Qué­bec : la nou­velle garde

La ca­pi­tale na­tio­nale connaît un nou­vel es­sor en­tre­pre­neu­rial. Sa re­cette : beau­coup de sou­tien, des sec­teurs de pointe et un ré­seau so­lide comme le roc.

Les Affaires - - Front Page - Jean-Fran­çois Venne re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Un pe­tit monde

Les en­tre­pre­neurs de Qué­bec ont com­pris que le suc­cès naît de la col­la­bo­ra­tion. Ils bâ­tissent de forts ré­seaux in­for­mels, no­tam­ment du cô­té des firmes tech­no­lo­giques. Ces rap­ports se trans­forment sou­vent en vé­ri­tables par­te­na­riats d’af­faires.

« Avant, je re­gar­dais avec en­vie du cô­té de la Ca­li­for­nie parce qu’on y trouve une vraie culture de la col­la­bo­ra­tion entre en­tre­pre­neurs et beau­coup d’am­bi­tion, mais main­te­nant, le même état d’es­prit règne à Qué­bec, entre les en­tre­pre­neurs des dif­fé­rentes gé­né­ra­tions », lance Al­bert DangVu, pdg et co­fon­da­teur de Mi­re­go.

Spé­cia­li­sée dans le dé­ve­lop­pe­ment de stra­té­gies et de solutions pour mo­biles, Mi­re­go fi­gure au pal­ma­rès des 500 en­tre­prises ca­na­diennes af­fi­chant la plus forte crois­sance du ma­ga­zine PRO­FIT. Un ex­ploit dont le mé­rite re­vient à ses fon­da­teurs et à ses em­ployés, mais aus­si à un ré­seau so­lide, is­su no­tam­ment de l’ex-Co­per­nic. Al­bert Dang-Vu sou­ligne la forte contri­bu­tion de Mar­tin Bou­chard, an­cien pré­sident de Co­per­nic, au dé­mar­rage de Mi­re­go. Il avait no­tam­ment ap­por­té son ex­per­tise à la ges­tion des in­ves­tis­se­ments et des ac­qui­si­tions stra­té­giques.

Louis Tê­tu, co­fon­da­teur de Ta­leo, firme ven­due à fort prix à Oracle en 2012, est aus­si une res­source in­té­res­sante pour les en­tre­pre­neurs en tech­no. Très ac­tif à Qué­bec, il est ac­tuel­le­ment pdg de Co­veo, une firme qu’il a fon­dée avec le même Mar­tin Bou­chard. Il est aus­si pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Pe­talMD, gé­rée par des an­ciens de Ta­leo. La taille re­la­ti­ve­ment mo­deste de Qué­bec fa­vo­rise les rap­pro­che­ments. « Les stu­dios de jeux vidéo, par exemple, sont tous ras­sem­blés dans un es­pace d’en­vi­ron 1 km2 dans le quar­tier SaintRoch et col­la­borent beau­coup entre eux, sans trop s’in­quié­ter du fait qu’ils puissent être en com­pé­ti­tion », illustre Do­mi­nique Brown, fon­da­teur du stu­dio Bee­nox en 2002, re­con­ver­ti à la cho­co­la­te­rie de­puis l’achat de Cho­co­lats fa­vo­ris en 2013.

Il ad­met que la mé­dia­ti­sa­tion des en­tre­pre­neurs à suc­cès donne l’im­pres­sion que lan­cer une en­tre­prise est un one-man-show. C’est faux. Lui-même compte sur tout un ré­seau d’en­tre­pre­neurs qu’il peut contac­ter pour se faire conseiller ou mettre sa plus ré­cente idée à l’épreuve.

Ces re­la­tions peuvent de­ve­nir beau­coup plus étroites, jus­qu’à se trans­for­mer en vé­ri­tables par­te­na­riats d’af­faires. Do­mi­nique Brown cite no­tam­ment deux de ses conseillers de­ve­nus ac­tion­naires de Cho­co­lats fa­vo­ris, Luc Du­pont, pré­sident d’Im­ma­nence IDC, et Da­niel Gau­thier, co­fon­da­teur du Cirque du So­leil et dé­ten­teur du hol­ding fi­nan­cier HDG, pré­si­dé par Claude Cho­quette, un autre atout ma­jeur dans le ré­seau d’en­tre­pre­neurs de Do­mi­nique Brown. « Ils ont vé­cu plu­sieurs étapes de dé­ve­lop­pe­ment d’une en­tre­prise, et je peux pui­ser dans cette expérience », pré­cise ce der­nier.

