PLONGEZ DANS LA 4E RÉ­VO­LU­TION IN­DUS­TRIELLE

Les Affaires - - Front Page - RE­NÉ VÉZINA

Le Qué­bec n’est pas condam­né à être tou­jours per­dant en ma­tière de dé­lo­ca­li­sa­tion. En fait, par op­po­si­tion à la ré­si­gna­tion po­pu­laire, cer­taines de ses en­tre­prises sont dé­jà sur le mode de la re­lo­ca­li­sa­tion, ce qu’es­père Do­nald Trump pour les en­tre­prises amé­ri­caines. Ici, le mou­ve­ment est dé­jà en marche.

On nous en a pré­sen­té quelques exemples lors du ré­cent Som­met sur l’innovation te­nu à Mon­tréal le 24 no­vembre, qui vi­sait ex­pres­sé­ment à convaincre les PME ma­nu­fac­tu­rières de mi­ser au maxi­mum sur les pro­cé­dés les plus mo­dernes.

Oui, par­mi les en­tre­prises qui se sont fait va­loir cette jour­née-là, cer­taines n’étaient pas pré­ci­sé­ment des PME.

Me­ga Brands, l’un des plus im­por­tants fa­bri­cants de jouets en plas­tique du monde, compte 1 400 em­ployés à Mon­tréal. Le géant américain Mat­tel s’était por­té ac­qué­reur de l’en­tre­prise en 2014 pour la somme de 460 mil­lions de dol­lars. Jus­qu’à la crise de 2008, 80% de sa pro­duc­tion était ef­fec­tuée en Chine. Mais de­puis, les grands dé­taillants, comme Wal­mart, ont ré­duit de ma­nière im­por­tante les dé­lais de li­vrai­son, pour ne pas se re­trou­ver avec des stocks in­ven­dus si la de­mande ne suit pas.

Le trans­port par ba­teau, qui peut s’étendre sur plu­sieurs mois avec les for­ma­li­tés avant et après l’em­bar­que­ment, ne convient plus. Et le trans­port par avion coûte cher.

Chez Me­ga Brands, la di­rec­tion a donc conclu que ra­pa­trier ici une bonne par­tie de la pro­duc­tion s’im­po­sait, dans la me­sure où on pou­vait mi­ser à fond sur l’au­to­ma­ti­sa­tion. Ce qui a été fait.

L’usine de l’ar­ron­dis­se­ment Saint-Laurent compte au­tant d’em­ployés qu’avant, même si les ma­chines ro­bo­ti­sées sont plus nom­breuses. Ré­sul­tat: elle a ré­cu­pé­ré la moi­tié de ce qui était au­tre­fois pro­duit en Chine. Et le contrôle de la qua­li­té y a ga­gné, avan­tage non né­gli­geable quand les jeunes clients ont à as­sem­bler des tonnes de pièces en es­pé­rant qu’il n’en manque pas une seule.

Au­to­ma­ti­ser et nu­mé­ri­ser l’en­semble des fonc­tions de pro­duc­tion

C’est là une par­faite illustration de ce qu’on ap­pelle la qua­trième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Elle mise au maxi­mum sur la ro­bo­ti­sa­tion et la nu­mé­ri­sa­tion de l’en­semble des fonc­tions de pro­duc­tion, ce qui per­met d’es­pé­rer que se sta­bi­lise, et même qu’aug­mente, la part du sec­teur ma­nu­fac­tu­rier dans les éco­no­mies dé­ve­lop­pées.

À cet égard, le Qué­bec a quand même réus­si à li­mi­ter les dé­gâts, mais l’en­jeu reste cos­taud. Il y a de l’es­poir dans l’air, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec l’a re­con­nu et ap­puie main­te­nant cette contre-of­fen­sive en y in­jec­tant 700 M$. Une tour­née pan­qué­bé­coise est en cours pour la pu­bli­ci­ser et in­ci­ter les PME à se pré­va­loir de ce pro­gramme.

Le pré­sident des Ma­nu­fac­tu­riers et Ex­por­ta­teurs du Qué­bec, Éric Té­trault, a d’ailleurs li­vré du­rant le Som­met un vi­brant plai­doyer à l’en­droit des di­ri­geants des en­tre­prises qué­bé­coises pour les ex­hor­ter à pro­fi­ter de cette ou­ver­ture de Qué­bec à l’égard des ma­nu­fac­tu­riers. À ses yeux, c’est à la fois une re­con­nais­sance de l’im­por­tance du sec­teur et un mes­sage se­lon le­quel il est im­pé­ra­tif de se mo­der­ni­ser, pour non pas seule­ment contre­car­rer la concur­rence mon­diale, mais éga­le­ment pour pro­fi­ter des oc­ca­sions qu’elle offre. La meilleure dé­fense, semble-t-il, c’est l’at­taque, comme le dit le vieil adage.

