DON­NEZ DU POIDS À VOS DOL­LARS !

LES CONSEILS DE CONSOM­MA­TEURS FUTÉS QUI PAIENT MOINS POUR TOUT !

Les Affaires Plus - - La Une - par Mar­tine Roux

Ma­non La­prise a tou­jours dé­pen­sé sans comp­ter. Mal­gré son mo­deste sa­laire d’ad­jointe ad­mi­nis­tra­tive, cette Lon­gueuilloise de 51 ans n’hé­si­tait pas à cou­vrir ses proches de ca­deaux, en­tre­te­nait à bout de bras la mai­son où ses trois ado­les­cents vi­vaient à mi-temps et se dé­pla­çait en SUV. Ap­por­ter son lunch au bu­reau? Ce n’était pas dans ses ha­bi­tudes.

Jus­qu’à ce que la dé­pres­sion la rat­trape, il y a près de trois ans : dettes et obli­ga­tions fi­nan­cières avaient fi­ni par sa­per sa santé psy­cho­lo­gique.

« L’ar­gent a tou­jours été mon ta­lon d’Achille, ra­conte-t-elle. J’étais tel­le­ment prise à la gorge que je me de­man­dais quelle fac­ture j’al­lais payer ce mois-ci. Je sur­vi­vais plu­tôt que je ne vi­vais. »

Pour Ma­non La­prise, le sa­lut pas­sait par la vente de sa ré­si­dence, une op­tion qu’elle a mis deux ans à ap­pri­voi­ser. Elle vit dé­sor­mais dans un ap­par­te­ment et a rem­pla­cé son vé­hi­cule uti­li­taire par une voi­ture plus pe­tite. Non seu­le­ment elle ne re­vien­drait pas en ar­rière, mais elle a aus­si trou­vé une foule d’as­tuces qui lui per­mettent de maxi­mi­ser chaque dé­pense sans se pri­ver. Son truc nu­mé­ro un? Le bon vieux sys­tème de l’en­ve­loppe.

« À chaque paie, je prends 200 dol­lars par se­maine pour l’épi­ce­rie, l’es­sence et les pe­tites dé­penses. Tout est bud­gé­té : un res­to, une coupe de che­veux, un ca­deau d’an­ni­ver­saire. » Ma­non La­prise fait dé­sor­mais l’épi­ce­rie avec une cal­cu­la­trice, et s’as­sure ré­gu­liè­re­ment qu’elle ne dé­passe pas son al­lo­ca­tion heb­do­ma­daire. « Je fais ma liste, je pla­ni­fie mes re­pas en fonc­tion des au­baines et je cal­cule. C’est comme pour un al­coo­lique: je sais que je dois faire at­ten­tion. »

La spi­rale des be­soins

Des consom­ma­teurs de la classe moyenne étran­glés par les dettes, Hé­lène Hé­tu en ren­contre chaque se­maine. Conseillère bud­gé­taire à l’ACEF Rive-Sud de Mon­tréal – c’est d’ailleurs elle qui a ai­dé Ma­non La­prise à sor­tir de l’im­passe –, elle re­marque qu’une ma­jo­ri­té de fa­milles ne font pas de bud­get et jonglent dan­ge­reu­se­ment avec le cré­dit.

Un exemple : elle a ré­cem­ment re­çu un couple proche de la cin­quan­taine qui son­geait à dé­cla­rer faillite. « Ils cu­mu­laient huit ou neuf cartes de cré­dit à deux et ne par­ve­naient plus à rem­bour­ser les mon­tants mi­ni­mum. Mal­gré tout, ils hé­si­taient à faire faillite : ils ne voyaient pas com­ment ils pour­raient bou­cler sans ac­cès au cré­dit… »

Se­rait-ce que la vie coûte plus cher qu’il y a 20 ans? Pas né­ces­sai­re­ment, ré­pond Hé­lène Bégin, éco­no­miste prin­ci­pale chez Desjardins, avec qui Les Af­faires Plus a fait l’exer­cice de com­pa­rer les prix des prin­ci­paux biens et ser­vices au Qué­bec sur les 20 der­nières an­nées (lire « Va­ria­tion du prix à la consom­ma­tion 1995-2015 » en page 26).

