Ce qu’est la théo­rie du coup de pouce

Les Affaires - - Investir - PRIX NO­BEL D’ÉCO­NO­MIE Hé­lène Ga­gné re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc

Vous sa­vez ce qu’est un coup de pouce. En re­vanche,sa­viez-vous quelle force il peut avoir pour l’éco­no­mie? L’Amé­ri­cain Ri­chard Tha­ler vient de re­ce­voir le prix No­bel d’éco­no­mie pour en avoir fait la dé­mons­tra­tion. Sa théo­rie du nudge (ou coup de pouce) ex­plique comment il est pos­sible d’orien­ter les choix des in­di­vi­dus ou de groupes en les pous­sant dou­ce­ment dans la bonne di­rec­tion sans at­ten­ter à leur li­ber­té de choix.

La théo­rie du coup de pouce en ac­tion

La théo­rie du coup de pouce s’ap­plique à plu­sieurs as­pects de notre vie, sou­vent sans qu’on s’en aper­çoive. À l’épi­ce­rie, par exemple, il suf­fit que cer­tains pro­duits soient pla­cés à la por­tée de nos yeux pour at­ti­rer da­van­tage notre at­ten­tion et faire qu’on les achète.

À Co­pen­hague, le taux de dé­chets je­tés dans les rues a bais­sé de 46% en 2011, sim­ple­ment parce que des em­preintes de pieds verts condui­sant vers des pou­belles ont été des­si­nés sur les trot­toirs ! Plu­tôt que de mettre les gens à l’amende, il a été dé­ci­dé de leur fa­ci­li­ter le choix d’avoir une ville propre. À quand un tel coup de pouce à Mon­tréal?

En An­gle­terre, The­re­sa May consi­dère im­plan­ter un sys­tème grâce au­quel le don d’or­ganes se fe­ra par dé­faut, c’est-à-dire que chaque ci­toyen se­ra pré­su­mé avoir ac­cep­té de don­ner ses or­ganes à la suite de son dé­cès, à moins de s’être re­ti­ré du pro­gramme.

Se­lon M. Tha­ler, si vous faites un mau­vais choix de car­rière ou d’hy­po­thèque, ou en­core que vous n’épar­gnez pas suf­fi­sam­ment pour votre re­traite, les mar­chés fi­nan­ciers ne cor­ri­ge­ront pas vos er­reurs; en­core moins si vous faites des pla­ce­ments trop ris­qués pour vous rat­tra­per. Il est plus fa­cile d’ai­der les gens à s’en­ri­chir en te­nant compte de leurs biais cog­ni­tifs que d’es­sayer de cor­ri­ger leur com­por­te­ment*.

Aux États-Unis, des em­ployeurs ont réa­li­sé qu’en in­cluant quelques fac­teurs soi-di­sant sans im­por­tance, le taux de contri­bu­tion de leurs em­ployés au ré­gime de re­traite avait aug­men­té for­te­ment. Comment? Ils ont ren­du l’ins­crip­tion au­to­ma­tique (avec une op­tion de s’ex­clure), ils aug­mentent chaque an­née le taux de contri­bu­tion et offrent une op­tion de pla­ce­ment par dé­faut va­lable plu­tôt qu’un simple fonds mo­né­taire. Ces simples coups de pouce se tra­duisent pour­tant par une meilleure qua­li­té de vie des par­ti­ci­pants au mo­ment de leur re­traite.

Une étude au Da­ne­mark a conclu que l’ac­cu­mu­la­tion à l’abri de l’im­pôt, un fac­teur pré­ten­du­ment im­por­tant, ne comp­tait que pour 1% dans la dé­ci­sion de contri­buer à un ré­gime d’épar­gne­re­traite alors que ses mo­da­li­tés (ins­crip­tion au­to­ma­tique, etc…) pe­saient pour 99%.

Le prix en sciences éco­no­miques en hom­mage à Al­fred No­bel est at­tri­bué par la Banque de Suède de­puis 1969. Jus­qu’à main­te­nant, la moi­tié des lau­réats sont amé­ri­cains et par­mi eux, Eli­nor Os­trom (1933-2012), de­meure la seule femme ré­ci­pien­daire. Vi­ve­ment un coup de pouce!

la * Un­less You Are Spock, Ir­re­le­vant Things Mat­ter in Eco­no­mic Be­ha­vior par Ri­chard H. Tha­ler, The New York Times, 8 mai 2015

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