Une grave pé­nu­rie mé­con­nue

Manque de phar­ma­ciens dans les hô­pi­taux

L'Etoile - - ACTUALITÉ - PAR ELI­ZA­BETH CA­RON eca­ron@heb­dos­du­su­roit.com

En­core plus im­por­tante que la pé­nu­rie de mé­de­cins et d’in­fir­mières, la pé­nu­rie de phar­ma­ciens cli­ni­ciens in­quiète l’As­so­cia­tion des phar­ma­ciens des éta­blis­se­ments de san­té (APES). Un vé­ri­table cri d’alarme est lan­cé. Au prin­temps pro­chain, une ronde de né­go­cia­tions s’amor­ce­ra entre le mi­nis­tère de la San­té et l’APES. Se­lon le pré­sident de cette der­nière, Charles For­tier, il est cru­cial d’en ar­ri­ver à une en­tente et de pro­po­ser une so­lu­tion ori­gi­nale afin de rendre cette pro­fes­sion plus at­trayante.

Dé­jà, en 2008, un poste de phar­ma­cien sur cinq était va­cant dans le ré­seau de la san­té au Qué­bec. Du cô­té des in­fir­mières, c’était un sur 20. Toutes pro­por­tions gar­dées, il manque quatre ou cinq fois plus de phar­ma­ciens que d’in­fir­mières. Consé­quence : les phar­ma­ciens d’hô­pi­taux sont les pro­fes­sion­nels du ré­seau de la san­té les plus sur­char­gés. Ils font près de deux fois plus d’heures sup­plé­men­taires que l’en­semble de tous les em­ployés du ré­seau. Et les fi­nis­sants conti­nuent de tour­ner le dos à la pra­tique en mi­lieu hos­pi­ta­lier.

Le phar­ma­cien est de plus en plus im­por­tant pour la san­té et la sé­cu­ri­té des pa­tients à l’hô­pi­tal : les mé­di­ca­ments sont uti­li­sés mas­si­ve­ment dans le trai­te­ment des ma­la­dies, et les pro­duits sont de plus en plus nom­breux et com­plexes. En mi­lieu hos­pi­ta­lier, les mé­di­ca­ments sont sou­vent spé­ci­fiques, no­tam­ment en car­dio­lo­gie, en on­co­lo­gie, en pé­dia­trie, en psy­chia­trie et aux soins in­ten­sifs, et sont fré­quem­ment ad­mi­nis­trés par voie in­tra­vei­neuse. Les pa­tients prennent sou­vent plu­sieurs mé­di­ca­ments à la fois, et le po­ten­tiel d’in­ter­ac­tions est tou­jours plus grand. Dans l’équipe de soins, le phar­ma­cien est le pre­mier res­pon­sable du bon usage des mé­di­ca­ments et de la pré­ven­tion des er­reurs.

Les consé­quences de la pé­nu­rie de phar­ma­ciens sont im­por­tantes. Outre la distribution des mé­di­ca­ments et les soins phar­ma­ceu­tiques, le pro­blème en ma­tière de res­sources hu­maines est en­core plus grave que chez les mé­de­cins.

« L’été 2009 a été par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile à vivre. On rap­porte que les phar­ma­ciens ont dû faire plus d’heures sup­plé­men­taires, tra­vailler sans congé sur des pé­riodes ex­cep­tion­nel­le­ment longues et as­su­mer plus de gardes de nuit. An­née après an­née, de­puis 15 ans, la pé­nu­rie de phar­ma­ciens dans les hô­pi­taux s’ag­grave. Les pro­blèmes de l’été 2009 semblent avoir at­teint un som­met se­lon plu­sieurs té­moi­gnages recueillis », a ex­pli­qué Charles For­tier.

La re­lève

Cette pé­nu­rie ne date pas d’hier. En fait, elle a dou­blé en huit ans et tri­ple­ra d’ici cinq ans. En 2013, les hô­pi­taux au­ront be­soin de quelque 1700 phar­ma­ciens, mais la re­lève ne vient pas. Si l’on ne fait rien, il en res­te­ra moins de 1100. Or, il faut six ans pour for­mer un phar­ma­cien d’hô­pi­tal.

L’APES es­time que, pour contrer cette pé­nu­rie, il fau­drait 100 nou­veaux ve­nus par an­née; il en manque tout près des deux tiers.

Mal­gré des bourses d’études plus gé­né­reuses, la for­ma­tion en phar­ma­cie d’hô­pi­tal reste im­po­pu­laire : moins de 50 fi­nis­sants par an­née s’y ins­crivent, mal­gré les 70 places, elles-mêmes in­suf­fi­santes. Seuls 45 ter­mi­ne­ront le pro­gramme et tra­vaille­ront en mi­lieu hos­pi­ta­lier. De ce nombre, 35 se­ront en­core à l’em­ploi d’un hô­pi­tal après trois ans. Par consé­quent, an­née après an­née, les hô­pi­taux qué­bé­cois doivent com­po­ser avec une pé­nu­rie de deux tiers des fi­nis­sants.

Par ailleurs, le fi­nis­sant en phar­ma­cie doit faire un « choix » : tra­vailler im­mé­dia­te­ment dans le sec­teur pri­vé avec un sa­laire 30 % plus éle­vé qu’à l’hô­pi­tal ou étu­dier deux an­nées sup­plé­men­taires pour de­ve­nir phar­ma­cien d’hô­pi­tal avec un sa­laire de 30 % in­fé­rieur. Cet écart est de­ve­nu in­sou­te­nable.

En 1994, le pro­blème n’exis­tait pas. Le sa­laire en mi­lieu hos­pi­ta­lier était com­pé­ti­tif. On s’ar­rache main­te­nant les phar­ma­ciens en leur of­frant des primes d’éloi­gne­ment ou à l’em­bauche, ce qui en­traîne des dé­pla­ce­ments, sans comp­ter de nou­veaux ve­nus.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.