Re­né Vé­zi­na

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Comment sou­te­nir la vraie crois­sance en­tre­pre­neu­riale

C’est une des re­marques les plus éclai­rantes qu’il m’ait été don­né d’en­tendre de­puis un bon mo­ment sur les dé­fis qui se posent aux PME qué­bé­coises. Le 25 oc­tobre se te­nait la confé­rence Crois­sance PME, or­ga­ni­sée par les Évé­ne­ments Les Af­faires et que j’ani­mais. L’hon­neur, ou la tâche de lan­cer les dis­cus­sions d’e l’après-mi­di re­ve­nait à Marc Du­til, pré­sident du Groupe Ca­nam. Pas pré­ci­sé­ment une PME… mais il connaît leur réa­li­té, et il de­meure étroi­te­ment as­so­cié à l’École d’en­tre­pre­neur­ship de Beauce, dont il a di­rec­te­ment contri­bué à la mise sur pied.

Si vous avez dé­jà eu l’oc­ca­sion de l’en­tendre, vous avez pu consta­ter qu’il ne re­court ja­mais à la langue de bois. Mieux, il sait in­ter­pel­ler et tou­cher son au­di­toire. Voi­ci, entre autres, ce qu’il nous a lan­cé ce jour-là. En sub­stance. « Quand il est ques­tion de la crois­sance des en­tre­prises, on confond sou­vent gros­sir et gran­dir. Or, ce sont des orien­ta­tions bien dif­fé­rentes. Si tu as un res­tau­rant de pou­tines et que tu en ouvres 10 autres dans ton environnement, tu gros­sis. C’est dé­jà bien. Mais si tu mets au point d’autres me­nus, que tu di­ver­si­fies ton offre, que tu étends tes ac­ti­vi­tés au-de­là de ton ter­ri­toire na­tu­rel, tu gran­dis. C’est moins fa­cile, mais la vraie crois­sance, c’est ça. »

Bien dit. Mais comment y par­ve­nir? Sur­tout, comment sur­mon­ter les obs­tacles qui se dressent in­évi­ta­ble­ment sur son che­min? Et ils sont nom­breux, comme le ré­vèle notre Grande consul­ta­tion sur l’en­tre­pre­neu­riat, qui fait l’ob­jet d’un re­por­tage en page 20. Par­mi les obs­tacles, cette in­ces­sante re­cherche de fi­nan­ce­ment. Com­bien d’en­tre­pre­neurs ont dû ré­hy­po­thé­quer leur mai­son ou comp­ter sur l’ap­pui son­nant de leurs proches (le

love mo­ney) pour pas­ser le cap des pre­mières an­nées?

Par exemple, Louis Gar­neau ra­con­tait que c’est le sou­tien de sa fa­mille élar­gie qui lui avait per­mis de per­sé­vé­rer. D’autres, comme Ju­dith Fet­zer, pré­si­dente de Cook It (et pa­ne­liste lors de la confé­rence du 25 oc­tobre), se sont pri­vés de sa­laires pen­dant de longs mois pour ne pas plom­ber les fi­nances de leur en­tre­prise émer­gente. Cook It est main­te­nant sur une belle lan­cée, compte plus de 30 em­ployés, et sa pré­si­dente peut aujourd’hui se payer, mais cette sa­ta­née ques­tion du fi­nan­ce­ment de­meure en­tière.

Nou­veau: 500 mil­lions de dol­lars pour les PME

Ce pro­blème ex­plique l’in­té­rêt des nom­breuses et ré­centes ini­tia­tives lan­cées par au­tant d’ins­ti­tu­tions fi­nan­cières à l’en­droit des PME: le Fonds de so­li­da­ri­té, la Caisse de dé­pôt, la BDC, les fonds de ca­pi­tal de risque, sans ou­blier les anges in­ves­tis­seurs et le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif qui gagne en po­pu­la­ri­té… le ro­bi­net est dé­sor­mais ou­vert.

L’en­jeu de­meure en­tier pour les « jeunes pousses » qui peinent en­core et tou­jours à at­ti­rer l’at­ten­tion, mais elles peuvent au moins es­pé­rer le coup de pouce, im­pen­sable en­core ré­cem­ment.