À charge de re­vanche, pour­rait-on dire. Lorsque Da­niel Gau­thier ré­or­ga­nise le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du Groupe Le Mas­sif, en 2011, il se tourne no­tam­ment vers… Do­mi­nique Brown.

Des or­ga­nismes qui comptent

Les contacts entre en­tre­pre­neurs se font par­fois par des voies plus of­fi­cielles. Amé­lie Côte, pré­si­dente et fon­da­trice d’Ex­pose Mé­dia, est ac­tive dans des or­ga­nismes comme la Jeune chambre de com­merce de Qué­bec ou l’As­so­cia­tion femmes en­tre­pre­neures Qué­bec, mais sur­tout dans Femmes en af­faires de la Ca­pi­ta­leNa­tio­nale. Re­cru­tée sur le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’or­ga­nisme par la pré­si­dente Da­nielle Pa­quet pour ses com­pé­tences en com­mu­ni­ca­tions, elle ap­pré­cie beau­coup cet en­ga­ge­ment.

« Bien sûr, ce­la pro­cure une vi­si­bi­li­té in­té­res­sante à notre en­tre­prise et peut nous ai­der à dé­cro­cher cer­tains contrats, ad­met-elle. Ce­pen­dant, c’est sur­tout très sti­mu­lant de sen­tir que les femmes en­tre­pre­neures de Qué­bec sont prêtes à s’ap­puyer, sans égard à l’es­prit de com­pé­ti­tion, pour que chaque en­tre­prise réa­lise son plein po­ten­tiel. »

Elle ré­seaute aus­si de ma­nière plus in­for­melle. Elle a no­tam­ment une bonne re­la­tion avec Anne-Ma­rie Bois­son­nault, son an­cienne pa­tronne chez l’ex-YQB Mé­dia, de­ve­nue Mai­son 1608. « J’ai été sa pre­mière em­ployée et je l’ai vue construire son en­tre­prise, dit-elle. Ce­la a été ex­trê­me­ment riche d’en­sei­gne­ments. Elle m’a trans­mis de belles va­leurs, que j’es­saie d’ap­pli­quer dans ma nou­velle aven­ture. »

De son cô­té, Ni­co­las Ro­berge, fon­da­teur

d’Evol­lia, une en­tre­prise de solutions d’af­faires élec­tro­niques, s’est en­ga­gé dès le dé­part dans VETIQ, un re­grou­pe­ment d’en­tre­pre­neurs en TI de la grande ré­gion de Qué­bec. As­sez ra­pi­de­ment, il en a in­té­gré le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. Ob­jec­tif af­fi­ché : ren­con­trer des en­tre­pre­neurs TI plus ex­pé­ri­men­tés.

« J’y ai noué de belles ami­tiés avec des en­tre­pre­neurs dont les firmes étaient plus dé­ve­lop­pées que la mienne et qui n’étaient pas avares de conseils ju­di­cieux, ex­plique-t-il. Je pense à Mi­chel Ga­nache, confon­da­teur de Mo­men­tum Tech­no­lo­gies, ou en­core à Da­niel Gi­rard, pdg de CTRL. »

C’est là aus­si qu’il ren­contre Fran­cis Bé­lime, co­fon­da­teur d’Ako­va. La firme de Ni­co­las Ro­berge se nomme à l’époque Ovo­lo­gic. Les dis­cus­sions avec Fran­cis Bé­lime mè­ne­ront éven­tuel­le­ment à une fu­sion d’une par­tie des ac­ti­vi­tés d’Ako­va (les ac­ti­vi­tés Web) avec celles d’Ovo­lo­gic, d’où naî­tra Evol­lia.

Don­ner au pro­chain

Le mé­tier d’en­tre­pre­neur n’est pas de tout re­pos et ceux qui le pra­tiquent ne comptent pas leurs heures au bu­reau. Pour­tant, ils n’hé­sitent pas à dé­ga­ger du temps pour ap­puyer des en­tre­pre­neurs néo­phytes comme d’autres plus che­vron­nés. Plu­sieurs le font par des confé­rences ou des for­ma­tions of­fertes dans des lieux comme l’in­cu­ba­teur Le Camp ou l’École d’en­tre­pre­neu­riat de Qué­bec. Tou­te­fois, l’ap­pui est sou­vent plus di­rect.

