Yan­nick Clé­rouin

Banque Lau­ren­tienne BRP

Les Affaires - - Sommaire - Chro­nique

L’ul­ti­ma­tum du PDG de ProMe­tic

ans le sa­voir, le pré­sident et chef de la di­rec­tion de la bio­phar­ma­ceu­tique ProMe­tic Sciences de la vie (PLI, 1,44 $) vient de se lan­cer un ul­ti­ma­tum : il de­vra créer de la va­leur pour ses ac­tion­naires ra­pi­de­ment. Il en va de sa cré­di­bi­li­té. Ce­lui qui di­rige de­puis plus de 23 ans la so­cié­té la­val­loise spé­cia­li­sée dans les trai­te­ments dé­ri­vés du plas­ma san­guin pour des ma­la­dies rares a en ef­fet ré­cem­ment sou­te­nu sur les ondes de la chaîne BNN que le titre de son en­tre­prise était net­te­ment sous-éva­lué par rap­port aux so­cié­tés amé­ri­caines com­pa­rables.

M. Lau­rin a ex­pli­qué en en­tre­vue que les ana­lystes amé­ri­cains qu’ils ren­contrent se de­mandent pour­quoi ProMe­tic n’est pas éva­luée à 5 mil­liards de dol­lars (G$). Au Ca­na­da, on lui fait plu­tôt re­mar­quer qu’elle vaut plus de 1 G$ mal­gré des re­ve­nus d’à peine 20 mil­lions de dol­lars (M$).

La rai­son de ce dé­plo­rable écart, se­lon le di­ri­geant dans la mi-cin­quan­taine : il n’y a pas as­sez de fi­nan­ciers che­vron­nés en me­sure d’ap­pré­cier les bio­techs comme la sienne à leur juste va­leur.

On trouve en ef­fet moins d’ana­lystes spé­cia­li­sés dans le sec­teur de la san­té qu’au mo­ment où j’étais af­fec­té au sui­vi des en­tre­prises de bio­tech­no­lo­gies à mes dé­buts à Les Af­faires en 2002. Des­jar­dins Mar­ché des ca­pi­taux, par exemple, n’a plus d’ana­lystes en bio­tech­no­lo­gies comme à l’époque.

Il y a tout de même 10 ana­lystes qui suivent ProMe­tic, si on se fie à la sec­tion « in­ves­tis­seurs » de son site web. Plu­sieurs d’entre eux pos­sèdent de nom­breuses an­nées d’ex­pé­rience et jouissent d’une bonne ré­pu­ta­tion.

Dé­so­lé, mon­sieur Lau­rin, mais je consi­dère que votre en­tre­prise bé­né­fi­cie au contraire d’une éva­lua­tion plu­tôt gé­né­reuse. Avec une ca­pi­ta­li­sa­tion de 1,1 G$, ProMe­tic vaut da­van­tage que le fi­nan­cier Fie­ra Ca­pi­tal (FSZ, 14,70$), que Groupe MTY (MTY, 45,95 $) ou qu’In­dus­tries Las­sonde (LAS.A, 235,55 $). Ces trois en­tre­prises très ren­tables af­fichent des va­leurs bour­sières res­pec­tives de 970 M$, de 990 M$ et de 772 M$.

Je ne com­pare pas des pommes avec des pommes, vous avez rai­son. Je peux néan­moins vous don­ner un autre exemple qui, lui, est dans votre sec­teur. ProMe­tic vaut deux fois plus que The­ra­tech­no­lo­gies (TH, 7,38 $), même si la phar­ma­ceu­tique mont­réa­laise a com­men­cé à dé­ga­ger des bé­né­fices. Celle-ci de­vrait plus que dou­bler ses re­ve­nus entre les exer­cices 2017 et 2018 et de­vrait en­re­gis­trer un bé­né­fice de 0,35 $ par ac­tion l’an pro­chain, se­lon les pré­vi­sions des ana­lystes.

