IN­VES­TIR : 5 MÉ­TAUX SOUS LA LOUPE

Les Affaires - - Front Page - Fran­çois Normand fran­cois.normand@tc.tc fran­cois­nor­mand

Le mar­ché mon­dial des mé­taux vit une grande pé­riode d’in­cer­ti­tude en rai­son du spectre d’une guerre com­mer­ciale entre les États-Unis et la Chine. Après une pous­sée de près de 60% sur deux ans, l’in­dice LMEX du Lon­don Me­tal Ex­change – qui ras­semble six grands mé­taux, soit le cuivre, l’alu­mi­nium, le plomb, l’étain, le zinc et le ni­ckel – a clô­tu­ré à son plus bas ni­veau de­puis le dé­but de l’an­née, en re­cul de 6,5%.

Une guerre com­mer­ciale pour­rait nuire au com­merce et à la crois­sance de l’éco­no­mie mon­diale, se­lon des spé­cia­listes, mais elle pour­rait aus­si ne pas être si mau­vaise, af­firment d’autres. La Chine pour­rait en ef­fet lan­cer un plan de sti­mu­la­tion éco­no­mique d’ici le dé­but de 2019afin de sou­te­nir son éco­no­mie, ce qui pour­rait faire aug­men­ter les prix des res­sources.

La conjonc­ture mon­diale de­meure pour l’ins­tant fa­vo­rable. En 2018 et 2019, l’éco­no­mie de la pla­nète de­vrait pro­gres­ser de 3,9% com­pa­ra­ti­ve­ment à 3,7% en 2017, se­lon le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI). Les éco­no­mies émer­gentes sont dy­na­miques, af­fi­chant une crois­sance res­pec­tive pré­vue de 4,9% et de 5%.

Voi­ci dans le dé­tail l’état de la si­tua­tion dans le sec­teur des mé­taux de base et, étant don­né l’in­cer­ti­tude, ce­lui de l’or. Avec quelques en­tre­prises qui se trouvent sur le ra­dar des ana­lystes.

L’état du mar­ché Le mar­ché mon­dial du cuivre se ca­rac­té­rise par un écart im­por­tant entre l’offre et la de­mande, sou­ligne Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale (FBN). En fait, le dé­fi­cit de pro­duc­tion du cuivre ob­ser­vé de­puis des an­nées n’est pas près de dis­pa­raître dans un ave­nir pré­vi­sible.

Clark­sons Pla­tou Se­cu­ri­ties croit que le dé­fi­cit offre-de­mande s’am­pli­fie­ra dans les pro­chaines an­nées. En 2017, il s’éta­blis­sait à 10000 tonnes mé­triques. Cette an­née, il de­vrait être à 490000 tonnes, pour at­teindre 610000 tonnes en 2019.

Or, cette ten­dance exerce une pres­sion à la hausse sur le prix du mé­tal rouge.

Pour l’en­semble de 2017, le prix moyen du cuivre s’est éta­bli à 2,80 $ US la livre, se­lon Mor­gan Stan­ley. Cette an­née, il de­vrait de­meu­rer le même, mais at­teindre 2,90$ US en 2019, se­lon les an­ti­ci­pa­tions de la firme.

Deutsche Bank est plus op­ti­miste: elle voit la livre de cuivre à 3,26$ US en 2018 et à 3,40$ US en 2019. Les rai­sons d’être op­ti­miste Un im­por­tant fac­teur ré­side dans la nou­velle po­li­tique de la Chine sur la fer­raille et les dé­chets. Comme ce pays consomme près de 50 % de la pro­duc­tion mon­diale de cuivre, tout chan­ge­ment de ten­dance dans la deuxième éco­no­mie de la pla­nète a un im­pact sur les prix. La nou­velle po­li­tique, pré­sen­tée en 2017, est vue d’un bon oeil par les ana­lystes, car elle de­vrait ac­croître la de­mande pour le cuivre raf­fi­né de plus grande qua­li­té. À comp­ter de 2019, Pé­kin ban­ni­ra les im­por­ta­tions de fer­railles de cuivre de ca­té­go­rie 7. Se­lon la Banque Na­tio­nale, la consom­ma­tion chi­noise de cuivre de faible qua­li­té de­vrait di­mi­nuer de 3,1 %, en 2018, et de 2,1% en 2019. Les sources d’in­quié­tude Le ra­len­tis­se­ment struc­tu­rel de la crois­sance éco­no­mique en Chine – in­cluant la po­li­tique de Pé­kin pour ré­duire la dette et les dé­penses pu­bliques – di­mi­nue la de­mande mon­diale pour le cuivre, se­lon Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale. Ce­la pour­rait exer­cer une pres­sion à la baisse sur le prix.

L’es­souf­fle­ment du sec­teur de la construc­tion en Chine est aus­si à sur­veiller, car ce dé­clin contri­bue éga­le­ment à ré­duire la de­mande du mé­tal rouge.