« Entre 1995 et 2015, les re­ve­nus après im­pôts et in­fla­tion des Qué­bé­cois ont aug­men­té de 3,1 %, et l’en­semble des prix, d’en­vi­ron 2% par an. Plu­sieurs consom­ma­teurs se plaignent que tout coûte plus cher, mais dans les faits, on ou­blie que le prix de cer­tains biens et ser­vices monte, tan­dis que d’autres baissent. »

Si les fa­milles ont sou­vent l’im­pres­sion que le coût de la vie grimpe plus vite que leurs re­ve­nus, c’est que leurs be­soins ont dé­cu­plé au cours des der­nières dé­cen­nies, ana­lyse le so­cio­logue Si­mon Lan­glois, de l’Uni­ver­si­té La­val. C’est par­ti­cu­liè­re­ment le cas dans les classes moyennes, dit-il.

« Au­jourd’hui, par exemple, pos­sé­der un té­lé­phone in­tel­li­gent et une ta­blette est ju­gé es­sen­tiel pour com­mu­ni­quer. Même chose pour le voyage dans le Sud: si on y goûte une fois, on au­ra les mêmes at­tentes l’an­née sui­vante. Y re­non­cer en­traîne un sen­ti­ment de pri­va­tion re­la­tive. »

Ré­ha­bi­li­ter Sé­ra­phin

Éco­no­mi­ser sans se pri­ver, soit. Mais est-il pos­sible de payer tout moins cher que ceux qui ne re­gardent pas à la dé­pense ? Oui, à l’ex­cep­tion des biens dont le prix est ré­gle­men­té, comme le lait ou les oeufs, es­time De­ny Bé­lisle, pro­fes­seur au Dé­par­te­ment de mar­ke­ting de l’Uni­ver­si­té de Sherbrooke. « C’est même notre de­voir de consom­ma­teur de nous in­for­mer, de po­ser des ques­tions et de com­pa­rer les offres et les prix afin de prendre une dé­ci­sion éclai­rée », dit-il.

Or, à l’ère de l’hy­per­con­som­ma­tion, ce com­por­te­ment est peu va­lo­ri­sé so­cia­le­ment, re­marque le cher­cheur. Ra­dins, chiches, sé­ra­phins, cheap… Les so­bri­quets mé­pri­sants ne manquent pas pour dé­si­gner les consom­ma­teurs prêts à tout pour trou­ver la bonne af­faire. « Au contraire, cher­cher à faire les meilleures af­faires pos­sible, c’est un bon com­por­te­ment so­cial ! Plus les consom­ma­teurs sont vi­gi­lants, plus ils exercent des pres­sions à la baisse sur les prix. D’un point de vue col­lec­tif, il est peut-être temps de cas­ser les conno­ta­tions né­ga­tives as­so­ciées aux com­por­te­ments avi­sés. »

Ce n’est certes pas Pierre-Yves McS­ween qui le contre­di­ra. Ce comp­table pro­fes­sion­nel agréé et chro­ni­queur éco­no­mique

C’est même notre de­voir de consom­ma­teur de nous in­for­mer, de po­ser des ques­tions et de com­pa­rer les offres et les prix afin de prendre une dé­ci­sion éclai­rée. »

a ré­cem­ment pu­blié En as-tu vrai­ment be­soin?, (Guy Saint-Jean, Édi­teur), un por­trait vi­trio­lique de la sur­con­som­ma­tion qui fait un ta­bac en li­brai­rie. « Il faut re­va­lo­ri­ser la per­sonne qui a n’a pas les moyens de pos­sé­der une voi­ture ou un sac Louis Vuit­ton. C’est elle, la plus in­tel­li­gente! »

