Le pro­jet de bio­raf­fi­ne­rie d’Ener­kem se concré­tise

Les Affaires - - Sommaire - Fran­çois Nor­mand fran­cois.nor­mand@tc.tc @fran­cois­nor­mand

Le pro­duc­teur de car­bu­rants et de pro­duits chi­miques re­nou­ve­lables Ener­kem s’ap­prête à lan­cer le pro­jet de cons­truc­tion de sa fu­ture bio­raf­fi­ne­rie à Va­rennes, sur la Rive-Sud de Mon­tréal.

Il ne s’agit pas de la pre­mière pel­le­tée de terre à Va­rennes, mais plu­tôt de la « concré­ti­sa­tion » de ce pro­jet éva­lué à 120 mil­lions de dol­lars, pré­cise Pierre Bois­seau, di­rec­teur du mar­ke­ting et des com­mu­ni­ca­tions chez Ener­kem. « C’est la fi­na­li­sa­tion des plans dé­taillés d’in­gé­nie­rie et de la com­mande des équi­pe­ments à longs dé­lais pour notre nou­velle bio­raf­fi­ne­rie », dit-il en en­tre­tien avec Les Af­faires.

La PME com­men­ce­ra ses tra­vaux au dé­but de 2018, pour une mise en ser­vice au cou­rant de 2019. L’usine mo­du­laire se­ra ma­nu­fac­tu­rée au Qué­bec, puis as­sem­blée à Va­rennes.

Ener­kem est sur le point de fi­na­li­ser le fi­nan­ce­ment du pro­jet avec ses prin­ci­paux ac­tion­naires, dont l’amé­ri­caine Waste Ma­na­ge­ment. L’en­tre­prise n’ex­clut pas la pos­si­bi­li­té que le gou­ver­ne­ment du Qué­bec s’en­gage dans ce pro­jet.

Pierre Bois­seau rap­pelle que le mé­tha­nol et l’étha­nol per­mettent de ré­duire les émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES), l’une des prio­ri­tés de la po­li­tique éner­gé­tique du Qué­bec.

La bio­raf­fi­ne­rie au­ra une ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de 115 000 tonnes de ma­tières ré­si­duelles par an­née, soit le même ni­veau que sa seule bio­raf­fi­ne­rie en ac­ti­vi­té, à Ed­mon­ton. Cette der­nière pro­duit du mé­tha­nol (un pro­duit chi­mique re­nou­ve­lable) et de l’étha­nol (un bio­car­bu­rant re­nou­ve­lable) à par­tir des dé­chets des ci­toyens de la ville d’Ed­mon­ton.

La fu­ture usine de Va­rennes pro­dui­ra tout d’abord du mé­tha­nol. Comme en Al­ber­ta, Ener­kem ajou­te­ra par la suite une uni­té de pro­duc­tion d’étha­nol (le dé­lai reste à dé­ter­mi­ner). « Ce­la né­ces­si­te­ra un in­ves­tis­se­ment de quelques di­zaines de mil­lions de dol­lars », dit Pierre Bois­seau.

Le mé­tha­nol se­ra ven­du au Ca­na­da et à l’étran­ger, no­tam­ment aux États-Unis et en Eu­rope. La de­mande de ce pro­duit chi­mique pro­gresse ra­pi­de­ment dans le monde. De 2015 à 2024, la taille du mar­ché mon­dial pas­se­ra de 101,4 à 145,6 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains, se­lon Trans­pa­ren­cy Mar­ket Re­search.