Faire la pro­mo­tion de son titre : une arme à double tran­chant

J’éprouve tou­jours un cer­tain ma­laise à l’égard des di­ri­geants qui parlent de la per­for­mance de leur titre. Par­ti­cu­liè­re­ment dans des sec­teurs vo­races en ca­pi­taux comme les mines et les bio­tech­no­lo­gies. ProMe­tic vient de re­cueillir 101 M$, no­tam­ment par l’en­tre­mise d’une émis­sion de 31,25 mil­lions d’ac­tions qui lui a pro­cu­ré 53,13 M$ d’ar­gent frais. La so­cié­té a aus­si réa­li­sé un pla­ce­ment pri­vé de 5,05 mil­lions d’ac­tions au­près d’une firme d’in­ves­tis­se­ment. De­puis sa créa­tion, elle a re­cueilli la somme as­tro­no­mique de 900 M$ sous forme de fi­nan­ce­ment par ac­tions et d’em­prunts.

Ce n’est pas la pre­mière fois que le di­ri­geant de ProMe­tic ex­prime son mé­con­ten­te­ment à l’égard de la fai­blesse de son titre. Or, plu­tôt que d’avoir un ef­fet bé­né­fique, de telles sor­ties peuvent por­ter at­teinte à la va­lo­ri­sa­tion bour­sière de l’en­tre­prise si les pro­messes ne sont pas rem­plies.

Dans une en­tre­vue qu’il m’avait ac­cor­dée en 2005, M. Lau­rin avait dé­plo­ré le fait que le titre se né­go­ciait sous la va­leur qu’il af­fi­chait avant l’an­nonce de par­te­na­riats clés avec la Croix Rouge amé­ri­caine et la phar­ma­ceu­tique GlaxoS­mi­thK­line. ProMe­tic vi­sait alors à pra­ti­que­ment dou­bler ses re­ve­nus, soit à les faire pas­ser de 8 M$ à une four­chette de 14 M$ à 16M$ lors de l’exer­cice de 2005. Ses re­cettes ont plu­tôt at­teint 8,05 M$. Pire, celles de l’exer­cice sui­vant ont fon­du à 2,65 M$.

Se né­go­ciant à 0,90 $ au mo­ment de l’en­tre­vue en mai 2005, le titre ne va­lait plus que 0,23 $ un an et de­mi plus tard. Une in­ter­mi­nable tra­ver­sée du dé­sert de plus de huit ans a sui­vi : l’ac­tion a vé­gé­té au­tour de 0,10 $ pen­dant plu­sieurs an­nées. Ce n’est qu’en oc­tobre 2013 qu’elle est re­ve­nue à 0,90 $.

Com­mer­cia­li­ser des trai­te­ments com­plexes comme veut le faire ProMe­tic exige de nom­breuses an­nées de R-D et d’im­menses ca­pi­taux. Les in­ves­tis­seurs qui s’aven­turent dans ce sec­teur doivent être conscients de cette dy­na­mique.

Dans le cas de ProMe­tic, les ac­tion­naires de longue date ont plus qu’usé leur ca­pi­tal pa­tience. Lu­mière au bout du tun­nel, la so­cié­té semble en­fin dans la der­nière ligne droite me­nant à l’ob­ten­tion d’un feu vert pour mettre en mar­ché deux de ses trai­te­ments.

La Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion (FDA), au­to­ri­té amé­ri­caine de la san­té, vient de lui ac­cor­der une dé­si­gna­tion de ma­la­die pé­dia­trique rare pour une thé­ra­pie de rem­pla­ce­ment chez les pa­tients souf­frant de­puis la nais­sance de dé­fi­cience d’une pro­téine im­por­tante, le plas­mi­no­gène. La ré­com­pense ul­time dont rêve ProMe­tic est un bon pour ré­vi­sion prio­ri­taire de ma­la­die pé­dia­trique qui touche moins de 200000 in­di­vi­dus aux États-Unis, le­quel ré­duit de 10 à 6 mois la pé­riode d’ana­lyse du trai­te­ment.

Ce bon est une sorte de jo­ker pou­vant être cé­dé à d’autres en­tre­prises et dont la va­leur a ré­cem­ment at­teint 130M$ US, se­lon En­dri Le­no, ana­lyste de la Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale.