Son cô­té radin, Béa­trice Ber­nard-Pou­lin en a fait sa marque de com­merce. Che­veux roses et blonds élé­gam­ment noués, ongles soi­gnés, vê­te­ments à la mode: à 29 ans, la fon­da­trice du blogue Eille la cheap ! n’est pas exac­te­ment une adepte de la sim­pli­ci­té vo­lon­taire. Pour­tant, elle re­chigne à dé­pen­ser les dol­lars qu’elle gagne la­bo­rieu­se­ment comme com­mu­ni­ca­trice pi­giste.

Son blogue re­cèle d’ailleurs 1 001 trucs pour épar­gner sans avoir le sen­ti­ment de se pri­ver, no­tam­ment en ma­tière de mode et de voyages, ses deux da­das. Même si elle n’a ja­mais tou­ché un re­ve­nu su­pé­rieur à 32000 dol­lars par an au cours de sa vie pro­fes­sion­nelle, la blo­gueuse fait au moins deux voyages par an et s’offre de pe­tits luxes à l’oc­ca­sion. Tout est question de choix, di­telle. Elle ha­bite une co­pro­prié­té du cen­tre­ville de Mon­tréal ac­quise par son père – un comp­table qui ne lui a pas lé­gué sa bosse des maths, dit-elle en riant –, à qui elle verse un loyer ; se dé­place ex­clu­si­ve­ment à pied; règle en en­tier le solde de sa carte de cré­dit chaque mois ; et s’ac­corde une en­ve­loppe de 100 dol­lars par se­maine pour les dé­penses cou­rantes.

En jan­vier pro­chain, elle se ren­dra pour une troi­sième fois en Australie, sa des­ti­na­tion fé­tiche. Prix ré­gu­lier d’un billet al­ler-re­tour de­puis Mon­tréal : en­vi­ron 2 200 dol­lars... « Mais comme je suis abon­née à l’in­fo­lettre d’Air Ca­na­da et que mon ho­raire de pi­giste me per­met de par­tir n’im­porte quand, j’ai pu mettre la main sur un billet pour la moi­tié du prix. Quant au sé­jour, j’ac­cepte le fait que mon bud­get ne me per­mette pas tout et je choi­sis mes ac­ti­vi­tés en consé­quence. » His­toire de bien bou­cler le bud­get, elle sé-

En voyage, j’ac­cepte le fait que mon bud­get ne me per­mette pas tout et je choi­sis mes ac­ti­vi­tés en consé­quence. » Les en­tre­prises in­dé­pen­dantes telles qu’ Elec­tro­nic Box, Aca­nac, Dis­tri­bu­tel, Col­ba ou Tek­sav­vy, offrent des for­faits In­ter­net qui coûtent 20% de moins en­vi­ron. »

jour­ne­ra dans une au­berge de jeu­nesse, où elle pour­ra pré­pa­rer ses re­pas.

D’ailleurs, plus tôt on ac­quiert ces ré­flexes de fru­ga­li­té fi­nan­cière, plus ils portent leurs fruits, croit Pierre-Yves McS­ween. « C’est entre 15 et 35 ans qu’on prend de mau­vaises dé­ci­sions fi­nan­cières qui nous plombent pour le res­tant de nos jours, dont celle de sur­con­som­mer. »

Bran­chés, mais fau­chés

Signe des temps, par­mi les dé­penses cou­rantes des mé­nages, un autre poste bud­gé­taire que l’ali­men­ta­tion a ré­cem­ment connu une aug­men­ta­tion sen­sible : les ser­vices de té­lé­com­mu­ni­ca­tions et de té­lé­pho­nie, dont les coûts ont grim­pé de 28,5 et 32,4%, res­pec­ti­ve­ment, entre 2005 et 2015 au Qué­bec, se­lon l’In­dice des prix à la consom­ma­tion (IPC) de Sta­tis­tique Ca­na­da.

