Ac­tions à di­vi­dendes ou obli­ga­tions ?

Dans un por­te­feuille, on ne peut sub­sti­tuer les unes aux autres. Voi­ci pour­quoi.

Les Affaires Plus - - Contents - par Ian Gas­con

La hausse des taux d’in­té­rêt tant at­ten­due de­puis quelques an­nées semble fi­na­le­ment se pro­duire. La Banque du Ca­na­da a ré­cem­ment haus­sé son taux di­rec­teur à deux re­prises, et le mar­ché laisse en­tre­voir que d’autres hausses se­ront an­non­cées pro­chai­ne­ment. Dans un tel contexte, est-il en­core ju­di­cieux de fa­vo­ri­ser les ac­tions à di­vi­dendes au dé­tri­ment des obli­ga­tions ?

La ques­tion se pose, car, au cours des der­nières an­nées, plu­sieurs in­ves­tis­seurs dé­çus du ren­de­ment es­pé­ré des obli­ga­tions ont orien­té leur por­te­feuille vers des ac­tions à di­vi­dendes. Or, ce type de choix illustre par­fois une mé­con­nais­sance des pro­duits né­go­ciés. Voi­ci quelques as­pects à consi­dé­rer.

Taux d’in­té­rêt op­po­sé à ren­de­ment en di­vi­dendes

Une com­pa­rai­son sou­vent évoquée dans les mé­dias est le ni­veau des taux d’in­té­rêt 10 ans sur les obli­ga­tions gou­ver­ne­men­tales par rap­port au taux de ren­de­ment en di­vi­dendes des ac­tions. Lorsque le taux d’in­té­rêt 10 ans est in­fé­rieur au taux de ren­de­ment des di­vi­dendes, comme c’est le cas de­puis 2011, cer­tains af­firment qu’il est pré­fé­rable d’op­ter pour des ac­tions à di­vi­dendes. C’est une stra­té­gie qui a pos­si­ble­ment fonc­tion­né dans le pas­sé, mais rien n’in­dique que cette ten­dance va se pour­suivre, que cette com­pa­rai­son est per­ti­nente et sur­tout que cette re­la­tion est stable dans le temps.

Le taux de ren­de­ment en di­vi­dendes a aug­men­té de fa­çon presque conti­nue de­puis l’an 2000, mais au­pa­ra­vant, il avait bais­sé pen­dant près de 20 ans. La ré­cente hausse est at­tri­buable en par­tie à l’ap­pé­tit des in­ves­tis­seurs pour les di­vi­dendes, mais aus­si au fait que les en­tre­prises n’avaient pas de pro­jets suf­fi­sam­ment ren­tables pour conser­ver ces li­qui­di­tés, in­di­quant qu’une pé­riode pro­lon­gée de plus faible crois­sance était envisageable. Pen­dant cette pé­riode, les taux d’in­té­rêt ont bais­sé, ce qui a ac­cen­tué l’im­pres­sion que les ac­tions à di­vi­dendes étaient plus in­té­res­santes.

Il ne faut tou­te­fois pas ou­blier que les ac­tions sont plus ris­quées que les obli­ga­tions, et ce, même pour des en­tre­prises qui versent des di­vi­dendes stables ou qui sont de « bonne qua­li­té ». Plu­sieurs in­ves­tis­seurs semblent convain­cus que les mar­chés d’ac­tions res­te­ront peu vo­la­tils en­core long­temps et que le ren­de­ment gé­né­ré par les ac­tions au cours des der­nières an­nées est sus­cep­tible de se per­pé­tuer au cours des pro­chaines an­nées. C’est pos­sible, mais peu pro­bable.

Pro­tec­tion en cas de baisse des mar­chés

Un autre as­pect à consi­dé­rer est la faible cor­ré­la­tion his­to­rique entre les obli­ga­tions et les ac­tions. En ré­dui­sant le poids des obli­ga­tions et en aug­men­tant ce­lui des ac­tions (même à di­vi­dendes), le bé­né­fice de cet ef­fet de di­ver­si­fi­ca­tion est net­te­ment ré­duit, am­pli­fiant les pertes po­ten­tielles d’un por­te­feuille, car le ren­de­ment à long terme des ac­tions à di­vi­dendes est bien plus proche de ce­lui des ac­tions en gé­né­ral que de ce­lui des obli­ga­tions. La crise de 2008 a été un bel exemple de cet ef­fet de di­ver­si­fi­ca­tion qui a per­mis de li­mi­ter les pertes des por­te­feuilles bien di­ver­si­fiés.

