IN­VES­TIR DANS LA CY­BER­SÉ­CU­RI­TÉ

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La pro­gres­sion du mal donne des fris­sons. L’ex­plo­sion des cy­be­rat­taques fait craindre le pire aux en­tre­prises et aux gou­ver­ne­ments. Ce monde trouble ouvre un mar­ché lu­cra­tif aux jus­ti­ciers de l’in­for­ma­tique. Le pro­blème : tous les hé­ros ne se battent pas à armes égales dans le monde de la cy­ber­sé­cu­ri­té.

Les chiffres donnent le ver­tige. En 2016, il y au­rait eu près de 4 000 at­taques de ra­çon­gi­ciels chaque jour, une aug­men­ta­tion de 300 % par rap­port à 2015, se­lon des don­nées du Com­pu­ter Crime and In­tel­lec­tual Pro­per­ty Sec­tion, une agence du dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Jus­tice. La même an­née, 1 cour­riel sur 131 conte­nait des lo­gi­ciels mal­veillants ( ma­la­ware), se­lon la so­cié­té Sy­man­tec. Il y au­rait eu 1 792 in­tru­sions dans des bases de don­nées en 2016, ce qui au­rait mis à risque près de 1,4 mil­liard de don­nées in­for­ma­tiques, se­lon un rap­port d’Ac­quis­da­ta.

Les dé­gâts sont énormes. Les cy­be­rat­taques pour­raient coû­ter jus­qu’à 400 mil­liards

Proof­point (PFPT, 95,17$ US) échappe aux dif­fi­cul­tés vé­cues par ses concur­rents. Le spé­cia­liste de la sé­cu­ri­té in­fo­nua­gique conti­nue d’af­fi­cher une so­lide crois­sance et reste le fa­vo­ri des ana­lystes dans un sec­teur où la tech­no­lo­gie évo­lue ra­pi­de­ment.

Plus d’un ac­teur de l’in­dus­trie a pu­blié des ré­sul­tats dé­ce­vants au deuxième tri­mestre. Ceux de Proof­point ont été ac­cueillis avec « sou­la­ge­ment » par Me­lis­sa Fran­chi, de Mor­gan Stan­ley. L’aug­men­ta­tion de 40 % des sommes fac­tu­rées dé­montre que l’en­tre­prise de Sun­ny­vale, en Ca­li­for­nie, est « un pre­mier de classe », se­lon elle. « Cette po­si­tion fa­vo­rable lui per­met de main­te­nir ses prix. »

Ces bons ré­sul­tats dans une pé­riode mo­rose ont ren­for­cé le sta­tut de la moyenne ca­pi­ta­li­sa­tion de 4,02 G$ US. Des 28 ana­lystes qui suivent le titre, 25 émettent une re­com­man­da­tion d’achat. Ils sont seule­ment deux à sug­gé­rer de conser­ver le titre et un à en con­seiller la vente. Le cours cible moyen sur un an est de 101,65 $ US.

Des voies de crois­sance

Ce consen­sus op­ti­miste est sou­te­nu par de nom­breux vents pro­pices, juge Phi­lip Wins­low, de Wells Far­go. L’ac­ti­vi­té prin­ci­pale de l’en­tre­prise est d’of­frir des lo­gi­ciels de sé­cu­ri­té in­for­ma­tique axés sur l’in­fo­nua­gique qui pro­tègent prin­ci­pa­le­ment les ser­vices de mes­sa­ge­rie et d’ar­chi­vage. Les en­tre­prises re­courent de plus en plus à l’in­fo­nua­gique, note l’ana­lyste. Avec ses pro­duits « au-des­sus de la mê­lée » dans les nuages, Proof­point est en bonne po­si­tion pour ga­gner des parts de mar­ché, se­lon lui.

De plus, les cour­riels sont l’une des failles les plus ex­ploi­tées pour pi­ra­ter les en­tre­prises, sou­ligne Sa­rah Hind­lian, de Mac­qua­rie. Les or­ga­ni­sa­tions sont donc conscien­ti­sées à l’im­por­tance de se pro­té­ger de la me­nace et à faire de la pré­ven­tion. « Les plus ré­centes at­taques mas­sives de ra­çon­gi­ciels pro­curent un ca­ta­ly­seur struc­tu­rel à long terme », com­mente-t-elle.