« On s’est créé un be­soin, note Hé­lène Bégin, éco­no­miste prin­ci­pale chez Desjardins. Ces ser­vices gonflent les dé­penses de fa­çon ré­cur­rente chaque mois, sur­tout si plu­sieurs membres de la fa­mille les uti­lisent. »

« J’ai vu des gens qui avaient des for­faits de té­lé­com­mu­ni­ca­tions de 400 dol­lars par mois, ren­ché­rit la conseillère bud­gé­taire Hé­lène Hé­tu. Mais quand on leur sug­gère de ré­duire cette dé­pense, ils ex­cluent sou­vent cette op­tion. »

Il y a pour­tant moyen d’épar­gner beau­coup d’ar­gent sur les frais de té­lé­pho­nie et d’In­ter­net, as­sure Ju­lien Va­lois-Fran­coeur, avo­cat spé­cia­li­sé en droit de la consom­ma­tion et en té­lé­com­mu­ni­ca­tions. Mais comme Bell et Vi­déo­tron se par­tagent de 80 à 90% du mar­ché qué­bé­cois de l’In­ter­net et de la té­lé­pho­nie, de nom­breux consom­ma­teurs sont vic­times de « l’ef­fet Go­liath » et quand vient le mo­ment de s’abon­ner à ces ser­vices, ils se tournent spon­ta­né­ment vers l’un des oli­garques, constate-t-il.

Et pour­tant! « Si les gens ma­ga­si­naient, ils ver­raient qu’il y a beau­coup d’autres so­lu­tions pour moins cher. Les en­tre­prises in­dé­pen­dantes telles qu’Elec­tro­nic Box, Aca­nac, Dis­tri­bu­tel, Col­ba ou Tek­sav­vy offrent des for­faits In­ter­net qui coûtent 20% de moins en­vi­ron et offrent une bande pas­sante de deux à trois fois plus grande que les ac­teurs ma­jeurs. Et comme leurs ta­rifs sont sou­mis à la ré­gle­men­ta­tion du CRTC, ils n’aug­mentent pas trois fois par an­née. »

Même chose pour le té­lé­phone fi­laire: des four­nis­seurs in­dé­pen­dants de té­lé­pho­nie IP – com­mu­ni­ca­tion vo­cale via un or­di­na­teur – offrent des ser­vices pour quelques dol­lars par an, voire gra­tui­te­ment, alors que chez Bell ou chez Vi­déo­tron, la ligne fixe de base coûte au­tour de 40 dol­lars par mois. « La tech­no­lo­gie fonc­tionne bien, mais ces four­nis­seurs offrent peu de sou­tien tech­nique. Sauf qu’à ce prix, on est peut-être prêts à ac­cep­ter une coche en des­sous cô­té fia­bi­li­té et ser­vice à la clien­tèle. »

En outre, mé­fiez-vous des for­faits à ra­bais mul­ti­ser­vices que pro­posent les grands ac­teurs des té­lé­com­mu­ni­ca­tions, et ma­ga­si­nez vos ser­vices à la pièce – In­ter­net, té­lé­pho­nie, câ­blo­dis­tri­bu­tion – pour éco­no­mi­ser au maxi­mum, sug­gère Ju­lien Va­lois-Fran­coeur. Ça vous semble com­pli­qué ? Vous n’avez pas la fibre tech­no ? « Payez-vous les ser­vices d’un wiz-kid qui peut vous ins­tal­ler ça ! Dès la deuxième an­née, vous au­rez de 200 dol­lars à 500 dol­lars de plus en poche. »

Vous ne sa­vez pas com­ment vous y prendre? Pro­cu­rez-vousMon té­lé­phone me coûte (vrai­ment) trop cher, (Guy Saint-Jean, Édi­teur), du chro­ni­queur tech­no ( Les Af­faires), Alain McKen­na. On y ex­plique com­ment épar­gner une for­tune en ser­vices de té­lé­com­mu­ni­ca­tions, et ce, sans se pri­ver.

