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Les Affaires - - En Manchette - En man­chette Ap­puyés à toutes les étapes — JEAN-FRAN­ÇOIS VENNE

Pour di­ver­si­fier son économie, Qué­bec mise beau­coup sur la jeunesse. « On sent un réel élan en­tre­pre­neu­rial, no­tam­ment dans le sec­teur tech­no­lo­gique, lance Pa­trice Gil­bert, fon­da­teur et pdg de Pe­talMD. Il y a une grande vo­lon­té de lan­cer de nou­velles en­tre­prises. »

Un ef­fort au­quel contri­bue son en­tre­prise Pe­talMD, lan­cée en 2009. Elle em­ploie dé­sor­mais une soixan­taine de per­sonnes, dont deux en On­ta­rio et deux en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. L’en­tre­prise se spé­cia­lise dans la ges­tion du temps et des com­mu­ni­ca­tions dans le sec­teur de la san­té, of­frant no­tam­ment ce que le pdg qua­li­fie de « ré­seau so­cial » d’ho­raires de mé­de­cin. Ce ré­seau per­met aux pro­fes­sion­nels de la san­té de pla­ni­fier en temps réel leurs ho­raires et de com­mu­ni­quer entre eux. Il est uti­li­sé par 31 000 mé­de­cins et en­vi­ron 12 000 autres tra­vailleurs, comme des in­fir­mières, des phar­ma­ciens ou des agents ad­mi­nis­tra­tifs.

En­vi­ron la moi­tié des ventes de Pe­talMD se font au Qué­bec, les autres dans le reste du Ca­na­da. L’en­tre­prise lorgne les mar­chés amé­ri­cains et eu­ro­péens, sa­chant qu’il faut chaque fois s’adap­ter à un sec­teur très en­ca­dré. « La san­té est un do­maine for­te­ment po­li­ti­sé, puisque beau­coup de fonds pu­blic y sont in­jec­tés, confie Pa­trice Gil­bert. Il faut donc s’adap­ter à chaque ju­ri­dic­tion. »

D’an­ciens en­tre­pre­neurs à suc­cès ap­puient l’en­tre­prise. Louis Tê­tu, co­fon­da­teur de Ta­leo, pré­side le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. L’en­tre­prise compte aus­si sur le sou­tien d’an­ciens de Co­per­nic.

« Les ef­forts des en­tre­pre­neurs tech­no­lo­giques des an­nées 1990 ont fait des pe­tits, ex­plique Pa­trice Gil­bert. Nous es­pé­rons que des gens for­més chez Fon­dée en 2010, Arc­bees offre des ser­vices de dé­ve­lop­pe­ment de solutions mo­biles et web, et de lo­gi­ciels d’ex­ploi­ta­tion de don­nées. L’en­tre­prise de 17 em­ployés pour­suit son es­sor et en­tend par­faire son ex­per­tise en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle au cours des pro­chaines an­nées afin de bo­ni­fier son offre de ser­vices.

« Qué­bec est un bon mi­lieu pour une en­tre­prise tech­no­lo­gique, car on y trouve beau­coup de sou­tien », juge le pdg Ch­ris­tian Gou­dreau.

Arc­bees a ob­te­nu l’ap­pui d’En­tre­pre­neu­riat La­val, un in­cu­ba­teur-ac­cé­lé­ra­teur d’en­tre­prises de l’Uni­ver­si­té La­val et de Qué­bec In­ter­na­tio­nal. Les concours or­ga­ni­sés par la Jeune chambre de com­merce de Qué­bec lui ont confé­ré vi­si­bi­li­té et cré­di­bi­li­té.

Ber­ceau de jeunes pousses

De son cô­té, Mi­nutes Dé­pôt, fon­dée en 2014, offre un livre de so­cié­té vir­tuel pour les ac­tion­naires d’en­tre­prises, ain­si qu’un sys­tème gé­né­rant au­to­ma­ti­que­ment les 11 do­cu­ments né­ces­saires à un livre d’ac­tion­naires.

L’en­tre­prise compte plus de 600 clients. Elle a ré­cem­ment pro­fi­té d’une mis­sion à Bor­deaux, en France, pour y si­gner trois en­tentes de par­te­na­riat. « Le po­li­tique sou­tient beau­coup les start-up tech­no­lo­giques à Qué­bec », sou­tient Louis-Marc Ro­drigue, l’un des trois in­ves­tis­seurs ayant ra­che­té l’en­tre­prise en 2015. Cette der­nière est ins­tal­lée dans les lo­caux de l’in­cu­ba­teur-ac­cé­lé­ra­teur Le Camp de­puis ses dé­buts.