La mi­gra­tion d’en­tre­prises vers le sys­tème d’ex­ploi­ta­tion Of­fice 365 de Mi­cro­soft offre un autre vec­teur de crois­sance sur un ho­ri­zon de trois à cinq ans, an­ti­cipe Mat­thew Hed­berg, de RBC Mar­chés des Ca­pi­taux. Un son­dage de UBM Tech au­près des uti­li­sa­teurs d’Of­fice 365 montre que 91 % d’entre eux ne croient pas que les ser­vices de sé­cu­ri­té de Mi­cro­soft sont suf­fi­sants pour dé­tec­ter et blo­quer les me­naces. Ce manque de confiance pro­cure des oc­ca­sions pour les pro­duits de Proof­point.

D’autres par­te­na­riats ap­por­te­ront de la crois­sance, tou­jours se­lon l’ana­lyste de RBC Mar­chés des Ca­pi­taux. In­tel a an­non­cé la mise à mort de la ma­jo­ri­té des pro­duits de sé­cu­ri­té de mes­sa­ge­rie de McA­fee et a choi­si Proof­point comme la seule so­lu­tion de re­change. « Il n’est pas in­ha­bi­tuel pour un consom­ma­teur de dé­pen­ser deux ou trois fois plus avec Proof­point que ce qui était dé­bour­sé avec McA­fee », sou­ligne M. Hed­berg. La so­cié­té a éga­le­ment si­gné une en­tente avec Pa­lo Al­to Net­works afin de faire des ana­lyses conjointes en pièce jointe dans un cour­riel.

La so­cié­té connaît éga­le­ment du suc­cès avec ses nou­veaux pro­duits, af­firme Phi­lip Wins­low. Elle a mis au point des so­lu­tions afin de contrer les at­taques in­for­ma­tiques ci­blées, de pro­té­ger les comptes des mé­dias so­ciaux et de pro­té­ger les don­nées confi­den­tielles. M. Wins­low note que les ventes des nou­veaux pro­duits ont dou­blé par rap­port à l’an der­nier et re­pré­sentent main­te­nant 10 % des re­ve­nus.

Même s’il ne s’agit pas du scé­na­rio pré­vu et que l’en­tre­prise a tou­jours dé­men­ti que ce soit ses in­ten­tions, l’ana­lyste de Wells Far­go pense que la so­cié­té est une cible d’ac­qui­si­tion at­trayante pour des firmes comme Pa­lo Al­to Net­works, Mi­cro­soft et IBM.

Des risques

Me­lis­sa Fran­chi compte par­mi les op­ti­mistes, mais le mo­dèle d’en­tre­prise n’est pas sans risque dans un sec­teur où la tech­no­lo­gie évo­lue vite et où la com­pé­ti­tion est fé­roce. La concur­rence des plus grandes so­cié­tés comme Mi­cro­soft ou Sy­man­tec pour­rait un jour de­ve­nir un pro­blème, concède-t-elle. De plus, les at­taques in­for­ma­tiques mas­sives ré­centes pour­raient ra­len­tir la tran­si­tion des grandes or­ga­ni­sa­tions vers l’in­fo­nua­gique.

Rob Owens, de KeyBanc, pré­vient que la sur­per­for­mance se­ra beau­coup plus dif­fi­cile à al­ler cher­cher au cours de la deuxième moi­tié de l’an­née. Comme ses col­lègues, il trouve que Proof­point est ef­fi­cace dans l’un des sec­teurs les plus « chauds » de la sé­cu­ri­té in­for­ma­tique. À plus de 30 fois les flux de tré­so­re­rie an­nuels, le titre est plei­ne­ment éva­lué, croit-il. Il fait par­tie des rares ana­lystes qui res­tent sur les lignes de cô­té avec une re­com­man­da­tion « per­for­mance de sec­teur ». Il n’émet pas de cible.

Plus Proof­point pren­dra de l’ex­pan­sion, plus le rythme de crois­sance se­ra dif­fi­cile à sou­te­nir à par­tir d’une base plus grande, ajoute Mat­thew Hed­berg. Cette consta­ta­tion se re­flète tou­te­fois dé­jà dans le prix du titre, se­lon lui. Il pré­voit que la so­cié­té conti­nue­ra à battre les at­tentes du mar­ché, même si le dé­pas­se­ment se­ra plus mo­deste. – Sté­phane Rol­land

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