Comment ana­ly­ser les ré­sul­tats des en­tre­prises

Les Affaires - - Sommaire - Ges­tion de por­te­feuille Phi­lippe Le Blanc re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc

On me de­mande sou­vent si on ferme le bu­reau pen­dant les va­cances de la construc­tion. Il est vrai que les ac­ti­vi­tés de notre en­tre­prise tournent da­van­tage au ra­len­ti en juillet et en août, mais ce n’est pas le cas pour la ges­tion des por­te­feuilles de nos clients et le sui­vi des titres que nous pos­sé­dons. En ef­fet, la pé­riode de la mi-juillet à la mi-août en est une in­tense en pu­bli­ca­tions de ré­sul­tats fi­nan­ciers par les en­tre­prises pu­bliques nord-amé­ri­caines.

C’est pour­quoi un ges­tion­naire de por­te­feuille se­rait mal avi­sé de prendre des va­cances pen­dant la tra­di­tion­nelle pé­riode des va­cances des Qué­bé­cois. Non pas que nous soyons de na­ture à né­go­cier ac­ti­ve­ment après la pu­bli­ca­tion de ré­sul­tats fi­nan­ciers, mais plu­tôt par pro­fond in­té­rêt à suivre le suc­cès des en­tre­prises dans les­quelles nous in­ves­tis­sons.

Quel pro­ces­sus sui­vons­nous lors­qu’une so­cié­té que nous dé­te­nons pu­blie ses ré­sul­tats?

La pre­mière chose que je sou­li­gne­rais est l’im­por­tance de ne pas se lais­ser in­fluen­cer par les man­chettes telles que « Tri­mestre re­cord pour la so­cié­té XYZ » ou « Ex­cel­lente per­for­mance fi­nan­cière de la part de XYZ ». Rap­pe­lez-vous que les di­ri­geants d’en­tre­prises tentent tou­jours de pré­sen­ter leurs ré­sul­tats sous leur meilleur jour. En re­vanche, il ne faut pas non plus se lais­ser in­fluen­cer par le fait qu’une de vos en­tre­prises a pu­blié des ré­sul­tats in­fé­rieurs aux at­tentes. Le titre d’une telle en­tre­prise su­bi­ra gé­né­ra­le­ment une baisse dès l’ou­ver­ture des mar­chés le len­de­main de la pu­bli­ca­tion, mais ce n’est d’or­di­naire pas une rai­son pour pa­ni­quer et vendre. Pour notre part, nous pre­nons le temps d’ana­ly­ser les ré­sul­tats d’une so­cié­té en dé­tail avant de prendre quelque dé­ci­sion, en ache­ter da­van­tage ou vendre.

Après avoir lu le com­mu­ni­qué de presse des ré­sul­tats d’une en­tre­prise, la pre­mière chose à faire est de mettre à jour la fiche fon­da­men­tale sur cette der­nière. Ce fai­sant, nous se­rons en me­sure de bien dis­cer­ner plu­sieurs des élé­ments que nous ju­geons im­por­tants dans la ten­dance des ré­sul­tats fi­nan­ciers: Les re­ve­nus et leur taux de crois­sance (ou de dé­crois­sance) par rap­port au même tri­mestre de l’exer­cice pré­cé­dent et par rap­port au tri­mestre pré­cé­dent. Les bé­né­fices après im­pôts et les bé­né­fices par ac­tion du tri­mestre par rap­port au même tri­mestre de l’exer­cice pré­cé­dent et par rap­port au tri­mestre pré­cé­dent. Il est à sou­li­gner que nous ten­tons d’ex­clure tout élé­ment que nous ju­geons ex­cep­tion­nel ou non ré­cur­rent afin de nous faire une meilleure idée de la ren­ta­bi­li­té nor­ma­li­sée de la so­cié­té. Le nombre moyen (di­lué) d’ac­tions en cir­cu­la­tion du tri­mestre par rap­port aux ré­cents tri­mestres. Ce­la nous in­dique si la so­cié­té a ra­che­té ou émis de nou­velles ac­tions. Le bé­né­fice d’ex­ploi­ta­tion (BAIIA, ou bé­né­fice avant in­té­rêts, im­pôts et amor­tis­se­ment) et la marge d’ex­ploi­ta­tion du tri­mestre par rap­port au tri­mestre de l’exer­cice pré­cé­dent et au tri­mestre pré­cé­dent. Les flux de tré­so­re­rie ( cash flows) du tri­mestre ain­si que les flux de tré­so­re­rie par ac­tion, le tout com­pa­ré aux tri­mestres pré­cé­dents. Le plus ré­cent bi­lan de la so­cié­té et le cal­cul de divers ra­tios d’en­det­te­ment et de li­qui­di­té.

