Les Dé­ran­geants

Les Affaires - - Sommaire - Mat­thieu Cha­rest mat­thieu.cha­rest@tc.tc Mat­thieuC­ha­rest

Être cheap, un art qui se dé­ve­loppe

« Je ne suis pas cheap », ré­pé­tait fu­rieu­se­ment le pingre in­ter­pré­té par Marc La­brèche dans l’émis­sion culte La pe­tite vie. Mais soyons clairs, pour les gens nor­maux, ou du moins plus nor­maux que Ré­nald Pa­ré, Pic­sou ou Sé­ra­phin Pou­drier, il n’y a rien de mal à dé­pen­ser avec par­ci­mo­nie. Et ça vaut pour les en­tre­pre­neurs, qui se doivent d’être ra­dins quant aux dé­penses su­per­flues, mais gé­né­reux là où ça compte.

Dans le dé­bat cou­ron­nant l’épi­sode du pod­cast Les Dé­ran­geants de cette se­maine, qui porte sur l’art d’être cheap, le constat a été as­sez simple. Pour tout en­tre­pre­neur, le bé­né­fice net est cru­cial, ne se­rait-ce que pour ho­no­rer les chèques de paye. Et pour en­gran­ger des bé­né­fices, il faut sur­veiller ses dé­penses, cou­per dans le gras, sans tou­te­fois ou­blier l’adage sui­vant: « Pour faire de l’ar­gent, vous de­vez dé­pen­ser de l’ar­gent. » Bref, in­ves­tir.

Dans un ar­ticle du ma­ga­zine amé­ri­cain En­tre­pre­neur, la chro­ni­queuse et femme d’af­faires Ca­rol Roth cite trois do­maines où il faut évi­ter de faire des éco­no­mies de bout de chan­delle. D’abord, votre avo­cat. « Un ex­pert qui peut vous pro­cu­rer d’ex­cel­lents conseils lé­gaux et vous pré­pa­rer des contrats sans faille peut vous évi­ter de graves pro­blèmes dans l’ave­nir », ex­plique-t-elle. Un constat par­ta­gé par Étienne Cre­vier, l’un des Dé­ran­geants: « Il n’y a rien qui coûte plus cher qu’un avo­cat qui ne coûte pas cher », croit le PDG de Bio­ge­niQ. Même chose pour l’ex­pert-comp­table.

« J’ai dé­jà eu un client po­ten­tiel qui avait em­bau­ché un comp­table pas cher, écrit Ca­rol Roth. Au fi­nal, il ne voyait rien, et l’en­tre­prise a ra­té de nom­breuses oc­ca­sions d’af­faires pen­dant des an­nées. »

Outre les ju­ristes et les comp­tables, un troi­sième sec­teur à ne pas né­gli­ger, c’est les em­ployés. « J’offre les meilleurs sa­laires pos­sible, a ex­pli­qué Noah Red­ler, d’Arche In­no­va­tion. C’est là que je suis prêt à payer le maxi­mum. » En ef­fet, l’équipe est le nerf de la guerre. « Je pré­fère très bien payer mes em­ployés et qu’ils donnent leur 150%, a quant à lui lan­cé Étienne Cre­vier. Tu veux le meilleur pa­ce­ma­ker, pas ce­lui qui ar­rive au deuxième rang. »

L’art de né­go­cier

Ce­la po­sé, il y a sans doute moyen de né­go­cier avant d’em­bau­cher le meilleur comp­table, le meilleur avo­cat ou le meilleur em­ployé.

« Moi, je né­go­cie tout le temps. C’est drôle, je ne fai­sais pas ça au dé­but. Main­te­nant, je le fais tout le temps, a ra­con­té Ma­rie-Phi­lip Si­mard, PDG de Chic Ma­rie et elle-même avo­cate. Quand je me suis cher­ché un ca­bi­net comp­table, j’en ai mis plu­sieurs en com­pé­ti­tion, et ça a fonc­tion­né: ils ont tous bais­sé leurs prix. Les firmes comp­tables veulent les start-up! »

Une fois les « bonnes » dé­penses faites, ou plu­tôt, les bonnes per­sonnes em­bau­chées, il reste en­core toute une ga­laxie d’éco­no­mies à ef­fec­tuer. Au pre­mier plan, le mo­bi­lier et l’im­mo­bi­lier. « Vous n’avez pas be­soin d’un bu­reau en coin pour ob­te­nir du suc­cès en af­faires, écrit Ri­chard Agu, col­la­bo­ra­teur au ma­ga­zine En­tre­pre­neur. Par­lez-en à Google. Plu­sieurs en­tre­prises qui connaissent du suc­cès ont dé­mar­ré dans des lieux étranges. » Et dans ce bu­reau, « ça ne sert à rien d’ache­ter les plus beaux meubles. Pas be­soin de faire un show », conseille Noah Red­ler. Par ailleurs, il a confié du même souffle être « constam­ment sur Fi­verr », une pla­te­forme en ligne vi­sant à sous-trai­ter des pro­jets pour de très pe­tites sommes à l’étran­ger.

Une fois vos pe­tites tâches sous-trai­tées, votre bu­reau en car­ton ins­tal­lé dans un ga­rage louche et vos em­ployés bien trai­tés, il ne de­meure plus qu’un en­droit où cou­per : vous-même. Parce que vous lan­cer en af­faires, c’est aus­si ap­prendre à sur­vivre au cours des an­nées de vaches maigres. Un jour, peut-être, le la­beur se­ra ré­com­pen­sé, mais en dé­mar­rage, ou même en phase de crois­sance, elle est loin, votre Tes­la.

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« Je pré­fère très bien payer mes em­ployés et qu’ils donnent leur 150 %. Tu veux le meilleur pa­ce­ma­ker, pas ce­lui qui ar­rive au deuxième rang. » – Étienne Cre­vier, PDG de Bio­ge­niQ

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