IN­VES­TIR: RÉ­SIS­TEZ AU PEN­CHANT LO­CAL

Nous avons clai­re­ment un pen­chant lo­cal lorsque vient le temps d’in­ves­tir. Pour­tant, la di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale peut ré­duire consi­dé­ra­ble­ment le risque d’un por­te­feuille. Ce­la est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour les Ca­na­diens.

Les Affaires Plus - - La Une - par So­phie Sti­val

Ne met­tez pas tous vos oeufs dans le même pa­nier. Cette règle élé­men­taire en ma­tière de pla­ce­ment s'ap­plique tout spé­cia­le­ment au mar­ché ca­na­dien. Con­trai­re­ment à l'éco­no­mie amé­ri­caine, la nôtre est beau­coup moins di­ver­si­fiée. Preuve élo­quente : les sec­teurs fi­nan­cier, éner­gé­tique ain­si que les ma­tières pre­mières re­pré­sentent à eux seuls les deux tiers de la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière au pays.

Cette concen­tra­tion sec­to­rielle conta­mine même les titres in­di­vi­duels. Par exemple, au dé­but des an­nées 2000, l'ac­tion de Nor­tel a consti­tué plus de 30 % de l'in­dice de la Bourse de To­ron­to. L'en­tre­prise phar­ma­ceu­tique Va­leant a éga­le­ment pe­sé lourd dans le por­te­feuille des in­ves­tis­seurs en 2015 à cause d'une ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière qui dé­pas­sait celle de la Banque Royale. Le titre a de­puis fon­du comme neige au so­leil.

Se­lon une étude* de Pla­ce­ments Van­guard Ca­na­da, le mar­ché des ac­tions ca­na­diennes ne re­pré­sente que 3,4 % de la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière mon­diale (au 31 dé­cembre 2014). Or, nous in­ves­tis­sons près de 60 % de notre épargne en ac­tions dans le mar­ché na­tio­nal, soit 17 fois plus ! Ce fort pen­chant lo­cal nous ex­pose, d'après Van­guard, aux risques liés aux en­tre­prises ca­na­diennes qui sont sur­pon­dé­rées dans cer­tains sec­teurs et sous-pon­dé­rées dans d'autres tels que les tech­no­lo­gies de l'in­for­ma­tion, les soins de san­té et les biens de consom­ma­tion de base.

Ain­si, la Bourse ca­na­dienne af­fiche une vo­la­ti­li­té an­nuelle de ses ren­de­ments plus éle­vée que le mar­ché mon­dial ex­cluant le Ca­na­da, et ce, sans pro­cu­rer un ren­de­ment su­pé­rieur. C'est le cas de la plu­part des mar­chés do­mes­tiques exa­mi­nés. En d'autres mots, « les por­te­feuilles en­tiè­re­ment com­po­sés d'ac­tions d'un seul pays peuvent dé­ga­ger des ren­de­ments trop faibles pour le ni­veau de risque as­su­mé »,

sou­lignent les cher­cheurs de Van­guard. L'ana­lyse couvre la pé­riode si­tuée entre le 31 dé­cembre 1969 et le 31 mars 2014 et les ren­de­ments re­flètent ceux des in­dices MSCI res­pec­tifs se­lon le pays et l'in­dice MSCI monde.

Men­tion­nons qu'en ré­dui­sant la vo­la­ti­li­té de son por­te­feuille de pla­ce­ments, on s'as­sure de pré­ser­ver plus long­temps son ca­pi­tal, un ob­jec­tif pri­mor­dial, no­tam­ment à l'ap­proche ou au mo­ment de la re­traite. « Si la di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale n'éli­mine pas l'in­cer­ti­tude à propos des ren­de­ments fu­turs, elle peut la ré­duire de beau­coup. Il est moins pro­bable de perdre de l'ar­gent sur de longues pé­riodes avec un por­te­feuille mon­dial com­pa­ra­ti­ve­ment à un por­te­feuille uni­que­ment consti­tué d'ac­tions ca­na­diennes », af­firme Ray­mond Ker­zé­rho, di­rec­teur de la re­cherche à PWL Ca­pi­tal.

Com­prendre notre biais do­mes­tique

Plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent ce pen­chant lo­cal com­mu­né­ment ap­pe­lé biais do­mes­tique. « Ce­la pro­vient no­tam­ment de notre pré­fé­rence pour ce qui est fa­mi­lier. On choi­sit des en­tre­prises que l'on connaît. Les re­cherches montrent éga­le­ment que les in­ves­tis­seurs tendent à être plus op­ti­mistes à propos de leur éco­no­mie que de celle des autres pays. Autre rai­son : on pense qu'en in­ves­tis­sant dans une en­tre­prise mul­ti­na­tio­nale d'ori­gine ca­na­dienne, on at­tein­dra une di­ver­si­fi­ca­tion mon­diale suf­fi­sante. Or, ce n'est pas aus­si vrai qu'on le croit. La per­for­mance de ces en­tre­prises se­ra sou­vent très cor­ré­lée avec celle du mar­ché do­mes­tique » , ex­plique Todd Schlan­ger, stra­tège prin­ci­pal Pla­ce­ments, du bu­reau de Van­guard à To­ron­to.