L’usine de Va­rennes se­ra bien si­tuée pour ex­por­ter ses pro­duits par ba­teau vers les pays de l’Union eu­ro­péenne, un mar­ché avec le­quel le Ca­na­da au­ra un ac­cord de libre-échange à comp­ter du 21 sep­tembre. Con­trai­re­ment à ce qui se passe à Ed­mon­ton, les ma­tières ré­si­duelles uti­li­sées à Va­rennes se­ront des dé­chets is­sus des sec­teurs in­dus­triel, com­mer­cial et ins­ti­tu­tion­nel, sans par­ler de ceux pro­ve­nant de la cons­truc­tion et de la dé­mo­li­tion. Va­rennes ne gère pas ses ma­tières ré­si­duelles comme le fait Ed­mon­ton. La Ville a confié cette ac­ti­vi­té en sous-trai­tance au sec­teur pri­vé, comme le font du reste plu­sieurs des mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec.

Une fu­ture bio­raf­fi­ne­rie aux Pays-Bas

Ener­kem a deux autres pro­jets de bio­raf­fi­ne­rie sur sa table à des­sin. Le pre­mier est si­tué dans le port de Rot­ter­dam, aux Pays-Bas, tan­dis que le se­cond se trouve à Min­nea­po­lis, dans l’État du Min­ne­so­ta.

C’est le pro­jet des Pays-Bas qui est le plus avan­cé, se­lon Pierre Bois­seau.

Il s’agit d’un in­ves­tis­se­ment de près de 250 M$ afin de construire une usine de mé­tha­nol en par­te­na­riat avec le port de Rot­ter­dam, la néer­lan­daise Ak­zoNo­bel et le groupe in­dus­triel fran­çais Air Li­quide.

Les tra­vaux d’in­gé­nie­rie ont dé­bu­té, mais Ener­kem n’a pas en­core les per­mis de cons­truc­tion. C’est pour­quoi la mise en ser­vice est pré­vue uni­que­ment après 2020. Les mo­dules de l’usine se­ront fa­bri­qués au Qué­bec, puis as­sem­blés dans le port de Rot­ter­dam. Cette bio­raf­fi­ne­rie au­ra une ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de deux fois su­pé­rieure à

celle de Va­rennes, soit de quelque 230000tonnes de ma­tières ré­si­duelles.

Ak­zoNo­bel achè­te­ra la plus grande par­tie de la pro­duc­tion de mé­tha­nol. La mul­ti­na­tio­nale néer­lan­daise est un fa­bri­cant de pro­duits de san­té, de pein­ture et de pro­duits chi­miques. Ener­kem pour­ra aus­si vendre une par­tie de la pro­duc­tion à des clients en Eu­rope.

L’en­tre­prise n’a pas l’in­ten­tion de pro­duire de l’étha­nol dans cette bio­raf­fi­ne­rie, car ce bio­car­bu­rant est re­la­ti­ve­ment peu uti­li­sé en Eu­rope.

Le se­cond pro­jet, au Min­ne­so­ta, est moins avan­cé que ce­lui des Pays-Bas, mais il pro­gresse très bien, se­lon M. Bois­seau. « Min­nea­po­lis est in­té­res­sée par notre pro­jet, car elle se trouve face à un en­jeu de ca­pa­ci­té pour l’en­fouis­se­ment des dé­chets », dit-il. Cette bio­raf­fi­ne­rie pour­rait pro­duire du mé­tha­nol et de l’étha­nol, comme à Ed­mon­ton.

Les États-Unis sont le prin­ci­pal pays pro­duc­teur d’étha­nol, de­vant le Bré­sil et la Chine (le Ca­na­da ar­rive au qua­trième rang), se­lon l’Ener­gy In­for­ma­tion Ad­mi­nis­tra­tion. La plus grande par­tie de l’étha­nol pro­duit aux États-Unis est fait à par­tir de blé. Il ne per­met donc pas aux mu­ni­ci­pa­li­tés amé­ri­caines de ré­duire la quan­ti­té de dé­chets do­mes­tiques en­fouis, comme le per­met la tech­no­lo­gie d’Ener­kem.

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La bio­raf­fi­ne­rie de Va­rennes au­ra une ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de 115 000 tonnes de ma­tières ré­si­duelles par an­née, soit le même ni­veau que sa seule bio­raf­fi­ne­rie en ac­ti­vi­té, à Ed­mon­ton.

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