Cou­reurs de cou­pons

Autre ter­rain de jeu pour les chas­seurs d’au­baines: les ma­ga­sins d’ali­men­ta­tion. Il faut dire qu’avec l’aug­men­ta­tion du prix des ali­ments – qui a bon­di de 31,4% entre 2005 et 2015 au Qué­bec, se­lon l’IPC, tous ali­ments confon­dus –, les consom­ma­teurs ont de quoi chi­po­ter dans les al­lées du supermarché.

Béa­trice Ber­nard-Pou­lin, par exemple, épluche ré­gu­liè­re­ment l’in­fo­lettre de l’épi­ce­rie de son quar­tier, où elle ne se rend que pour ache­ter les ar­ticles en pro­mo­tion. Elle fait le reste de ses courses au mar­ché ou dans de pe­tits com­merces. Son té­lé­phone mo­bile lui sert de bloc, car elle fait le tour des al­lées pour re­pé­rer les meilleurs prix sur les fraises ou sur le maïs, par exemple. « Quand j’achète un ali­ment, je sais pré­ci­sé­ment ce que je vais en faire », dit-elle.

Quid du cou­po­ning, qui consiste à col­lec­tion­ner les cou­pons-ra­bais per­met­tant d’éco- no­mi­ser 50 cents par-ci et 1 dol­lar par-là ? « J’haïs ça ! À moins que ce soit un hob­by, je trouve que le ra­tio temps in­ves­ti par rap­port aux po­ten­tielles éco­no­mies n’est pas ga­gnant. »

Or, grâce aux nou­velles tech­no­lo­gies, le cou­po­ning per­met dé­sor­mais de réa­li­ser des éco­no­mies im­por­tantes sur les achats cou­rants sans pas­ser ses soi­rées à dé­cou­per des cir­cu­laires, ex­plique Li­li Mar­chand, ch­ro­ni­queuse et fon­da­trice du site on­ma­ga­sine. ca. « On en est au cou­po­ning 2.0: on ne parle plus seu­le­ment de pe­tits bouts de pa­pier, mais sur­tout d’ap­pli­ca­tions à té­lé­char­ger sur son mo­bile. »

Par exemple, des ap­pli­ca­tions comme Zweet ou Check-out 51 pro­posent chaque se­maine des re­mises en ar­gent sur cer­tains pro­duits d’ali­men­ta­tion ou d’hy­giène per­son­nelle, pour­suit cette sé­millante rou­quine. Vous ache­tez le pro­duit, vous pre­nez une pho­to de la fac­ture avec votre mo­bile et vous l’en­voyez via l’ap­pli­ca­tion. L’ar­gent se­ra en­suite ver­sé dans un compte ou­vert lors de l’ins­crip­tion.

En outre, le site on­ma­ga­sine.ca – de même que des agré­ga­teurs comme Reebe ou cir­cu­laires.com – ré­per­to­rie les dif­fé­rentes offres des dé­taillants qué­bé­cois, ce qui per­met aux adeptes du cou­po­ning de ga­gner du temps, dit sa fon­da­trice. Ain­si, « pour une mère or­di­naire qui tra­vaille 40 h par se­maine et qui a autre chose à faire que de dor­mir dans le sta­tion­ne­ment de l’épi­ce­rie », elle éva­lue le temps in­ves­ti à 1 h 30 à 2 heures par se­maine.