Autre fac­teur qui fa­vo­rise l'achat d'ac­tions chez nous : le cré­dit d'im­pôt pour di­vi­dendes de so­cié­tés ca­na­diennes im­po­sables. Dans le cas d'une société étran­gère qui verse un di­vi­dende à un ré­sident ca­na­dien, ce­lui- ci se­ra plu­tôt im­po­sé comme un re­ve­nu or­di­naire. De plus, le pays d'ori­gine de l'en­tre­prise, par exemple les États-Unis, peut re­te­nir des im­pôts à la source. Il existe par­fois des en­tentes qui per­mettent de ré­cla­mer un cré­dit d'im­pôt étran­ger dans le but d'éli­mi­ner ou de ré­duire les ef­fets de cette double im­po­si­tion. En fonc­tion de la ca­té­go­rie d'ac­tifs et du pays d'ori­gine de l'en­tre­prise ou de l'émet­teur, il peut donc y avoir des in­ci­dences fis­cales di­verses.

Le biais do­mes­tique af­fecte éga­le­ment la por­tion obli­ga­taire du por­te­feuille. À l'ap­proche de la re­traite ou en mode dé­cais­se­ment, on vou­dra s'as­su­rer d'avoir suf­fi­sam­ment de sources de re­ve­nus en dol­lars ca­na­diens afin d'ap­pa­rier ces dé­bour­sés. C'est pour­quoi nous pré­fé­rons les obli­ga­tions qui pro­curent des re­ve­nus en dol­lars ca­na­diens.

« N'ou­blions pas que les obli­ga­tions dé­te­nues dans notre por­te­feuille com­portent un risque de dé­faut de paie­ment. La di­ver­si­fi­ca­tion est donc un élé­ment cen­tral, car si on perd un mon­tant d'ar­gent im­por­tant sur ces pla­ce­ments, on au­ra peu de chances de se re­prendre, les obli­ga­tions n'ayant pas le po­ten­tiel haus­sier que pos­sèdent les ac­tions. Alors, à moins d'ache­ter seule­ment des obli­ga­tions gou­ver­ne­men­tales de grande qua­li­té, on vou­dra dé­te­nir des cen­taines de titres pro­ve­nant d'émet­teurs dif­fé­rents », sou­ligne Ray­mond Ker­zé­rho. De même, puisque les taux des obli­ga­tions sont en­core très bas au Ca­na­da, on peut, en in­ves­tis­sant à l'étran­ger, pro­fi­ter de la forme de la courbe de ren­de­ment qui se­ra dif­fé­rente d'un pays à l'autre. Celle- ci re­flète no­tam­ment les pré­vi­sions d'in­fla­tion et de crois­sance éco­no­mique.

In­ves­tir à l'étran­ger n'est évi­dem­ment pas sans risque, en par­ti­cu­lier quand on place son épargne dans des pays po­li­ti­que­ment fra­giles et où la de­vise peut se faire mal­me­ner ( voir en­ca­dré). « Cer­tains clients ne sont pas à l'aise à l'idée d'avoir plus de la moi­tié de leurs ac­tions dans des titres mon­diaux. Ils constatent avec re­gret qu'un mar­ché boursier haus­sier une cer­taine an­née peut concé­der une grande part de ce ren­de­ment en rai­son de fluc­tua­tions dé­fa­vo­rables de la de­vise, re­marque Dan Hal­lett, vice- pré­sident de HighView Financial Group. Pour­tant, à long terme, l'ef­fet com­bi­né d'avoir plu­sieurs de­vises dans le por­te­feuille se­ra po­si­tif, mais les in­ves­tis­seurs vont sou­vent ju­ger la per­for­mance de leur por­te­feuille sur un ho­ri­zon as­sez court », ajoute-t-il.

En­fin, les coûts de tran­sac­tion éle­vés et la li­qui­di­té par­fois moindre des in­ves­tis­se­ments étran­gers ont pu nour­rir cette aver­sion en­vers ces titres. Au­jourd'hui, des so­lu­tions de pla­ce­ment comme les fonds né­go­ciés en Bourse (FNB) per­mettent aux par­ti­cu­liers d'ac­cé­der à des pro­duits li­quides et di­ver­si­fiés pour aus­si peu que quelques di­zaines de points de base par an­née.

Quelle part in­ves­tir à l’étran­ger ?

Y a-t-il alors une pro­por­tion op­ti­male de titres étran­gers à avoir dans son por­te­feuille ? « Pour toutes les rai­sons évo­quées pré­cé­dem­ment, on vou­dra trou­ver le bon équi­libre entre le mar­ché do­mes­tique et in­ter­na­tio­nal. « D'après nos ana­lyses,

Si la di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale n’éli­mine pas l’in­cer­ti­tude à propos des ren­de­ments fu­turs, elle peut la ré­duire de beau­coup. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.