La cer­ti­fi­ca­tion ASI fa­vo­ri­se­ra les alu­mi­ne­ries qué­bé­coises

Les Affaires - - Sommaire - Fran­çois Nor­mand francois.nor­mand@tc.tc C @@ fran­cois­nor­mand

À comp­ter du se­cond se­mestre de 2017, les pro­duc­teurs d’alu­mi­nium et les uti­li­sa­teurs in­dus­triels pour­ront de­man­der la cer­ti­fi­ca­tion ASI (Alu­mi­nium Ste­ward­ship Ini­tia­tive), qui ga­ran­tit le res­pect de stan­dards éle­vés en ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment, d’ac­cep­ta­bi­li­té so­ciale et de gou­ver­nance. Une cer­ti­fi­ca­tion qui per­met­tra à ses dé­ten­teurs d’avoir un avan­tage concur­ren­tiel, sur­tout au Qué­bec.

À l’heure ac­tuelle, des pro­duc­teurs ga­ran­tissent dé­jà à leurs clients un mé­tal blanc ayant une faible em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale. Par exemple, avec sa marque Re­newAl, Rio Tin­to Alu­mi­nium offre un mé­tal blanc à près de trois tonnes d’équi­valent CO par tonne mé­trique

2 d’alu­mi­nium.

Tou­te­fois, ce re­père ne va pas aus­si loin que la cer­ti­fi­ca­tion ASI (qui n’est pas obli­ga­toire), sou­ligne Jean Si­mard, pré­sident et chef de la di­rec­tion de l’As­so­cia­tion de l’alu­mi­nium du Ca­na­da (AAC), qui est membre de l’ini­tia­tive ASI.

« Non seule­ment la cer­ti­fi­ca­tion ASI in­clut-elle des en­jeux en­vi­ron­ne­men­taux, so­ciaux et de gou­ver­nance, mais elle couvre aus­si l’en­semble de la chaîne lo­gis­tique, et ce, de­puis l’ex­trac­tion de la bauxite jus­qu’aux en­tre­prises qui trans­forment par exemple l’alu­mi­nium en feuilles pour des uti­li­sa­teurs fi­naux comme Apple », dit-il.

Les alu­mi­ne­ries du Qué­bec de­man­de­ront la cer­ti­fi­ca­tion

Les grands pro­duc­teurs d’alu­mi­nium – pen­sons à Al­coa, Rio Tin­to Alu­mi­nium, Hy­dro (Norsk Hy­dro) ou Ru­sal – sont membres de l’ASI, tout comme les grands uti­li­sa­teurs de mé­tal blanc que sont BMW ou Nes­pres­so et les downs­tream sup­por­ters comme Apple.

C’est donc sans sur­prise que les trois alu­mi­ne­ries du Qué­bec, Al­coa, Rio Tin­to Alu­mi­nium et Alu­mi­ne­rie Alouette (elle n’est pas of­fi­ciel­le­ment membre de l’ASI, mais elle s’est en­ga­gée dans les tra­vaux), ont in­di­qué à Les Af­faires leur vo­lon­té de res­pec­ter la nou­velle cer­ti­fi­ca­tion.

« Oui, nous avons l’in­ten­tion de de­man­der cette cer­ti­fi­ca­tion », dé­clare au bout du fil Ro­land Du­bois, di­rec­teur gé­né­ral mar­ke­ting et dé­ve­lop­pe­ment chez Rio Tin­to Alu­mi­nium.

Dans un cour­riel, Alu­mi­ne­rie Alouette (dont Rio Tin­to est l’un des ac­tion­naires) et Al­coa ont in­di­qué qu’elles fe­raient aus­si les dé­marches afin d’ob­te­nir la cer­ti­fi­ca­tion ASI. Pour­quoi cet in­té­rêt ? Parce que, sur le plan stric­te­ment com­mer­cial, dé­te­nir cette cer­ti­fi­ca­tion per­met aux Rio Tin­to, BMW et Nes­pres­so de ce monde d’af­fir­mer que leurs pro­duits res­pectent les plus hauts stan­dards en­vi­ron­ne­men­taux, so­ciaux et de gou­ver­nance dans le monde. Un cri­tère qui a de plus en plus de va­leur sur le mar­ché au­près des en­tre­prises et des consom­ma­teurs.

Pas d’im­pact an­ti­ci­pé sur les prix

Cette de­mande ac­crue pour l’alu­mi­nium du­rable ne de­vrait pas faire mon­ter son prix sur le mar­ché, es­timent les sources de l’in­dus­trie à qui nous avons par­lé.

Bref, la cer­ti­fi­ca­tion ASI ne se­ra pas LA so­lu­tion à la baisse de plus de 40 % des prix de l’alu­mi­nium de­puis la grande ré­ces­sion de 20082009, et ce, en rai­son de la sur­pro­duc­tion de la Chine, qui pro­duit plus de 50 % de l’alu­mi­nium dans le monde et ex­porte ses sur­plus.

Par contre, la cer­ti­fi­ca­tion ASI pour­rait per­mettre aux pro­duc­teurs d’alu­mi­nium des pays dé­ve­lop­pés comme le Ca­na­da de se dé­mar­quer par rap­port à la Chine.

Ac­tuel­le­ment, les alu­mi­ne­ries chi­noises uti­lisent du char­bon dans leur pro­ces­sus de pro­duc­tion. Or, ce pro­cé­dé émet 17 tonnes d’équi­valent CO

2 par tonne mé­trique d’alu­mi­nium, se­lon l’AAC.

Ce ni­veau est deux fois plus éle­vé que ce­lui qu’exi­ge­ra la cer­ti­fi­ca­tion ASI à comp­ter de 2030, soit huit tonnes d’équi­valent CO pour les fon

2 de­ries d’alu­mi­nium.

Au Qué­bec et en Nor­vège, les alu­mi­ne­ries res­pectent dé­jà ce ni­veau – et de loin – en rai­son de l’hy­dro­élec­tri­ci­té, sou­ligne M. Si­mard.

Elles émettent en­vi­ron deux tonnes d’équi­valent CO par tonne d’alu­mi­nium. Au Moyen

2 Orient, où les alu­mi­ne­ries uti­lisent du gaz na­tu­rel, on parle de huit tonnes d’équi­valent CO .

2 Tech­ni­que­ment, cer­taines alu­mi­ne­ries chi­noises pour­ront de­man­der la cer­ti­fi­ca­tion ASI. Par contre, ce­la im­pli­que­rait de chan­ger leurs sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment éner­gé­tique ou de ré­duire ra­di­ca­le­ment leurs émis­sions de CO si elles conti­nuent à brû­ler du char­bon.

2

Sur le plan com­mer­cial, la cer­ti­fi­ca­tion ASI peut bé­né­fi­cier à un construc­teur automobile.

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