Quand l’économie re­pose sur des ten­dances éphé­mères

L'Etoile du Lac - - ACTUALITÉS - HÉ­LÈNE GA­GNON helene.ga­gnon@tc.tc

COMSOMMATION. Cer­taines ten­dances chez les con­som­ma­teurs sont par­fois dif­fi­ciles à com­prendre. Pour­quoi un pro­duit de consom­ma­tion, qui en ap­pa­rence n’est pas es­sen­tiel, peut connaître un im­mense suc­cès? Comme c’est le cas ac­tuel­le­ment pour les « Hand Spin­ner ».

Mé­lis­sandre Mo­ri­sette, en­sei­gnante en Tech­niques de comp­ta­bi­li­té et de ges­tion au Col­lège d’al­ma, sou­ligne que les ten­dances éphé­mères ont tou­jours été bien pré­sentes.

« Pour re­ve­nir à une économie viable, il faut tou­jours que nous dé­pen­sions plus que les an­nées pré­cé­dentes. Notre économie est donc ba­sée sur une pré­misse qui dit que nous de­vons tou­jours plus dé­pen­ser. Il y a donc une trans­for­ma­tion qui s’opère afin d’en­cou­ra­ger le consom­ma­teur à dé­pen­ser », ex­plique Mme Mo­ri­sette.

Le do­maine de la mode est un ex­cellent exemple alors que les nou­velles ten­dances étaient dic­tées en fonc­tion de saison. Ce n’est au­jourd’hui plus le cas. Le mi­lieu de la haute cou­ture suit en­core les sai­sons. Par contre, plu­sieurs com­pa­gnies dé­ve­loppent de nou­velles col­lec­tions tous les mois afin d’ame­ner le consom­ma­teur à dé­pen­ser sur une base ré­gu­lière.

« Pour sou­te­nir l’économie, nous sommes donc tou­jours ci­blés comme consom­ma­teur. C’est normal, notre économie ca­pi­ta­liste est ba­sée sur ce prin­cipe. On met sou­vent la faute sur les gens en mar­ke­ting, mais ceux-ci ne créent pas de be­soins », men­tionne Mé­lis­sandre Mo­ri­sette.

QUEL EST VOTRE BE­SOIN?

Un achat vient tou­jours ré­pondre à un be­soin. La grande ma­jo­ri­té du temps, on dé­pense afin de ré­pondre aux be­soins fon­da­men­taux phy­sio­lo­giques, c’est-à-dire se nour­rir, se vê­tir, se lo­ger, etc.

« En mon­tant dans la py­ra­mide, on dé­ve­loppe d’autres be­soins psy­cho­lo­giques. On parle d’es­time des autres, épa­nouis­se­ment, be­soin d’ap­par­te­nance, etc. C’est la ma­nière de ré­pondre à ces be­soins qui est en quelque sorte ma­ni­pu­lée par le mar­ke­ting. Nos dé­si­rs, c’est une ma­nière de ré­pondre à nos be­soins. Plu­sieurs pro­duits de consom­ma­tion per­mettent de com­bler le be­soin d’ap­par­te­nance. Si des gens jouent à ce jeu et qu’ils en parlent, et que toi, tu n’en as pas et si tu n’es pas en me­sure de com­mu­ni­quer avec eux, il y a de fortes chances afin d’évi­ter un sen­ti­ment de re­jet face au groupe que tu dé­cides éga­le­ment de par­ti­ci­per à ça », af­firme l’en­sei­gnante.

Cette si­tua­tion, elle est propre à l’oc­ci­dent. Les prio­ri­tés sont dif­fé­rentes d’un pays à un autre en fonc­tion des be­soins de la po­pu­la­tion.

« C’est dans notre so­cié­té qu’on va au-de­là des be­soins de base. C’est éga­le­ment ici que l’on re­marque des phé­no­mènes pour des ten­dances de consom­ma­tion éphé­mère. Les gens en mar­ke­ting le savent, un pro­duit en amène tou­jours un autre. C’est le cas de Po­ke­mon Go entre autres. Il y a eu l’émis­sion, les cartes et l’été der­nier, l’ap­pli­ca­tion. Les spé­cia­listes du mar­ke­ting ont tou­jours une vi­sion à long terme. Avant même la mise en vente d’un pro­duit, ils tra­vaillent dé­jà sur la pro­chaine ver­sion avec une amé­lio­ra­tion. C’est là que naît le cycle de consom­ma­tion de pro­duit éphé­mère qui fait rou­ler l’économie », ex­plique Mme Mo­ri­sette. Notre économie est ba­sée sur une pré­misse, qui un jour en rai­son du prêt-à-je­ter, va nous tuer. » —Mé­lis­sandre Mo­ri­sette

« Ce sont des spé­cia­listes. Ils peuvent dé­ce­ler les in­ten­tions des con­som­ma­teurs. Après tout, ils ne font que ré­pondre à une de­mande. Le consom­ma­teur a tou­jours le contrôle. S’il dé­cide qu’il ne veut plus ça, c’est à lui à lan­cer un mes­sage fort. C’est lui qui dé­tient le pou­voir d’achat », sou­ligne-t-elle.

Le consom­ma­teur doit faire preuve de ré­flexion. La consom­ma­tion se di­rige de plus en plus vers le prêt-à-je­ter. Un fléau qui pour­rait conduire l’homme à sa perte se­lon les pro­pos de l’en­sei­gnante.

« Il y a plu­sieurs ma­nières de dé­pen­ser afin de s’as­su­rer d’une économie viable. Cer­tains se tournent vers l’achat de ser­vices, mais il est beau­coup plus fa­cile d’ame­ner le client en ma­ga­sin pour le faire dé­pen­ser. Une fois le pro­duit bri­sé ou désuet, le dé­po­ser à la pou­belle ne le fe­ra pas dis­pa­raître. Le consom­ma­teur doit prendre conscience des im­pacts de ses ac­tions. Notre économie est ba­sée sur une pré­misse, qui un jour, en rai­son du prêt-à-je­ter, va nous tuer », sou­ligne Mme Mo­ri­sette.

(Photo TC Media - archives)

L’été der­nier, c’était la fo­lie Po­ke­mon Go. Au­jourd’hui, ce n’est qu’un sou­ve­nir.

(Photo de­po­sit­pho­tos.com – ni­to103)

Le « hand spin­ner » a connu une as­cen­sion ful­gu­rante.

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