ta­ment ni man­dat de pro­tec­tion.

« La vo­lon­té est là, mais cette dé­pense, qui va­rie de 500 à 1 500 dol­lars, re­bute sou­vent les nou­veaux pa­rents, qui sont nom­breux à am­pu­ter leur bud­get après l’ar­ri­vée d’un en­fant », constate la no­taire De­nise Ar­cham­bault, coau­teure du livre de fi­nances per­son­nelles Les bons comptes font les bons couples. Or, sans

tes­ta­ment ni ma­riage, une per­sonne pour­rait voir ses en­fants hé­ri­ter des avoirs de son conjoint si ce­lui-ci mou­rait.

Dans cette éven­tua­li­té, une as­su­rance vie per­met de com­bler le manque à ga­gner et les be­soins de l’en­fant. Une po­lice d’as­su­rance in­va­li­di­té ou ma­la­dies graves per­met aus­si de pal­lier une perte du re­ve­nu im­por­tante en cas d’ar­rêt de tra­vail pro­lon­gé.

Mais quelle place prennent ces pro­tec­tions dans le bud­get ?

Par exemple, un couple non fu­meur dans la tren­taine peut sous­crire une as­su­rance vie de 300 000 dol­lars pour 162 dol­lars par mois en­vi­ron (1 950 $ par an), es­time Maud Sa­lo­mon, conseillère en sé­cu­ri­té fi­nan­cière, re­pré­sen­tante au­to­nome. Pour le même prix, des pa­rents ré­duisent la prime d’as­su­rance vie pour ajou­ter une po­lice d’as­su­rance in­va­li­di­té ou ma­la­dies graves qui couvre no­tam­ment le can­cer, ex­plique-t-elle. « On sur­vit de plus en plus à la ma­la­die, mais dans quel état fi­nan­cier ? Les gens craignent d’avoir à vendre leur mai­son ou de perdre leur fonds de re­traite s’ils tombent ma­lades. » De nom­breux pa­rents as­surent aus­si leur en­fant, re­marque-t- elle. Une as­su­rance vie de 10 000 dol­lars qui couvre au mi­ni­mum les frais fu­né­raires coûte en­vi­ron 60 dol­lars par an, et une as­su­rance ma­la­dies graves, 310 dol­lars par an en­vi­ron. De­puis que Ma­rie-Claude a re­pris ses ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles, Rose fré­quente une gar­de­rie fa­mi­liale non sub­ven­tion­née qui coûte 37 dol­lars par jour, soit 750 dol­lars par mois. « C’est presque une autre hy­po­thèque ! » sou­li­gnet- elle. Heu­reu­se­ment, chaque mois, elle en ré­cu­père une par­tie grâce aux ver­se­ments an­ti­ci­pés du cré­dit d’im­pôt pro­vin­cial pour garde d’en­fant, au­quel seuls les pa­rents qui en­voient leurs en­fants en gar­de­rie non sub­ven­tion­née sont ad­mis­sibles.

Ce qui aide aus­si à gar­der les fi­nances du couple à flot, ce sont les pres­ta­tions fa­mi­liales re­çues de­puis la nais­sance de Rose. Long­temps connues sous le nom d’al­lo­ca­tions fa­mi­liales, ces pres­ta­tions sont non im­po­sables et sont cal­cu­lées en fonc­tion du re­ve­nu des pa­rents et du nombre d’en­fants.

D’abord, au moyen de quatre paie­ments par an, le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial verse le Sou­tien aux en­fants, qui va­rie se­lon le re­ve­nu du mé­nage de 671 à 2 392 dol­lars en 2016 pour le pre­mier en­fant mi­neur.