ProMe­tic pour­ra tou­te­fois trans­fé­rer ce jo­ker une fois que son trai­te­ment au­ra re­çu l’aval de la FDA. Comme il fau­dra un cer­tain temps avant que le bon trouve pre­neur, la so­cié­té ne peut es­pé­rer em­po­cher la somme avant la deuxième moi­tié de 2018, es­time M. Le­no.

La so­cié­té la­val­loise semble plus que ja­mais près du but de la com­mer­cia­li­sa­tion. Dans son rap­port an­nuel pu­blié en mars, elle évo­quait un lan­ce­ment com­mer­cial du plas­mi­no­gène dans la deuxième moi­tié de 2017. Ce de­vrait plu­tôt être dans la pre­mière moi­tié de 2018.

Il est plus que temps que ProMe­tic rem­plisse ses pro­messes. En fai­sant mi­roi­ter aux in­ves­tis­seurs la grande va­leur que mé­rite son en­tre­prise, Pierre Lau­rin a mis sa cré­di­bi­li­té en jeu.

P.-S. : J’ai une sug­ges­tion à vous faire, mon­sieur Lau­rin : comme le titre est à vos yeux bon mar­ché, ache­tez-en da­van­tage !

la

Ma­rio Men­don­ca, de Va­leurs mo­bi­lières TD, fait pas­ser sa re­com­man­da­tion de « conser­ver » à « achat ». La CIBC se né­go­cie à 15 % sous la va­leur de ses com­pa­rables sur la base des bé­né­fices at­ten­dus de 2018, sou­ligne l’ana­lyste. À titre com­pa­ra­tif, l’es­compte moyen des cinq der­nières an­nées est de 9 %. Le mar­ché a plus que pris en compte les craintes en­tou­rant les ac­ti­vi­tés hy­po­thé­caires et la di­lu­tion des bé­né­fices as­so­ciée à l’ac­qui­si­tion de Pri­va­teBan­corp, se­lon lui. La cible est à 120 $. Ama­zon s’ap­prête à lan­cer un pro­jet pi­lote pour Ama­zon Prime Now (un ser­vice de li­vrai­son d’une heure ou deux) dans les villes de To­ron­to et de Van­cou­ver. L’an­nonce s’ajoute à un cer­tain nombre de vents contraires pour Me­tro (hausse du sa­laire mi­ni­mum en On­ta­rio, ré­formes po­ten­tielles en san­té, hausse des taux d’in­té­rêt), note Mi­chael Van Ael­st, de Va­leurs mo­bi­lières TD. Il abaisse à « conser­ver » sa re­com­man­da­tion sur le titre et fait pas­ser sa cible de 49 $ à 44 $. Ali­men­ta­tion Couche-Tard a dé­voi­lé un bé­né­fice ex­cé­dant les at­tentes au pre­mier tri­mestre. L’écart s’ex­plique prin­ci­pa­le­ment par une marge bé­né­fi­ciaire su­pé­rieure aux at­tentes sur les pro­duits d’es­sence eu­ro­péens, juge Pe­ter Sk­lar, de BMO Mar­chés des ca­pi­taux. Il ajuste à la hausse ses pré­vi­sions du bé­né­fice par ac­tion. Celle de 2018 passe de 2,62 $ à 2,73 $, et celle de 2019 grimpe de 3,03 $ à 3,14 $. L’ana­lyste de BMO re­nou­velle sa re­com­man­da­tion « sur­per­for­mance ». La cible est à 72 $. Avec les prix du mi­ne­rai de fer qui conti­nuent de mon­ter, il est pos­sible que les pré­vi­sions d’Orest Wow­ko­daw, de Banque Sco­tia, soient sur­pas­sées, es­time le prin­ci­pal in­té­res­sé. L’ana­lyste hausse sa re­com­man­da­tion à « sur­per­for­mance de mar­ché ». Le prix spot est ac­tuel­le­ment à 78 $ US la tonne, alors que le scé­na­rio de M. Wow­ko­daw pour la deuxième moi­tié de 2017 est à 55 $ US, et ce­lui pour 2018, à 60 $ US. La cible passe de 20 $ US à 23 $ US.

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