Le pro­tec­tion­nisme risque d’am­pli­fier les pres­sions in­fla­tion­nistes

L’in­fla­tion s’est ac­cé­lé­rée de­puis un an au Ca­na­da

Les Affaires - - Sommaire - Re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Ma­croé­co­no­mie re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc

Mal­gré les in­quié­tudes sus­ci­tées par les ma­noeuvres pro­tec­tion­nistes amé­ri­caines et un dé­but d’an­née plus dif­fi­cile pour le sec­teur im­mo­bi­lier ca­na­dien, la Banque du Ca­na­da (BdC) a an­non­cé une nou­velle hausse de ses taux di­rec­teurs lors de sa ren­contre du 11 juillet der­nier. Le taux cible des fonds à un jour a ain­si tri­plé de­puis la mi-2017, pour at­teindre 1,50%, un ni­veau qui de­meure tout de même très bas. Si la BdC pa­raît main­te­nant beau­coup moins hé­si­tante à nor­ma­li­ser sa po­li­tique mo­né­taire, c’est que le por­trait de l’in­fla­tion a bien chan­gé au cours de la der­nière an­née.

Nous no­tions dans une chro­nique à la fin de l’été der­nier qu’il était sur­pre­nant de voir l’in­fla­tion de­meu­rer très faible au Ca­na­da et dans la plu­part des pays avan­cés, mal­gré une amé­lio­ra­tion claire de l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique. Une re­mon­tée gra­duelle de l’in­fla­tion était at­ten­due alors que les ca­pa­ci­tés ex­cé­den­taires de pro­duc­tion se fe­raient de plus en plus rares. C’est ef­fec­ti­ve­ment ce qui a été ob­ser­vé et le taux an­nuel d’in­fla­tion a at­teint 2,5% au Ca­na­da en juin der­nier, com­pa­ra­ti­ve­ment à seule­ment 1,0% douze mois plus tôt. Une forte hausse des prix de l’es­sence a am­pli­fié la pous­sée de l’in­fla­tion, mais le re­tour très près de la cible de 2% des trois indices qu’uti­lise la BdC pour éva­luer l’in­fla­tion ten­dan­cielle montre que l’ac­cé­lé­ra­tion de la crois­sance des prix est as­sez gé­né­ra­li­sée. Plu­sieurs autres sta­tis­tiques semblent confir­mer que la longue pé­riode de faible in­fla­tion est bien ter­mi­née, dont une pro­gres­sion plus vi­gou­reuse des sa­laires et une en­quête mon­trant que les en­tre­prises ca­na­diennes font face à de plus en plus de pres­sion sur leurs ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion. Alors que tout in­dique que l’ac­ti­vi­té éco­no­mique a été très vi­gou­reuse en Amé­rique du Nord au deuxième tri­mestre de 2018, il de­vient dif­fi­cile de jus­ti­fier le main­tien de taux d’in­té­rêt di­rec­teurs très faibles.

Les taux d’in­té­rêt de­vraient conti­nuer d’aug­men­ter

Alors que les pres­sions in­fla­tion­nistes in­ternes semblent dé­jà am­ple­ment suf­fi­santes pour main­te­nir l’in­fla­tion près du ni­veau ci­blé, la BdC ne peut igno­rer les risques haus­siers sup­plé­men­taires qui ré­sultent de la dé­té­rio­ra­tion des re­la­tions com­mer­ciales avec les États-Unis. La pos­si­bi­li­té d’une vé­ri­table guerre com­mer­ciale re­pré­sente un risque éco­no­mique sé­rieux pour une pe­tite éco­no­mie ou­verte comme le Ca­na­da, mais il ne faut pas ou­blier que l’ef­fet le plus di­rect des ta­rifs doua­niers est une hausse des prix de cer­tains biens. Pour que les ten­sions com­mer­ciales amènent la BdC à ces­ser son res­ser­re­ment mo­né­taire, il fau­drait qu’elle soit convain­cue que la dé­té­rio­ra­tion des pers­pec­tives éco­no­miques qui en ré­sulte fe­ra di­mi­nuer l’in­fla­tion à moyen terme, mal­gré l’ef­fet haus­sier sur les prix dé­cou­lant des bar­rières ta­ri­faires.