En­suite, le fé­dé­ral verse chaque mois la Pres­ta­tion fis­cale ca­na­dienne pour en­fants de s ntaire alime ns ibu­tio spour Contr dol­lar :7180 re­ve­nu ver­ser à on­tun ts­qui s; pa­ren dol­lar les 000 lde50 ceux­qui an­nue spour dol­lar set 10650 dol­lar 000 nt100 gagne an. plus­par –qui dol­lars à4500 be­soin s De3000 les entque ene cou­vr somm ne Cette tiels. fraisde edes es­sen compt pa­ra­tient­pas ac­ti­vit és etdes autres . garde es,entre sco­lair dol­lars 500 nede12 moyen Une pa­ran

moins de 18 ans (PFCE) ; le mon­tant an­nuel de base pour 2016 est de 1 471 dol­lars par en­fant. Tou­te­fois, cette pres­ta­tion di­mi­nue quand le re­ve­nu fa­mi­lial at­teint 44 701 dol­lars, et n’est plus ver­sée quand le re­ve­nu dé­passe le seuil des 118 251 dol­lars (pour un ou deux en­fants) et de 157 601 dol­lars (pour trois en­fants ou plus). Le Sup­plé­ment de la pres­ta­tion na­tio­nale pour en­fants, de 2 279 dol­lars pour le pre­mier en­fant, est pour sa part ré­ser­vé aux fa­milles dont le re­ve­nu est in­fé­rieur à 26 021 dol­lars.

À ce­la s’ajoute la Pres­ta­tion uni­ver­selle pour la garde d’en­fants (PUGE), une aide fi­nan­cière fixe, mais im­po­sable, ver­sée à tous les pa­rents d’un en­fant mi­neur (160 $ pour les en­fants de moins de six ans, 60 $ pour les en­fants de six ans et plus), quel que soit leur re­ve­nu fa­mi­lial.

Ce­pen­dant, à par­tir de juillet 2016, ces trois me­sures fé­dé­rales se­ront fon­dues en une seule, l’Al­lo­ca­tion ca­na­dienne pour en­fants (ACE), un nou­veau sys­tème sim­pli­fié et plus gé­né­reux an­non­cé dans le der­nier bud­get fé­dé­ral. Mo­du­lée en fonc­tion du re­ve­nu, cette aide fi­nan­cière non im­po­sable s’élè­ve­ra à un maxi­mum de 6 400 dol­lars pour les en­fants de moins de six ans et à 5 400 dol­lars pour les en­fants de six ans et plus. À comp­ter d’un re­ve­nu fa­mi­lial de 30 000 dol­lars, la pres­ta­tion di­mi­nue pro­gres­si­ve­ment, et dis­pa­raît lorsque le re­ve­nu at­teint un cer­tain seuil, qui va­rie se­lon le nombre et l’âge des en­fants.

Se­lon le cal­cu­la­teur mis en ligne par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, l’ACE cesse d’être ver­sée quand le re­ve­nu fa­mi­lial at­teint 188 000 dol­lars pour une fa­mi l le qui compte un en­fant de moins de six ans, et 207 000 dol­lars pour une fa­mille qui a deux en­fants de moins de six ans. Ma­rie-Ève Pot­vin épargne au­tant que pos­sible les pres­ta­tions fa­mi­liales re­çues dans un compte des­ti­né à ses en­fants. « J’y ai ac­cu­mu­lé 4 000 dol­lars jus­qu’à pré­sent. » C’est la seule épargne qu’elle a amas­sée de­puis qu’elle est ma­man.

L’épargne est un des pre­miers postes bud­gé­taires né­gli­gés après l’ar­ri­vée d’un en­fant, confirme So­phie Syl­vain, de Desjardins. De leur cô­té, An­nik et Ni­ko­las vou­draient bien épar­gner da­van­tage, mais im­pos­sible pour l’ins­tant de faire plus que rem­bour­ser leurs prêts étu­diants, co­ti­ser un peu à leur REER et ac­cu­mu­ler la mise de fonds qui leur per­met­tra d’ache­ter une mai­son plus spa­cieuse pour ac­cueillir un deuxième en­fant, le cas échéant.

Ni­ko­las verse aus­si 50 dol­lars par mois dans le Ré­gime en­re­gis­tré d’épargnes études (REEE) de Char­lie. « C’est peu, mais on sait qu’on se­ra ca­pables de ver­ser cette somme chaque mois. On met­tra da­van­tage plus tard. »

Le chiffre ma­gique à re­te­nir : 2 500 dol­lars par an. C’est cette co­ti­sa­tion qui per­met d’être ad­mis­sible aux sub­ven­tions maxi­males ver­sées tous les ans dans le REEE par les deux pa­liers gou­ver­ne­men­taux : l’In­ci­ta­tif qué­bé­cois à l’épargne-études (250 $ par an, 3 600 $ à vie) et la Sub­ven­tion ca­na­dienne pour l’épar­gneé­tudes (500 $ par an, 7 200 $ à vie).