Les­ta­tu quo est en­core une bonne ap­proche

Une bonne di­ver­si­fi­ca­tion dans plu­sieurs ca­té­go­ries d’ac­tifs tout en com­pre­nant les dif­fé­rents risques aux­quels s’ex­pose un por­te­feuille est en­core une des meilleures fa­çons de maxi­mi­ser le ren­de­ment à long terme tout en li­mi­tant les pertes im­por­tantes. Un por­te­feuille bien di­ver­si­fié ne de­vrait pas avoir be­soin de chan­ge­ments ma­jeurs quant à l’al­lo­ca­tion d’ac­tifs lorsque des chan­ge­ments ma­croé­co­no­miques sur­viennent. Si des chan­ge­ments importants sont re­quis, c’est pro­ba­ble­ment un in­dice que le por­te­feuille n’était pas bien di­ver­si­fié ou que le ni­veau de risque de ce­lui-ci n’était pas adé­quat.

Il ne faut tou­te­fois pas ou­blier que les ac­tions sont plus ris­quées que les obli­ga­tions. »

pour un Ca­na­dien, il est cen­sé dé­te­nir, pour la por­tion ac­tions du por­te­feuille : 30 % de titres do­mes­tiques et 70 % de titres in­ter­na­tio­naux. Quant au pour­cen­tage à re­ve­nu fixe, nous pri­vi­lé­gions une plus grande part de titres ca­na­diens, soit 60 % de titres lo­caux et 40 % à l’in­ter­na­tio­nal », pré­cise Todd Schlan­ger. La si­tua­tion spé­ci­fique d’un in­di­vi­du peut bien sûr faire jouer ces com­bi­nai­sons.

Se­lon le pré­sident de CFA Mon­tréal, Fre­de­rick Che­nel, l’abo­li­tion des li­mites de conte­nu étran­ger, no­tam­ment dans le REER, a fa­vo­ri­sé les in­ves­tis­se­ments dans les ac­tions mon­diales et a en­gen­dré une vague en fa­veur des mar­chés émer­gents. « La ten­dance vers une plus grande di­ver­si­fi­ca­tion in­ter­na­tio­nale se pour­sui­vra dans les pro­chaines an­nées. Les in­ves­tis­seurs sont in­té­res­sés par des mar­chés de plus en plus gra­nu­laires, comme les mar­chés fron­tières (aus­si ap­pe­lés mar­chés nais­sants) », re­marque ce­lui qui est éga­le­ment vice-pré­sident chez Fie­ra Ca­pi­tal.

Les stra­té­gies d’in­ves­tis­se­ment se sont d’ailleurs dé­mo­cra­ti­sées et donnent la pos­si­bi­li­té au par­ti­cu­lier de mieux di­ver­si­fier son por­te­feuille. « On a au­jourd’hui ac­cès à des pla­ce­ments au­tre­fois ré­ser­vés aux caisses de re­traite tels que des fonds d’in­fra­struc­tures, des fonds im­mo­bi­liers et des pla­ce­ments pri­vés », ajoute-t-il.

La di­ver­si­fi­ca­tion par pays ou par grande ré­gion géo­gra­phique ( Eu­rope, Asie, Amé­riques) per­met donc de pro­fi­ter de la crois­sance éco­no­mique et de courbes de taux d’in­té­rêt qui dif­fèrent d’un État à l’autre. Ce­la sous-en­tend éga­le­ment le choix des ca­té­go­ries d’ac­tifs qui com­po­se­ront notre por­te­feuille et de notre phi­lo­so­phie de pla­ce­ment. Op­te­rons-nous pour une ges­tion pas­sive en ré­pli­quant des in­dices bour­siers ou se­rons-nous plus ac­tifs en sé­lec­tion­nant des titres in­di­vi­duels ? Il est évi­dem­ment pos­sible de com­bi­ner dif­fé­rentes stra­té­gies de di­ver­si­fi­ca­tion.

Pour un Ca­na­dien, la por­tion ac­tions du por­te­feuille de­vrait conte­nir 70 % de titres in­ter­na­tio­naux. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.