Jus­te­ment, la mi­nistre qué­bé­coise de l’Éco­no­mie, de la Science et de l’Innovation, Do­mi­nique An­glade, est ve­nue rap­pe­ler l’en­ga­ge­ment du gou­ver­ne­ment de Philippe Couillard en­vers les ma­nu­fac­tu­riers in­no­vants – pour­vu que les fonds pré­vus soient ef­fec­ti­ve­ment dis­po­nibles. Cer­tains en pro­fitent dé­jà.

L’exemple peu connu de Groupe Hy­per­tec

On ap­pre­nait, le 25 no­vembre, que la société Groupe Hy­per­tec, de l’ar­ron­dis­se­ment SaintLaurent à Mon­tréal, al­lait in­ves­tir 71 M$ pour ac­cen­tuer ses ac­ti­vi­tés dans le do­maine des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion. De ce mon­tant, Qué­bec par­ti­ci­pe­ra à hau­teur de 12 M$. Quelque 260 em­plois fort bien payés – dans ce mi­lieu, c’est la norme – s’ajou­te­ront à l’ef­fec­tif d’Hy­per­tec, qui compte dé­jà 350 em­ployés.

Elle a be­soin de ren­fort pour me­ner à bien ses pro­jets, no­tam­ment: ac­cé­lé­rer sa pro­duc­tion de ser­veurs in­for­ma­tiques, hé­ber­ger des don­nées en in­fo­nua­gique et re­cy­cler d’an­ciens ap­pa­reils élec­tro­niques. Bien­tôt, donc, plus de 600 em­ployés. Et ga­geons que vous n’en avez ja­mais en­ten­du par­ler! Il y a beau­coup de ces se­crets bien gar­dés au Qué­bec, et pas seule­ment dans le cré­neau de la haute tech­no­lo­gie

On veut ain­si ac­com­pa­gner dans leur ex­pan­sion près de 4 000 en­tre­prises qué­bé­coises, soit en­vi­ron le quart de celles qui ex­portent. Compte te­nu de la baisse de la po­pu­la­tion ac­tive, no­tée de­puis l’an der­nier, ce se­ra là un im­por­tant dé­fi. Com­ment réus­sir à faire plus avec moins de per­son­nel? Dans l’équation sur­git le re­cours à l’im­mi­gra­tion en dé­pit des pré­oc­cu­pa­tions iden­ti­taires. Que ga­gne­rons-nous si nous ne fai­sons que pié­ti­ner? Si notre éco­no­mie se contracte faute de ren­fort et met à mal des en­tre­prises qui se­ront for­cées de s’éclip­ser?

À moins que le Qué­bec ne de­vienne un cham­pion des gains de pro­duc­ti­vi­té. À cet égard, nous sommes mal­heu­reu­se­ment en queue de pe­lo­ton en Amé­rique du Nord. Plaise au ciel que nos PME sai­sissent les pro­grammes qu’on leur offre pour en­trer de plain-pied dans cette qua­trième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle.

Jean Luc Tra­han quitte AluQué­bec

La grappe de l’alu­mi­nium est l’une des plus dy­na­miques du Qué­bec, avec de grands pro­duc­teurs et en­vi­ron 1400 trans­for­ma­teurs. Mais pour bien faire, il fau­drait da­van­tage d’en­tre­prises ac­tives en deuxième trans­for­ma­tion, comme des fon­de­ries et des la­mi­noirs.

Jean-Luc Tra­han y a tra­vaillé sans re­lâche à par­tir sa no­mi­na­tion comme pdg d’AluQué­bec, il y a 18 mois. On vient d’ap­prendre son dé­part, pour des rai­sons qui res­tent à éclair­cir. Il faut sou­hai­ter que l’élan qu’il avait im­pri­mé à l’or­ga­ni­sa­tion, lui, se main­tienne.

Cette ré­vo­lu­tion mise au maxi­mum sur la ro­bo­ti­sa­tion et la nu­mé­ri­sa­tion de l’en­semble des fonc­tions de pro­duc­tion.

L’International Bulk Jour­nal (IBJ), le ma­ga­zine de l’in­dus­trie du vrac sec, a décerné le prix d’ex­ploi­tant de vra­quiers de l’an­née à Ca­na­da Steam­ship Lines (CSL), un im­por­tant pro­prié­taire et ex­ploi­tant de na­vires au­to­dé­char­geurs, dont le siège so­cial est à Mon­tréal. Les di­ri­geants de CSL ont re­çu le prix lors du dî­ner de ga­la de l’IBJ qui se dé­rou­lait à Londres, le 21 no­vembre. Ce prix sou­ligne les réa­li­sa­tions ré­centes de l’en­tre­prise en ma­tière de sé­cu­ri­té, d’ef­fi­ca­ci­té et de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Le prix re­con­naît éga­le­ment sa contri­bu­tion au com­merce international. CSL a des di­vi­sions dans les Amé­riques, en Australie, en Eu­rope et en Asie. L’en­tre­prise trans­porte plus de 78 mil­lions de tonnes de mar­chan­dises par an­née pour des clients oeu­vrant dans les sec­teurs de la construc­tion, de l’acier, de l’éner­gie et de l’agroa­li­men­taire.

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