Les fac­teurs à pas­ser au crible

Les Affaires - - Fusions et acquisitions -

Ache­ter une en­tre­prise, oui, mais pour­quoi faire ? Et sur quels cri­tères ? À la base de toute ac­qui­si­tion réus­sie se trouvent une vé­ri­fi­ca­tion di­li­gente et une stra­té­gie qu’il est né­ces­saire de peau­fi­ner avant d’al­ler plus loin.

Sa­voir ce que l’on achète

« L’im­por­tant est de dé­ter­mi­ner ce qu’on veut ache­ter : un nou­veau ter­ri­toire, une équipe de jeunes ta­lents, un sa­voir-faire, une tech­no­lo­gie, un ré­seau de dis­tri­bu­tion... », avance Ni­co­las Mar­coux, as­so­cié di­rec­teur au bu­reau mon­tréa­lais de PwC. Les zones de risque doivent être bien cir­cons­crites en amont et peuvent se si­tuer tant au ni­veau des em­ployés (as­pects cultu­rels, pré­sence de syn­di­cats, cul­ture de l’en­tre­prise, iden­ti­fi­ca­tion des ges­tion­naires clés) que des as­pects tech­no­lo­giques (coût de l’in­té­gra­tion des tech­no­lo­gies entre les deux en­tre­prises) et des as­pects en­vi­ron­ne­men­taux (ges­tion des risques liés aux ter­rains ac­quis, etc.).

« Le risque d’in­té­gra­tion est maî­tri­sé en par­tie si l’on connaît bien la cible, le sec­teur, et si l’on a dé­jà réa­li­sé des ac­qui­si­tions », rap­pelle M. Mar­coux. Par­fois, la ré­gle­men­ta­tion de la ju­ri­dic­tion peut com­plexi­fier la tran­sac­tion sur le plan de la fis­ca­li­té ou du droit du tra­vail. Ces risques pour­ront être ré­duits pour peu qu’on s’en­toure d’ex­perts connais­sant bien la ré­gle­men­ta­tion en vi­gueur. Quelques pièges à évi­ter « Il ne faut pas tom­ber amou­reux de sa cible. Il faut sa­voir prendre les dé­ci­sions pour de bonnes rai­sons », ré­sume Mar­tin Noël, vice-pré­sident prin­ci­pal et chef de la di­rec­tion fi­nan­cière de Pre­mier Tech. Si, pour lui, l’en­tre­prise idéale est en crois­sance, af­fiche une per­for­mance fi­nan­cière sa­tis­fai­sante et a dé­jà com­mer­cia­li­sé des in­no­va­tions, il conseille de ne pas sous-es­ti­mer le fac­teur de la cul­ture de l’en­tre­prise, qui peut ra­pi­de­ment en­gen­drer un risque. Pour l’évi­ter, il s’as­sure « d’al­ler cher­cher une en­tre­prise qui pos­sède une vi­sion si­mi­laire de l’in­no­va­tion, du tra­vail d’équipe ».

Cer­tains chiffres n’ont ce­pen­dant pas tou­jours l’im­por­tance es­comp­tée : c’est le cas du nombre de sa­la­riés. « Ce sont sur­tout les com­pé­tences ac­quises qui im­portent au nou­veau pro­prié­taire pour pro­duire de la va­leur ajou­tée », pré­cise Louis Hé­bert, pro­fes­seur ti­tu­laire à HEC Mon­tréal. D’où l’im­por­tance de re­pé­rer, au cours de la re­vue di­li­gente, les com­pé­tences clés des sa­la­riés afin de dé­ployer une stra­té­gie vi­sant à les conser­ver. Les in­di­ca­teurs fi­nan­ciers Chaque ac­qui­si­tion doit ame­ner des sy­ner­gies, des éco­no­mies d’échelle ain­si qu’un dé­ve­lop­pe­ment des af­faires. « Si l’ac­qué­reur ne dé­fi­nit pas de sy­ner­gies, il ne réus­si­ra pas à at­teindre le de­gré de crois­sance qu’il dé­sire », ap­puie Guillaume La­voie, as­so­cié au bu­reau de Mon­tréal de La­ve­ry.

Une fois l’en­semble de ces pa­ra­mètres dé­ter­mi­né, il n’en de­meure pas moins que des cri­tères pu­re­ment fi­nan­ciers, comme les pers­pec­tives de crois­sance ain­si que la ren­ta­bi­li­té, sont éga­le­ment à pas­ser au peigne fin... à moins que l’ob­jec­tif ini­tial soit d’ac­qué­rir un parc de ma­chines ! « Si­non, vaut mieux sé­lec­tion­ner des en­tre­prises dé­jà ren­tables, car le re­tour à l’équi­libre peut s’avé­rer long », conseille Diane Lanc­tôt, pré­si­dente de Lanc­tôt, qui a réa­li­sé trois ac­qui­si­tions de­puis un an. Elle rap­pelle que toute tran­sac­tion com­porte une pé­riode d’in­cer­ti­tude pou­vant pe­ser sur les ré­sul­tats.

La ren­ta­bi­li­té est aus­si un cri­tère pour Pre­mier Tech, qui s’at­tend à ce que les cibles « contri­buent aux ré­sul­tats dès la pre­mière an­née et gé­nèrent un ren­de­ment de l’in­ves­tis­se­ment sur trois à cinq ans ».

Mar­tin Thé­riault, pré­sident d’Ed­dy­fi, se donne quant à lui en­vi­ron trois ans pour at­teindre les ob­jec­tifs fixés à l’oc­ca­sion d’un ra­chat. « Dans notre do­maine, on ne perd pas d’ar­gent ; on ra­chète des en­tre­prises qui gé­nèrent dé­jà du chiffre d’af­faires. » – MA­RIE LYAN

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