Dans chaque cas, nous ten­tons de voir la ten­dance qui se des­sine de­puis plu­sieurs tri­mestres: les marges sont-elles en pro­gres­sion ou sous pres­sion? La so­cié­té ra­chète-t-elle ac­ti­ve­ment ses propres ac­tions? Sa si­tua­tion fi­nan­cière s’amé­liore-t-elle ou se dé­té­riore-t-elle?

Une fois ce tra­vail ter­mi­né, nous ten­tons d’en ap­prendre da­van­tage sur les causes de ces ten­dances. Nous vou­lons connaître les ex­pli­ca­tions de la di­rec­tion. Une source très im­por­tante d’in­for­ma­tion ré­side dans les confé­rences té­lé­pho­niques que la grande ma­jo­ri­té des so­cié­tés rendent ac­ces­sibles aux ac­tion­naires et aux ana­lystes. Nous pré­fé­rons lire les trans­crip­tions écrites de ces confé­rences, car c’est plus ra­pide que de les écou­ter. En outre, il est plus fa­cile de re­ve­nir sur cer­tains élé­ments qui exigent plus de dé­tails. Ces confé­rences té­lé­pho­niques sont une ex­cel­lente ma­nière de bien com­prendre les divers en­jeux, risques et oc­ca­sions aux­quels fait face une en­tre­prise et de bien sai­sir la stra­té­gie des di­ri­geants.

En­suite, nous li­sons le do­cu­ment of­fi­ciel qui ex­plique les ré­sul­tats du tri­mestre, le rap­port de ges­tion dé­taillé qui a été dé­po­sé au­près des au­to­ri­tés fi­nan­cières (en an­glais, on ap­pelle ce do­cu­ment le MD&A, pour Ma­na­ge­ment Dis­cus­sion & Ana­ly­sis).

Fi­na­le­ment, nous li­sons quelques rap­ports d’ana­lyse de firmes de cour­tage afin de nous as­su­rer que nous n’avons rien ou­blié dans notre ana­lyse. Je sou­li­gne­rais tou­te­fois que nous ne nous pré­oc­cu­pons pas ou très peu des re­com­man­da­tions et des cours cibles éta­blis par ces firmes. Nous pré­fé­rons for­ger notre propre opi­nion et faire nos propres éva­lua­tions.

À la lu­mière de ces ré­sul­tats, nous ajus­tons, s’il y a lieu, nos pré­vi­sions de re­ve­nus, bé­né­fices et bé­né­fices par ac­tion pour le pro­chain exer­cice ain­si que notre éva­lua­tion du titre.

Seule­ment après avoir fait ce tra­vail pren­drons-nous une dé­ci­sion d’ache­ter ou de vendre.

La fixa­tion des in­ves­tis­seurs sur le court terme

Dans l’ana­lyse des ré­sul­tats tri­mes­triels d’une en­tre­prise, il faut, à mon avis, tou­jours gar­der une pers­pec­tive à long terme en tête. Très sou­vent, un titre ré­agi­ra for­te­ment à la hausse ou à la baisse après la pu­bli­ca­tion de bé­né­fices lé­gè­re­ment su­pé­rieurs ou in­fé­rieurs aux at­tentes des ana­lystes. Nous ne nous pré­oc­cu­pons pas trop des ré­sul­tats tri­mes­triels, mais ten­tons de les éva­luer en fonc­tion des pers­pec­tives à long terme de la so­cié­té. Cette fixa­tion des ana­lystes et des in­ves­tis­seurs sur les pré­vi­sions tri­mes­trielles peut sou­vent créer des oc­ca­sions in­té­res­santes pour les in­ves­tis­seurs qui pensent à long terme.

Par ailleurs, il faut tou­jours consi­dé­rer l’en­semble des so­cié­tés de son por­te­feuille, et pas seule­ment celles dont les ré­sul­tats au­ront été dé­ce­vants.

À long terme, les mar­chés bour­siers suivent l’évo­lu­tion des bé­né­fices par ac­tion des so­cié­tés. On a beau dire que les mar­chés sont près de leurs som­mets et qu’ils sont chers, les bé­né­fices des en­tre­prises af­fichent une forte crois­sance de­puis quelques tri­mestres. Se­lon Stan­dard & Poors, au dé­but août, 74,8% des so­cié­tés du S&P 500 avaient pu­blié leurs ré­sul­tats du deuxième tri­mestre: ex­cluant les élé­ments non ré­cur­rents, ceux-ci sont en hausse de 27,2% par rap­port au même tri­mestre de 2017.

Ces chiffres sont certes im­pres­sion­nants et té­moignent d’une éco­no­mie vi­gou­reuse. Il im­porte néan­moins de gar­der la tête froide, car la ré­forme fis­cale aux États-Unis contri­bue de fa­çon sen­sible à la hausse des bé­né­fices réa­li­sés. De notre point de vue, les pers­pec­tives de nos en­tre­prises de­meurent fa­vo­rables et c’est l’es­prit en paix qu’il y a quelques jours nous avons en­fin pu quit­ter pour les va­cances.

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