Cette mère de deux en­fants es­time qu’elle épargne en­vi­ron 200 dol­lars par mois sur l’épi­ce­rie fa­mi­liale par rap­port à sa pé­riode « pré- cou­po­ning », avec plus d’ar­ticles dans son pa­nier. « C’est un ou­til par­mi d’autres pour éco­no­mi­ser. L’idée, c’est d’en avoir plus pour son ar­gent. »

Les dis­ciples du cou­po­ning fi­nissent par connaître le prix d’une foule d’ar­ticles, un avan­tage in­dé­niable pour épar­gner,

Autre ter­rain de jeu pour les chas­seurs d’au­baines : les ma­ga­sins d’ali­men­ta­tion. Il faut dire qu’avec l’aug­men­ta­tion du prix des ali­ments, les consom­ma­teurs ont de quoi chi­po­ter dans les al­lées du supermarché. »

L’ul­time ré­com­pense du ″cou­pon­neur″ ? La double éco­no­mie ! »

pour­suit Li­li Mar­chand. Elle maî­trise le prix des poi­trines de pou­let au ki­lo, par exemple. « On de­vient pro­fon­dé­ment cheap! », ajou­tet-elle en riant. De­vant un ra­bais sub­stan­tiel au rayon bou­che­rie, elle achète un peu plus que né­ces­saire et congèle des por­tions. Elle a d’ailleurs ache­té une scel­leuse – en pro­mo­tion ! – qui lui per­met de conge­ler la viande sous vide.

L’ul­time ré­com­pense du « cou­pon­neur » ? La double éco­no­mie: le pro­duit sur le­quel on ap­plique un cou­pon-ra­bais du com­mer­çant et qu’on peut as­sor­tir à une re­mise en ar­gent du fa­bri­cant. La ch­ro­ni­queuse cite l’exemple d’un pot de mar­ga­rine de 907 g gé­né­ra­le­ment ven­du 3,99 dol­lars. « Il m’a coû­té 49 cents après l’ap­pli­ca­tion du cou­pon et de la re­mise ».

Autre truc de pro : les im­bat­tables. Sur pré­sen­ta­tion de la cir­cu­laire d’un concur­rent ou d’une preuve de prix, les com­mer­çants tels Maxi ou Wal­mart égalent le prix de la concur­rence. « Faut pas être gê­né: les em­ployés à la caisse sont main­te­nant ro­dés aux clients qui ré­clament des im­bat­tables. »

Pour Be­noit Du­guay, pro­fes­seur ti­tu­laire à l’École des sciences de la ges­tion de l’UQAM, faire jouer l’offre de la concur­rence à son avan­tage est une des stra­té­gies les plus payantes pour le consom­ma­teur. « Mais peu de gens pro­fitent des im­bat­tables. Si­non, les com­mer­çants ar­rê­te­raient cette pra­tique! »

Par contre, plu­sieurs tombent dans le pan­neau des stra­té­gies de mar­ke­ting des dé­taillants d’ali­men­ta­tion. « Ce n’est pas parce qu’un pro­duit est pla­cé en bout d’al­lée qu’il est for­cé­ment en pro­mo­tion. Il faut aus­si faire at­ten­tion aux struc­tures de prix : ache­tez-en quatre et c’est moins cher ? Ce n’est pas né­ces­sai­re­ment vrai. Pour faire de vé­ri­tables éco­no­mies, il faut tou­jours vé­ri­fier, com­pa­rer, être at­ten­tif. »

L’art de né­go­cier un tire-lait

Faire jouer la concur­rence, ça ne vaut pas qu’à l’épi­ce­rie. Avec ou sans cou­pons, Li­li Mar­chand ma­ga­sine et com­pare les prix de tout ce qu’elle achète, des crayons d’éco­liers à l’as­su­rance au­to. « C’est un mode de vie, une fa­çon de pen­ser. »

Ju­lien Va­lois-Fran­coeur par­tage la même phi­lo­so­phie. Avant d’ache­ter un bien, il fait quelques re­cherches sur le Web, his­toire de com­pa­rer les prix et les ca­rac­té­ris­tiques du pro­duit. Des agré­ga­teurs de prix en ligne comme shop­bot.ca per­mettent d’ailleurs de re­pé­rer le prix d’à peu près tout ce qui se vend au Qué­bec qui a un nu­mé­ro de sé­rie ou un nu­mé­ro de mo­dèle, dit-il.

