Yves Bour­get

Les Affaires - - Sommaire - Chro­nique Yves Bour­get re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Chro­ni­queur in­vi­té

Frais de ges­tion : com­bien ils vous laissent

L’im­pact des frais des fonds com­muns de pla­ce­ment sur le ren­de­ment se­ra plus im­por­tant dans un contexte où les ren­de­ments es­pé­rés risquent fort d’être plus faibles que ceux que nous avons connus. C’est ce que sou­tient dans une ré­cente étude Ch­ris­to­pher Da­vis, stra­tège et di­rec­teur de la re­cherche sur les fonds pour le Ca­na­da chez Mor­ning­star.

Au cours des 30 der­nières an­nées ter­mi­nées le 30 juin 2016, un por­te­feuille com­po­sé à 60% d’ac­tions re­pré­sen­tées par l’in­dice com­po­sé S&P/TSX et à 40 % d’obli­ga­tions re­pré­sen­tées par l’in­dice obli­ga­taire uni­ver­sel FTSR TMX a gé­né­ré un ren­de­ment brut an­nua­li­sé de 8,4 %.

Or, le ra­tio des frais de ges­tion (RFG) moyen pon­dé­ré des fonds com­muns de pla­ce­ment est de 2,2 %, se­lon une étude com­man­di­tée par l’Ins­ti­tut des fonds d’in­ves­tis­se­ment du Ca­na­da (IFIC), soit 1,02 % pour le ges­tion­naire du fonds, 1 % pour le cour­tier et 0,18 % pour les taxes à payer aux pa­liers fé­dé­ral et pro­vin­cial.

En pro­je­tant un ren­de­ment brut de 8 %, on ob­tient un ren­de­ment net de 5,8 % quand on sous­trait les frais de 2,2 %. Donc, les frais ré­duisent de 27,5 % le ren­de­ment brut.

Tous ces cal­culs ne valent que pour une an­née. L’ef­fet à long terme de cette ponc­tion est en­core plus im­por­tant, en rai­son de la « ma­gie » de l’in­té­rêt com­po­sé, comme le dé­montre Ch­ris­to­pher Da­vis.

Un pla­ce­ment de 10 000 $ rap­por­tant 5,8 % an­nuel­le­ment pen­dant 30 ans vaut 54 271 $ à la fin de la pé­riode. Le même pla­ce­ment rap­por­tant 8 % an­nuel­le­ment vaut 100 626 $ 30 ans plus tard. Bien que les frais de ges­tion de 2,2% ne re­tranchent que 27,5 % du ren­de­ment brut d’une an­née, l’ef­fet com­po­sé des coûts en au­ra dé­vo­ré 46 % sur 30 ans.

Or, quoi­qu’il ait été plau­sible d’es­pé­rer un ren­de­ment an­nua­li­sé de 8 % d’un por­te­feuille consti­tué à 60 % d’ac­tions et à 40 % d’obli­ga­tions au cours des trois der­nières dé­cen­nies, les in­ves­tis­seurs de­vraient s’at­tendre à des ren­de­ments moins éle­vés à l’ave­nir, pré­vient M. Da­vis : « C’est qu’avec un ren­de­ment à l’échéance de 1,78 % sur les obli­ga­tions ca­na­diennes [de 10 ans], il est pra­ti­que­ment im­pos­sible que ces obli­ga­tions dé­gagent à nou­veau le ren­de­ment an­nua­li­sé de 9% qu’elles ont dé­ga­gé au cours des 30 der­nières an­nées », es­time-t-il.

Le ren­de­ment des obli­ga­tions a été gé­né­reux parce que les taux d’in­té­rêt ont beau­coup bais­sé du­rant ces trois dé­cen­nies : ce ren­de­ment tient compte à la fois du re­ve­nu d’in­té­rêt et de la hausse de la va­leur des obli­ga­tions en cir­cu­la­tion lorsque les taux baissent. Tou­te­fois, se­lon M. Da­vis, les taux d’in­té­rêt, très bas, peuvent dif­fi­ci­le­ment chu­ter da­van­tage et ré­duisent le rôle des gains en ca­pi­tal dans le ren­de­ment fu­tur des obli­ga­tions.

Or, les frais de ges­tion mé­dians de 1,59 % pour les fonds d’obli­ga­tions ca­na­diennes avec frais de com­mis­sion pour­raient de­ve­nir un pro­blème puis­qu’ils ab­sor­be­raient presque en­tiè­re­ment le ren­de­ment à l’échéance des obli­ga­tions de qua­li­té. « Et si les taux d’in­té­rêt mon­taient, le prix des obli­ga­tions bais­se­rait et vous pour­riez ob­te­nir un ren­de­ment né­ga­tif », sou­ligne-t-il. Rap­pe­lons que le taux des obli­ga­tions ca­na­diennes de 10 ans est pas­sé de 0,96 % le 29 sep­tembre à 1,78 % le 3 fé­vrier.

Dans un contexte où les obli­ga­tions rap­por­te­ront pro­ba­ble­ment moins dans l’ave­nir, l’ana­lyste de Mor­ning­star croit plus rai­son­nable de pen­ser qu’un por­te­feuille à 60 % d’ac­tions et 40 % d’obli­ga­tions ne rap­por­te­ra que 5 % au lieu de 8 %. « Dans ce cas, au lieu d’ab­sor­ber 27,5 % du ren­de­ment, les frais de ges­tion en go­be­raient 45 % an­nuel­le­ment », note-t-il.

Un pla­ce­ment de 10 000 $ se com­po­sant à 5% pen­dant 30 ans vaut 43 219 $, alors qu’il ne vaut que 22 898 $ s’il se com­pose à 3,8 %, soit 47 % de moins.

« Bien sûr, il n’y a pas d’en­droits où l’on peut in­ves­tir sans frais. Les ges­tion­naires de por­te­feuille ne tra­vaillent pas gra­tui­te­ment, bien que les fonds né­go­ciés en Bourse à bas coût offrent dé­sor­mais quelque chose qui s’en ap­proche. Payer pour des conseils fi­nan­ciers, que ce paie­ment soit in­té­gré ou non aux frais de ges­tion, érode le ren­de­ment. Ce­pen­dant, un conseiller com­pé­tent com­pen­se­ra am­ple­ment ces coûts, en ré­dui­sant les im­pôts et en gé­rant la pon­dé­ra­tion de l’ac­tif tout en s’as­su­rant que les clients épargnent suf­fi­sam­ment et s’en tiennent à leur plan fi­nan­cier quand les choses se corsent », re­con­naît M. Da­vis. Se­lon lui, la ques­tion n’est pas de sa­voir si ces conseils doivent être rémunérés, mais de sa­voir com­bien ils valent.

Les in­ves­tis­seurs se­ront à même de ju­ger pré­ci­sé­ment du prix qu’ils payent pour ces conseils : de nou­veaux re­le­vés, en­voyés dès le pre­mier tri­mestre de 2017, com­pren­dront un rap­port sur les frais et les autres formes de ré­mu­né­ra­tion.

L’ef­fet à long terme du ra­tio des frais de ges­tion est en­core plus im­por­tant, en rai­son de la « ma­gie » de l’in­té­rêt com­po­sé, comme le dé­montre Ch­ris­to­pher Da­vis.

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