La double pé­na­li­té de la baisse du dol­lar amé­ri­cain

Les Affaires - - Investir - Phi­lippe Le Blanc re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc In­ves­tir

Il y a des ex­pres­sions amé­ri­caines qui sont dif­fi­ci­le­ment tra­dui­sibles. C’est cer­tai­ne­ment le cas de double wham­my, qui ren­voie à des phé­no­mènes qui nous touchent de deux ma­nières dif­fé­rentes. Sou­vent, un des ef­fets est di­rect, et l’autre, in­di­rect. Par leur double ac­tion, ces évé­ne­ments peuvent avoir des ré­per­cus­sions im­por­tantes sur votre por­te­feuille. Par­mi ces phé­no­mènes, je pense no­tam­ment à une ré­ces­sion éco­no­mique : elle se tra­duit ha­bi­tuel­le­ment par une baisse des bé­né­fices des en­tre­prises (ef­fet di­rect) et par une di­mi­nu­tion des ra­tios cours-bé­né­fice (ef­fet in­di­rect), et donc, par une baisse im­por­tante des va­leurs bour­sières.

Une hausse mar­quée des taux d’in­té­rêt est un autre exemple, sauf que, dans ce cas pré­cis, l’ef­fet n’est pas double, mais triple. Une telle hausse gruge les bé­né­fices de la plu­part des so­cié­tés, ré­duit la de­mande de la part des consom­ma­teurs et exerce une pres­sion à la baisse sur les prix de tout ac­tif.

En gé­né­ral, un in­ves­tis­seur ten­te­ra de ré­duire les risques liés à de telles cir­cons­tances en di­ver­si­fiant bien son por­te­feuille.

La baisse mar­quée et ra­pide du dol­lar amé­ri­cain face au dol­lar ca­na­dien consti­tue un troi­sième exemple de double wham­my pour l’in­ves­tis­seur ca­na­dien. Le dol­lar amé­ri­cain a en ef­fet per­du près de 10 % de sa va­leur au cours des der­nières se­maines. Pour la ma­jo­ri­té des in­ves­tis­seurs ca­na­diens qui pos­sèdent des titres de so­cié­tés amé­ri­caines et ca­na­diennes, l’ef­fet né­ga­tif sur la va­leur de leur por­te­feuille est double.

Le pre­mier im­pact est une dé­pré­cia­tion di­recte de la va­leur des titres amé­ri­cains une fois cette va­leur conver­tie en dol­lars ca­na­diens. Ain­si, toutes choses étant égales par ailleurs, ce­lui qui avait in­ves­ti 40 % de son por­te­feuille dans des ac­tions amé­ri­caines a vu la va­leur de son por­te­feuille dé­cli­ner de près de 4 % de­puis quelques se­maines.

Le deuxième im­pact, in­di­rect, concerne la va­leur de plu­sieurs titres ca­na­diens que vous pos­sé­dez. En ef­fet, les États-Unis étant sou­vent le plus im­por­tant mar­ché pour nos so­cié­tés, nombre d’entre elles y réa­lisent une part im­por­tante de leurs ventes... en dol­lars amé­ri­cains. Une en­tre­prise telle que le Ca­na­dien Na­tio­nal, qui gé­nère plus de 50 % de ses re­ve­nus aux États-Unis et qui as­sure plus de la moi­tié du trans­port entre les deux pays, ver­ra for­cé­ment ses bé­né­fices di­mi­nuer en rai­son de la baisse de la va­leur du dol­lar amé­ri­cain. Même phé­no­mène pour Couche-Tard (près de 64 % au plus ré­cent exer­cice), Groupe CGI (25 % en 2016) ou BMO Banque de Mon­tréal (25 % des pro­fits de l’exer­cice 2016).

Il y a même un troi­sième im­pact. Les en­tre­prises ca­na­diennes qui ex­portent aux États-Unis et dont les coûts de pro­duc­tion sont prin­ci­pa­le­ment dé­bour­sés en dol­lars ca­na­diens voient leur com­pé­ti­ti­vi­té bais­ser face à leurs concur­rents amé­ri­cains et étran­gers. D’une cer­taine ma­nière, la baisse du dol­lar amé­ri­cain par rap­port au dol­lar ca­na­dien pour­rait ré­gler une par­tie du pro­blème de com­pé­ti­ti­vi­té des so­cié­tés amé­ri­caines que dé­nonce le pré­sident Do­nald Trump, et peut-être bien mieux que les chan­ge­ments qu’il cherche à ap­por­ter à l’ALE­NA.

Y a-t-il une fa­çon de s’en pré­mu­nir ?

Je ne crois pas qu’il soit pos­sible de pré­voir les va­ria­tions des taux de change dans la ges­tion de son por­te­feuille. Il est tou­te­fois pos­sible de ré­duire leur im­pact. En ré­par­tis­sant ses pla­ce­ments de ma­nière équi­li­brée entre des so­cié­tés ex­por­ta­trices et im­por­ta­trices, on s’as­sure que ces va­ria­tions sont fa­vo­rables (ou sans im­pact) pour une par­tie de ses titres, bien que né­fastes pour les autres... et vice-ver­sa.

La baisse ré­cente du dol­lar amé­ri­cain est donc fa­vo­rable aux so­cié­tés dont les re­ve­nus sont prin­ci­pa­le­ment ca­na­diens et qui achètent leurs mar­chan­dises en dol­lars amé­ri­cains.

Autre point que peu d’in­ter­ve­nants sou­lignent, me sem­blet-il : la force du dol­lar ca­na­dien est peut-être né­faste à court terme pour votre por­te­feuille de titres, mais elle est plu­tôt fa­vo­rable à votre vrai por­te­feuille, ce­lui avec le­quel vous payez les biens de tous les jours. Un dol­lar ca­na­dien plus fort nous en­ri­chit. Vous le re­mar­que­riez si vous pas­siez l’hi­ver en Flo­ride.

la

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.