Te­nez: tan­dis qu’il es­sayait des bottes de ran­don­née dans un ma­ga­sin d’ar­ticles de plein air, il sa­vait qu’un concur­rent du dé­taillant les of­frait à 25% de moins. « À la caisse, j’ai men­tion­né le prix du concur­rent, et ils l’ont aus­si­tôt égalé. Pour 30 se­condes de re­cherche, j’ai épar­gné près de 100 dol­lars pour deux paires de chaus­sures. »

Le prix af­fi­ché, c’est ce que le comp­table et chro­ni­queur Pierre-Yves McS­ween ap­pelle un « biais d’an­crage » : in­cons­ciem­ment, vous as­so­ciez ce chiffre à la vé­ri­table va­leur du pro­duit ou ser­vice. Ce qui ne ferme pas la voie à la né­go­cia­tion pour au­tant, même dans des com­merces bien éta­blis, in­siste-t-il.

« C’est sûr qu’on ne né­go­cie­ra pas le prix des to­mates à l’épi­ce­rie. Mais dans tout type de com­merce, il y a des ar­ticles qui prennent la pous­sière et pour les­quels le com­mer­çant est prêt à consen­tir à un ra­bais afin de les rayer de son in­ven­taire. » La preuve? Un de ses amis a ob­te­nu un ra­bais de 10% sur le prix d’un tire-lait chez Jean-Cou­tu!

Lui-même a fait bais­ser une fac­ture d’élec­tro­mé­na­gers de quelques cen­taines de dol­lars dans un grand ma­ga­sin d’ameu­ble­ment. « J’ai joué le jeu du ven­deur en lui di­sant qu’on était en­core à 200 dol­lars de se ser­rer la main. Dans le fond, la né­go­cia­tion, c’est un jeu. »

Un jeu qui peut rap­por­ter beau­coup si on met sa p’tite gêne de cô­té, es­time De­ny Bé­lisle, de l’Uni­ver­si­té de Sherbrooke. « Cultu­rel­le­ment, ici, les gens hé­sitent à né­go­cier de crainte que ce soit mal per­çu. Mais on ne perd rien à es­sayer. »

Cer­tains sec­teurs du com­merce de dé­tail – les pro­duits de luxe, par exemple – ne se prêtent pas à la né­go­cia­tion. En re­vanche, lors de fins de sai­son ou lors­qu’une nou­velle tech­no­lo­gie est lan­cée sur le mar­ché, on peut mar­chan­der avec le pro­prié­taire ou le gé­rant. Même chose pour les vê­te­ments ou les meubles lé­gè­re­ment abî­més. Quant aux ser­vices, il faut ab­so­lu­ment né­go­cier l’as­su­rance, les for­faits ban­caires, les taux hy­po­thé­caires ou les ser­vices de té­lé­com­mu­ni­ca­tions, pour­suit-il, à dé­faut de quoi vous ris­quez de payer trop cher.

« C’est une question de ju­ge­ment et de bon ti­ming. Plus l’offre est im­por­tante et la de­mande ré­duite, plus votre pou­voir de consom­ma­teur est éle­vé. »

En somme, au­cun des consom­ma­teurs futés in­ter­viewés pour ce dos­sier n’a l’im­pres­sion de se pri­ver en me­nant sa barque fi­nan­cière de fa­çon res­pon­sable. « Au contraire, c’est une li­ber­té ! » clame Ma­non La­prise. Grâce aux éco­no­mies réa­li­sées à droite et à gauche, elle a d’ailleurs pas­sé une par­tie de l’été der­nier à bour­lin­guer sur les che­mins de Com­pos­telle, son pre­mier voyage de­puis des an­nées. Et elle en avait vrai­ment be­soin.

De­ny Bé­lisle pro­fes­seur au Dé­par­te­ment de mar­ke­ting de l’Uni­ver­si­té de Sherbrooke

Béa­trice Ber­nardPou­lin

Ju­lien Va­loi­sur Fran­coe

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.