Le re­froi­dis­se­ment de la pen­sée

Le pro­to­cole de Kyo­to vien­dra à échéance en 2012. Sa suite se joue ac­tuel­le­ment à Co­pen­hague. Le Ca­na­da est ab­sent, qui dit mieux?

L'Etoile - - IMMOHABITAT ENVIRONNEMENT - PAR ELI­ZA­BETH CA­RON eca­ron@heb­dos­du­su­roit.com

Lun­di der­nier s’ou­vrait, à Co­pen­hague, le som­met de l’ONU (Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions Unies) sur le cli­mat. Vi­ve­ment cri­ti­quée, l’ab­sence de Ste­phen Har­per au­ra cer­tai­ne­ment des ré­per­cus­sions graves tant sur le plan in­ter­na­tio­nal que sur le plan na­tio­nal. Les in­ter­mi­nables re­tards des en­ga­ge­ments pour­tant of­fi­ciel­le­ment en­té­ri­nés par les pre­miers si­gna­taires du pro­to­cole de Kyo­to se tra­duisent par l’aug­men­ta­tion gé­né­ra­li­sée des émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Aux yeux du monde en­tier, la po­si­tion du Ca­na­da est claire, l’in­ac­tion est de mise. Chose cer­taine, nous al­lons tous payer, mais sommes-nous prêts à payer de notre vie?

Les scien­ti­fiques du monde en­tier en sont ve­nus à un consen­sus : la pla­nète se ré­chauffe et nous en sommes les res­pon­sables. Le Groupe d’ex­perts in­ter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évo­lu­tion du cli­mat (GIEC) est ca­té­go­rique : il faut tous agir main­te­nant. Ce­pen­dant, peu de pays agissent, nom­breux sont ceux qui ne font rien et plus nom­breux en­core sont ceux qui se ré­fu­gient der­rière ceux qui ne font rien.

Quelques de­grés de plus, où est le pro­blème?

La pre­mière ré­ac­tion en lien avec le ré­chauf­fe­ment de la pla­nète est de re­mer­cier Dame Na­ture pour ce temps plus clé­ment. En fait, il n’en est rien. Le dé­ba­lan­ce­ment cli­ma­tique en­traî­né par la hausse de la tem­pé­ra­ture moyenne pla­né­taire cau­se­ra une plus grande quan­ti­té de phé­no­mènes cli­ma­tiques ex­trêmes (inon­da­tions, sé­che­resses et vagues de cha­leur), à une fré­quence plus éle­vée. Puis­qu’une bonne par­tie de l’éco­no­mie d’un pays re­pose sur le cli­mat (pro­duc­tions agri­coles, tou­risme, im­por­ta­tions, etc.), les ré­per­cus­sions éco­no­miques se­ront ma­jeures, sans par­ler de la san­té hu­maine ou des coûts di­rec­te­ment liés aux phé­no­mènes mé­téo­ro­lo­giques, dont les tem­pêtes.

Nous sommes d’ac­cord, mais nous ne fai­sons rien!

Dans son dis­cours du 22 sep­tembre der­nier, le doc­teur R.K. Pa­chau­ri, pré­sident du GIEC, di­rec­teur de l’Ins­ti­tut de l’éner­gie et des res­sources et di­rec­teur de l’Ins­ti­tut du cli­mat et de l’éner­gie de Yale, sou­li­gnait les grandes lignes du der­nier rap­port du GIEC. Le Fourth As­sess­ment

Re­port (AR4) pré­sente les ef­forts de cinq an­nées de spé­cia­listes dumondeentier.

L’alerte est main­te­nant sans équi­voque et évi­dente, se­lon les ob­ser­va­tions re­la­tives à l’aug­men­ta­tion des tem­pé­ra­tures de l’air et des océans, à la fonte des neiges et de la glace et à l’élé­va­tion du ni­veau des mers. La tem­pé­ra­tu­re­moyenne glo­bale a aug­men­té de 0,74 ˚C, et le ni­veau des mers est plus haut de 17 cen­ti­mètres. Avec de tels ni­veaux, les com­mu­nau­tés se trou­vant à un mètre au-des­sus du ni­veau de la­mer sont très vul­né­rables lors de tem­pêtes, qui causent la perte de vies et de ma­té­riel.

En Amé­rique, en Eu­rope et en Asie, les pré­ci­pi­ta­tions ont aug­men­té si­gni­fi­ca­ti­ve­ment, alors qu’au Sa­hel, en Mé­di­ter­ra­née, en Afrique du Sud et en Asie du Sud, les sé­che­resses aug­mentent de­puis les an­nées 1970.

Nous ris­quons éga­le­ment de connaître l’ex­tinc­tion de 20 à 30 % des es­pèces si l’aug­men­ta­tion de la tem­pé­ra­ture moyenne at­teint de 1,5 et 2,5 ˚C.

En Afrique, d’ici 2020, de 75 à 250 mil­lions de gens souf­fri­ront de la pé­nu­rie d’eau. Dans cer­tains pays, l’agri­cul­ture pour­rait être ré­duite de 50 %. Les ré­gions les plus pauvres de la pla­nète se­ront le plus du­re­ment tou­chées. Le doc­teur Pa­chau­ri es­time qu’au­moins 12 pays connaî­tront des conflits liés à la ra­re­té de la nour­ri­ture, à la di­mi­nu­tion des res­sources en eau et à la dé­gra­da­tion des sols.

Alors que les émis­sions de gaz à ef­fet de serre ne cessent d’aug­men­ter mal­gré les ac­cords si­gnés, le doc­teur Pa­chau­ri in­siste sur le fait que l’aug­men­ta­tion doit pla­fon­ner dans cinq ans, en 2015, sans quoi de nom­breux lea­ders du monde se re­trou­ve­ront à la tête d’un pays ayant échoué à com­battre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique.

PHOTOTHÈQUE

Au XXe­siècle, le ni­veau des océans est re­mon­té de 17cm en rai­son de la fonte des neiges et des glaces et de l’ex­pan­sion ther­mique des océans.

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