Voi­ci que le Mou­ve­ment Des­jar­dins lance une nou­velle of­fen­sive, qui s’ajoute à celle de Ca­pi­tal ré­gio­nal et co­opé­ra­tif Des­jar­dins, lan­cé en 2002 pour sou­te­nir les PME ré­gio­nales et qui dis­pose aujourd’hui d’un ac­tif d’en­vi­ron 1,8 mil­liard de dol­lars.

Le nou­veau fonds, bap­ti­sé Des­jar­dins Ca­pi­tal PME, dis­po­se­ra de 100 mil­lions de dol­lars dès sa pre­mière an­née, mon­tant qui pour­rait être quin­tu­plé au cours des quatre an­nées sui­vantes. Avec un coffre de guerre d’un de­mi mil­liard, le Mou­ve­ment se dote de so­lides mu­ni­tions pour sou­te­nir la crois­sance des en­tre­prises qué­bé­coises, même les plus pe­tites, puisque le mi­ni­mum de mise de fonds se­ra de 100000 dol­lars.

À mes yeux, c’est l’élé­ment le plus in­té­res­sant de cette nou­velle ini­tia­tive.

On a en­ten­du bien des fois le même re­frain: dès qu’une PME prend son en­vol, tous les fonds lui courent après. C’est même la sur­en­chère. En­core faut-il tou­te­fois qu’elle sur­vive, et que de l’émer­gence, elle par­vienne au stade de la crois­sance.

Ses pre­miers mois d’exis­tence, voire ses pre­mières an­nées, sont sou­vent la­bo­rieuses.

De ce fait, les jeunes pousses se butent ré­gu­liè­re­ment au scep­ti­cisme des in­ves­tis­seurs ou des prê­teurs. Qui pren­dra le risque, sa­chant que leurs chances im­mé­diates de sur­vie sont dou­teuses?

Pa­ral­lè­le­ment, on se dé­sole col­lec­ti­ve­ment, à grand coup de dé­cla­ra­tions émo­tives, du trans­fert de « fleu­rons » vers des mains étran­gères.

Pour être consé­quent, il fau­drait agir sur deux plans.

D’abord, éta­blir un pro­to­cole par le­quel on dé­ter­mine des en­tre­prises clés dont l’ac­tion­na­riat ins­ti­tu­tion­nel qué­bé­cois est im­por­tant (Caisse, Des­jar­dins, Fonds, etc.) et dont la pro­prié­té ne de­vrait pas bas­cu­ler vers l’ex­té­rieur.

En­suite, à l’autre bout du spectre, tra­vailler à sou­te­nir le dé­ve­lop­pe­ment de jeunes en­tre­prises pro­met­teuses, dû­ment re­con­nues comme telles du fait de leur po­ten­tiel. Avec un sou­tien fi­nan­cier réel qui dé­passe les belles pa­roles.

Le nou­veau pro­gramme de Des­jar­dins va dans cette di­rec­tion. Par ailleurs, on at­tend tou­jours des nou­velles d’autres ini­tia­tives conçues pour pro­pul­ser les PME qué­bé­coises, une pri­vée, Adre­na­lys, l’autre gou­ver­ne­men­tale, Per­forME. L’une et l’autre pour­suivent le même ob­jec­tif. Quoi­qu’il en soit, on réa­lise aujourd’hui qu’il est gran­de­ment temps de sou­te­nir l’éclo­sion de nou­veaux « fleu­rons ». La créa­tion du Ré­gime d’épargne-ac­tions (REA), en 1979, sous l’im­pul­sion de Jacques Pa­ri­zeau, a lar­ge­ment contri­bué à la nais­sance de ce qu’on ap­pelle le « Qué­bec inc. »

Pour­quoi pas main­te­nant un Qué­bec inc. 2.0?

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Dès qu’une PME prend son en­vol, tous les fonds lui courent après. C’est même la sur­en­chère. En­core fau­til tou­te­fois qu’elle sur­vive, et que de l’émer­gence, elle par­vienne au stade de la crois­sance.

Re­né Vé­zi­na rene.ve­zi­na@tc.tc Chro­ni­queur | C @@ ve­zi­nar

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