« Il y règne une belle sy­ner­gie entre en­tre­pre­neurs, constate Louis-Marc Ro­drigue. Les star­tup forment notre clien­tèle cible. Les échanges avec les en­tre­pre­neurs hé­ber­gés au Camp nous per­mettent de jau­ger leurs besoins et de raf­fi­ner notre offre. »

Pré­sen­te­ment, 18 en­tre­prises sont hé­ber­gées au Camp, qui en a ac­cueilli 37 de­puis 2015. Très dy­na­mique à Qué­bec, le sec­teur des jeux vidéo a été bo­ni­fié en 2015 par l’ar­ri­vée de stu­dios de l’amé­ri­caine Gear­box Soft­ware, de la belge La­rian et de Pic Mé­dia, qui ont toutes tran­si­té par Le Camp. L’en­tre­pre­neu­riat tech­no­lo­gique est loin de se li­mi­ter aux jeux vidéo. Va­lé­rie Du­pont, en­sei­gnante au pri­maire, et le pro­gram­meur Alexandre Pa­ra­dis ont uni leurs forces pour créer Edu­tech­no en 2014. L’en­tre­prise four­nit du conte­nu pé­da­go­gique en seule­ment un peu plus de 7 % pas­se­ront à l’acte, une pro­por­tion res­tée in­chan­gée de­puis 2009, dé­plore M. Au­but. Il faut donc agir pour que plus d’in­ten­tions se concré­tisent. »

Pour y ar­ri­ver, il fau­dra sur­mon­ter quelques dé­fis, dont cer­tains sont propres à Qué­bec. C’est le cas, par exemple, de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre spé­cia­li­sée qui touche la ville. Le dy­na­misme éco­no­mique de Qué­bec a me­né au plein-emploi, et les en­tre­prises peinent par­fois à dé­ni­cher de nou­veaux tra­vailleurs. Autre ef­fet per­vers du plei­nem­ploi : les gens qui oc­cupent des postes sé­cu­ri­sés et bien payés sont sou­vent moins en­clins à tout ris­quer pour se lan­cer dans l’aven­ture en­tre­pre­neu­riale. En­fin, la langue peut de­ve­nir un obs­tacle, les em­ployés par­fai­te­ment bi­lingues étant sou­vent plus dif­fi­ciles à trou­ver.

Alain Au­but sou­ligne éga­le­ment que la fis­ca­li­té à Qué­bec peut nuire à cer­taines jeunes en­tre­prises, à moins qu’elle ne s’ac­com­pagne de ser­vices per­ti­nents. « L’État doit jouer un rôle de fa­ci­li­ta­teur plu­tôt que d’of­frir des sub­ven­tions di­rectes, croit-il. Par exemple, l’ini­tia­tive Ma­nu­fac­tu­rier in­no­vant du gou­ver­ne­ment qué­bé­cois, vi­sant à sou­te­nir l’in­no­va­tion dans les pro­cé­dés et l’in­ves­tis­se­ment dans les nou­velles tech­no­lo­gies, est une bonne idée. »

Le pdg de la CCIQ est plu­tôt op­ti­miste, d’au­tant que Qué­bec mise sur plu­sieurs atouts : l’Uni­ver­si­té La­val, de nom­breux centres de re­cherche, comme l’Ins­ti­tut na­tio­nal d’op­tique (INO), le Centre de re­cherche in­dus­trielle du Qué­bec ou l’Ins­ti­tut sur la nu­tri­tion et les ali­ments fonc­tion­nels (INAF), et d’in­cu­ba­teurs, comme En­tre­pre­neu­riat La­val ou Le Camp.

« La taille re­la­ti­ve­ment mo­deste de la ville joue aus­si pour nous, car elle fa­vo­rise un rap­pro­che­ment entre les dif­fé­rents in­ter­ve­nants, les­quels tra­vaillent beau­coup en col­lé­gia­li­té, es­time-t-il. Nous of­frons un ex­cellent éven­tail de pro­grammes et de ser­vices pour ai­der les en­tre­pre­neurs à réus­sir. »

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