Louis Trem­blay, pré­sident d’AddÉ­ner­gie, siège de­puis un an sur le co­mi­té avi­seur de La­se­rax, un fa­bri­cant de sys­tèmes la­ser in­dus­triels. « Nous avons des amis com­muns et je les ai ren­con­trés lors d’un concours de l’As­so­cia­tion pour le dé­ve­lop­pe­ment de la re­cherche et de l’in­no­va­tion du Qué­bec (ADRIQ), ra­conte-t-il. Ils ont consta­té que notre en­tre­prise était à un stade de dé­ve­lop­pe­ment plus avan­cé que la leur et ils avaient beau­coup de ques­tions sur le fi­nan­ce­ment, la pro­duc­tion ou la qua­li­té. De fil en aiguille, j’ai in­té­gré leur co­mi­té avi­seur. »

Il ap­puie aus­si In­gé­niArts Tech­no­lo­gies. Créée par deux fi­nis­sants de l’Uni­ver­si­té La­val, cette en­tre­prise tra­vaille à une bat­te­rie élec­trique ré­vo­lu­tion­naire des­ti­née, no­tam­ment, aux cha­riots élé­va­teurs. En­core là, c’est par des amis com­muns que Louis Trem­blay a ren­con­tré ces en­tre­pre­neurs en herbe.

Très mé­dia­ti­sé de­puis l’ac­qui­si­tion de Cho­co­lats fa­vo­ris, Do­mi­nique Brown ad­met re­ce­voir tous les jours des de­mandes de ren­contre de la part d’en­tre­pre­neurs en dé­mar­rage. Il es­saie d’en ren­con­trer le plus grand nombre pos­sible. Les dis­cus­sions tournent gé­né­ra­le­ment au­tour d’un pro­jet ou d’un mo­dèle d’af­faires, sur un en­jeu pré­cis comme l’ac­tion­na­riat ou les res­sources hu­maines, ou en­core, sur des dé­fis de mar­ke­ting.

« Je veux re­don­ner aux en­tre­pre­neurs et contri­buer à créer de la ri­chesse, ex­plique-t-il. Il y a de plus en plus d’en­tre­pre­neurs à Qué­bec, mais ça de­meure un pe­tit mi­lieu. Il faut s’en­trai­der si on veut mul­ti­plier les suc­cès. »

fran­çais, en ma­thé­ma­tiques et en sciences sur une pla­te­forme en ligne dé­jà uti­li­sée par plus de 400 en­sei­gnants. Ce nombre de­vrait aug­men­ter en rai­son d’une entente conclue avec le dis­tri­bu­teur De Marque.

« Nous avons bé­né­fi­cié de l’ap­pui du Camp pour re­cen­trer notre offre et pour dé­ve­lop­per notre ex­per­tise quant à tous les as­pects de la ges­tion d’une en­tre­prise », in­dique Alexandre Pa­ra­dis.

Au-de­là du Camp, Qué­bec In­ter­na­tio­nal ap­puie plus lar­ge­ment les en­tre­prises tech­no­lo­giques à Qué­bec. « Nous avons fait plus de 160 ren­contres in­di­vi­duelles d’ac­com­pa­gne­ment d’en­tre­prise en 2016 et nous of­frons éga­le­ment des pro­grammes de for­ma­tion », ex­plique Sé­bas­tien Tan­guay, di­rec­teur en­tre­pre­neu­riat tech­no­lo­gique à Qué­bec In­ter­na­tio­nal.

L’or­ga­nisme pro­pose no­tam­ment aux en­tre­pre­neurs le pro­gramme MVP (Ma va­li­da­tion de pro­duit) afin de raf­fi­ner le pro­duit et le mo­dèle d’af­faires, et le pro­gramme fast track pour conso­li­der les bases de l’en­tre­prise.

Sé­bas­tien Tan­guay re­marque que le sec­teur tech­no­lo­gique est très di­ver­si­fié. On y trouve certes le jeu vidéo, mais aus­si la réa­li­té vir­tuelle, les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et, de plus en plus, les as­sur­tech et les fin­tech. Pas éton­nant, dans une ré­gion où sont ins­tal­lés le siège so­cial du Mou­ve­ment Des­jar­dins et plu­sieurs com­pa­gnies d’as­su­rance. La pro­chaine grande ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique vien­dra-t-elle de Qué­bec ?

NI­CO­LAS RO­BERGE Evol­lia

ANNE-MA­RIE BOIS­SON­NAULT Mai­son 1608

DO­MI­NIQUE BROWN Cho­co­lats fa­vo­ris

LUC DU­PONT Im­ma­nence IDC

LOUIS TÊ­TU Co­veo

DA­NIEL GAU­THIER Le Mas­sif

AL­BERT DANG-VU Mi­re­go

CLAUDE CHO­QUETTE Le Mas­sif

AMÉ­LIE CÔTE Ex­pose Mé­dia

LOUIS TREM­BLAY AddE­ner­gie

FRAN­CIS BÉ­LIME Ako­va

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.