Une étude de Bloom­berg es­time que les in­ves­tis­se­ments dans les in­fra­struc­tures de­vraient di­mi­nuer de 12% en 2018. Ce re­cul pour­rait ré­duire la consom­ma­tion chi­noise de cuivre de 2,5% cette an­née. Les so­cié­tés à sur­veiller Free­port-McMoRan (FCX, 17,90$ US) – Jef­fe­ries Se­cu­ri­ties aime le titre du plus im­por­tant pro­duc­teur de cuivre au monde, en sou­li­gnant qu’après avoir cou­pé son di­vi­dende, il vient de le ré­in­tro­duire. L’ac­tion est en hausse de plus de 30 % sur un an. First Quan­tum (FM.TO; 17,63$CA) – Les ana­lystes de Pa­ra­digm Ca­pi­tal aiment le titre de ce pro­duc­teur de cuivre de Van­cou­ver. De­puis un an, l’ac­tion a pris 28%.

L’état du mar­ché Après avoir fon­du de moi­tié en 2014 et stag­né dans une four­chette de 4$ à 5$ US la livre de­puis, le prix du ni­ckel est en hausse de près de 50% de­puis le dé­but de l’été 2017.

La de­mande en acier oxy­dable aug­mente, un fac­teur fa­vo­rable au ni­ckel, in­gré­dient in­dis­pen­sable. La pro­duc­tion de ni­ckel di­mi­nue aus­si aux Phi­lip­pines et en In­do­né­sie, deux im­por­tants pays pro­duc­teurs. Les rai­sons d’être op­ti­miste Plu­sieurs fac­teurs fa­vo­risent une hausse du prix à long terme.

Le mé­tal est de plus en plus es­sen­tiel à la fa­bri­ca­tion des bat­te­ries des voi­tures élec­triques, note Fi­nan­cière Banque Na­tio­nale. En 2016, la de­mande mon­diale de ni­ckel pour les bat­te­ries s’éle­vait à 40 0000 tonnes. En 2025, elle pour­rait at­teindre 220000 tonnes. L’im­pact si­gni­fi­ca­tif dans ce mar­ché de­vrait ce­pen­dant se faire da­van­tage sen­tir entre 2021 et 2025.

Des en­traves à la pro­duc­tion fa­vo­ri­se­ront aus­si une hausse du prix, se­lon Pa­ra­digm Ca­pi­tal. Les quo­tas sur les ex­por­ta­tions de ni­ckel en In­do­né­sie (le sixième pays pro­duc­teur) et les res­tric­tions en­vi­ron­ne­men­tales sur la pro­duc­tion en Chine (le hui­tième pays pro­duc­teur) ré­dui­ront l’offre mon­diale, alors que la de­mande aug­mente.

La fer­me­ture de plu­sieurs mines de ni­ckel aux Phi­lip­pines (le pre­mier pays pro­duc­teur), éga­le­ment pour des rai­sons en­vi­ron­ne­men­tales, au­ra aus­si un im­pact po­si­tif sur le prix, es­time Deutsche Bank.

En­fin, les grands pro­jets d’in­fra­struc­tures sti­mulent la de­mande.

À elles seules, les nou­velles routes ma­ri­times et ter­restres de la soie de la Chine de­vraient faire aug­men­ter la de­mande d’acier de plus de 150 mil­lions de tonnes d’ici cinq ans, se­lon la minière aus­tra­lienne BHP Billi­ton. Les sources d’in­quié­tude Bien que la de­mande soit en forte hausse et qu’il y ait des contraintes sur l’offre, celle-ci n’est pas en berne pour au­tant.

Dans les pro­chaines an­nées, la Chine pré­voit construire de deux à trois fois les ca­pa­ci­tés ac­tuelles dont le mar­ché a be­soin, comme elle l’a fait dans le pas­sé avec d’autres mé­taux, sou­li­gnait ré­cem­ment le PDG du pro­duc­teur ca­na­dien de ni­ckel RNC Mi­ne­rals, Mark Sel­by, en en­tre­tien à Mi­ning Week­ly.

Bref, la Chine conti­nue­ra d’aug­men­ter sa ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de ni­ckel, mais avec des pro­jets mi­niers moins pol­luants.

Même si la Chine est seule­ment le hui­tième pays pro­duc­teur de ni­ckel, une hausse im­por­tante de sa pro­duc­tion pour­rait exer­cer une pres­sion à la baisse sur le prix, si l’offre mon­diale ve­nait à sur­pas­ser la de­mande. Les so­cié­tés à sur­veiller Glen­core (GLEN.L ; 3,54 livres ou GNCLF, 5,03 $ US) – Les ana­lystes de Clark­sons Pla­tou Se­cu­ri­ties pré­fèrent le titre de cette en­tre­prise an­glo-suisse qui ex­trait des ma­tières pre­mières et pro­duit no­tam­ment 8% du ni­ckel mon­dial. De­puis un an, l’ac­tion la mul­ti­na­tio­nale pré­sente au Ca­na­da s’est ap­pré­ciée de 13%. Vale S.A. (VALE; 13,09 $ US) – Les ana­lystes de Mor­ning­star sug­gèrent le titre de cette minière bré­si­lienne qui pro­duit no­tam­ment 14% du ni­ckel dans le monde. De­puis un an, l’ac­tion s’est ap­pré­ciée de 34 %.

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