Cer­taines fa­milles à faibles re­ve­nus peuvent aus­si ré­cla­mer le Bon d’études ca­na­dien (BEC) (500 $ à l’ou­ver­ture du REEE, plus 100 $ par an jus­qu’à ce que l’en­fant at­teigne ses 15 ans) sans que les pa­rents aient à contri­buer eux-mêmes au ré­gime.

Co­ti­ser ne se­rait-ce que 100 dol­lars par mois à un REEE dès la nais­sance, soit 1 200 dol­lars par an, est très avan­ta­geux, af­firme So­phie Syl­vain. « Après 17 ans, les pa­rents au­ront épar­gné 20 400 dol­lars de leur poche et au­ront pro­fi­té de 7 395 dol­lars en sub­ven­tions. Si l’on tient compte d’un taux d’in­té­rêt de 4,4 %, ce REEE vau­dra donc 42 000 dol­lars, par rap­port à 28 000 dol­lars pour la même somme in­ves­tie hors REEE au même taux de ren­de­ment, soit une dif­fé­rence de 14 000 dol­lars. »

L’at­trait prin­ci­pal du REEE est que le ca­pi­tal in­ves­ti ap­par­tient tou­jours à ce­lui qui a ou­vert le compte – seuls les sub­ven­tions ob­te­nues et les in­té­rêts de­vront obli­ga­toi­re­ment ser­vir à fi­nan­cer les études de l’en­fant. Ain­si, un pa­rent peut un jour re­ti­rer sans pé­na­li­té son ca­pi­tal pour ren­flouer un REER qui au­rait été né­gli­gé, par exemple.

Quant à l’épargne-re­traite des pa­rents, même s’il est re­com­man­dé de com­men­cer tôt, il ne faut pas se culpa­bi­li­ser si on re­tarde cet ef­fort jus­qu’au mo­ment où l’on au­ra une plus grande marge de ma­noeuvre. « Se ser­rer la cein­ture à ou­trance risque d’im­po­ser un stress in­utile aux pa­rents », sou­ligne la conseillère bud­gé­taire Ol­ga Che­re­zo­va.

L’es­sen­tiel, quand on fonde une fa­mille, est d’évi­ter l’en­det­te­ment ex­ces­sif, de cra­quer pour une mai­son trop luxueuse pour ses moyens ou de consi­dé­rer une voi­ture neuve comme une né­ces­si­té. Il im­porte éga­le­ment de se consti­tuer un cous­sin de sé­cu­ri­té, dans un compte d’épargne libre d’im­pôt (CELI) par exemple. Et de sor­tir sa cal­cu­lette de temps à autre ! En ef­fet, la fac­ture de la pa­ren­ta­li­té change aus­si vite qu’un en­fant gran­dit. Bien­tôt, les nou­veaux pa­rents de­vront adap­ter leur bud­get pour te­nir compte des frais liés à la ren­trée sco­laire, du ser­vice de garde de l’école, des in­nom­brables lunchs, des cours de pia­no ou de l’ins­crip­tion à l’équipe de soc­cer du quar­tier, etc., et ce, jus­qu’au bal de fi­nis­sant !

Et en­core, c’est si le cher pe­tit ne se trans­forme pas en Tan­guy…

3 La pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière est-elle un com­por­te­ment ré­pan­du ?

Même si la plu­part des gens né­gligent en­core la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière avant la nais­sance d’un bé­bé, la jeune gé­né­ra­tion se montre de plus en plus pré­voyante. Par­ti­cu­liè­re­ment tou­chée par la pré­ca­ri­té, elle ne peut plus se per­mettre d’im­pro­vi­ser. La pla­ni­fi­ca­tion per­met de lut­ter contre l’in­sé­cu­ri­té.

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