La bonne nou­velle est que, jus­qu’à main­te­nant, les pers­pec­tives éco­no­miques de­meurent fa­vo­rables en Amé­rique du Nord, mal­gré l’in­cer­ti­tude en­gen­drée par les ten­sions com­mer­ciales. Les ex­por­ta­tions ca­na­diennes ont même bon­di à un som­met his­to­rique en juin der­nier, un signe que la de­mande ex­té­rieure ro­buste com­pense les en­traves au com­merce ex­té­rieur. Alors que les ta­rifs doua­niers risquent d’am­pli­fier en­core un peu plus les pres­sions in­fla­tion­nistes des deux cô­tés de la fron­tière, il faut ain­si s’at­tendre à ce que la Ré­serve fé­dé­rale et la BdC conti­nuent à aug­men­ter gra­duel­le­ment leurs taux di­rec­teurs au cours des pro­chains tri­mestres.

la l y a trois ans, j’ai vé­cu un chan­ge­ment or­ga­ni­sa­tion­nel ma­jeur et ra­di­cal. Lais­sez-moi vous ra­con­ter. Sans en­trer dans les me­nus dé­tails, il s’agit ici d’une fu­sion entre plu­sieurs éta­blis­se­ments im­pli­quant des mil­liers de tra­vailleurs, un vaste ter­ri­toire, des dé­mé­na­ge­ments, une re­struc­tu­ra­tion, une sur­charge de tra­vail, de nou­velles tâches, de nou­veaux pa­trons, de nou­veaux col­lègues… La to­tale quoi! Ces chan­ge­ments ap­portent leur lot de consé­quences, bien sûr po­si­tives, mais aus­si né­ga­tives telles que le stress, l’an­xié­té, l’in­sé­cu­ri­té, etc.

Eh bien, sa­vez-vous quoi? Pour faire taire les dis­cus­sions de cou­loir, ru­meurs, ouï-dire qui ne font qu’aug­men­ter les fac­teurs de ré­sis­tance au chan­ge­ment et ne règlent pas la si­tua­tion, l’em­ployeur a cru bon d’in­for­mer les em­ployés par… vi­déo!

Dans les pre­miers temps de la tran­si­tion, nous ob­te­nions des ren­sei­gne­ments au compte-gouttes par des com­mu­ni­qués dif­fu­sés par cour­riel seule­ment. Au­cune séance d’in­for­ma­tion n’a été or­ga­ni­sée par la haute di­rec­tion ni par les nou­veaux di­rec­teurs. Après quelques mois de flou et d’in­sé­cu­ri­té, des em­ployés qua­li­fiés ont com­men­cé à quit­ter, et d’autres, à s’ab­sen­ter en congé de ma­la­die. La di­rec­tion ayant pro­ba­ble­ment eu vent de la dé­grin­go­lade de la si­tua­tion, désem­pa­rée et vou­lant ras­su­rer les troupes et les en­cou­ra­ger à pour­suivre, a trans­mis aux em­ployés une vi­déo par cour­riel; une vi­déo ex­pli­quant briè­ve­ment la nou­velle mis­sion de l’or­ga­ni­sa­tion et ses chan­ge­ments, et ap­por­tant un mes­sage d’en­cou­ra­ge­ment et d’es­poir. Lais­sez-moi vous dire qu’au lieu de faire taire les bruits de cou­loir, la vi­déo est mal­heu­reu­se­ment de­ve­nue la ri­sée. La di­rec­tion ne l’a peut-être pas su. Mais moi, ad­jointe, oui.

Dans un chan­ge­ment d’une aus­si grande en­ver­gure, il au­rait été sou­hai­table de ré­pondre aux pré­oc­cu­pa­tions en of­frant en­ca­dre­ment et sou­tien per­son­na­li­sés plu­tôt qu’une vi­déo gé­né­rique, ou à tout le moins en com­plé­ment à celle-ci. C’est l’en­tre­pre­neur Fran­çois Lambert qui di­sait que « quand on donne l’heure juste, les em­ployés sont der­rière nous. Dans le cas contraire, ils passent les trois quarts de leur temps dans l’en­tre­prise à chia­ler ».

Les em­ployés ne de­mandent qu’à par­ti­ci­per au chan­ge­ment. Si cette phi­lo­so­phie avait été ap­pli­quée, mes col­lègues et moi y se­rions pro­ba­ble­ment en­core…

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