La trappe a bien chan­gé

Le mé­tier de Pa­trick Ro­zon a bien chan­gé

L'Etoile - - LA UNE - PAR STÉ­PHANE FOR­TIER sfor­tier@heb­dos­du­su­roit.com

RI­GAUD— L’un des plus vieux mé­tiers du monde a évo­lué au fil du temps.

De­puis des siècles, l’homme chasse pour sub­ve­nir à ses be­soins. Il cap­ture no­tam­ment des ani­maux à l’aide de pièges, com­mu­né­ment ap­pe­lées trappes. Au­jourd’hui, s’il y a en­core des peuples chez qui le trap­page est pra­tique cou­rante pour cette rai­son, il est aus­si pra­ti­qué par plai­sir, sou­vent de fa­çon illé­gale, et par né­ces­si­té.

C’est le cas de Pa­trick Ro­zon, de Ri­gaud. Non seule­ment il exerce cette ac­ti­vi­té de fa­çon tout à fait lé­gale, mais il fait par­tie des ges­tion­naires de la faune, ren­dus es­sen­tiels pour l’équi­libre des es­pèces.

« Je pra­tique le tra­page de­puis l’âge de 14 ans, de dire Pa­trick Ro­zon, 41 ans. À l’époque, pour trap­per de fa­çon lé­gale, il fal­lait se pro­cu­rer un per­mis de chasse, comme pour la pêche. De­puis 1990, des gens comme moi sont de­ve­nus des ges­tion­naires de la faune re­con­nus par le gou­ver­ne­ment du Qué­bec. »

Toutes les es­pèces à four­rure sont sus­cep­tibles d’être trap­pées, de la be­lette à l’ours en pas­sant par la martre et le coyote.

Contrôle

Le rôle de Pa­trick Ro­zon? Non pas tuer des ani­maux, mais gé­rer l’équi­libre fau­nique. D’ailleurs, du­rant la sai­son es­ti­vale, il cap­ture les bêtes à l’ori­gine de la dé­pré­da­tion et les re­lo­ca­lise. À l’au­tomne et à l’hi­ver, il est au­to­ri­sé à les tuer, mais tou­jours par sou­ci d’équi­libre de l’éco­sys­tème. S’il ne de­mande pas au client de le payer pour son tra­vail, il peut ob­te­nir une somme pour les peaux, se­lon les prix du mar­ché.

« En tant que ges­tion­naires de la faune, nous éli­mi­nons le sur­plus par né­ces­si­té. Nous ap­pre­nons même à dif­fé­ren­cier les pistes des mâles et des fe­melles afin de pro­té­ger ces der­nières », in­dique M. Ro­zon.

Quand la ges­tion est bien faite, le risque de conju­guer avec une es­pèce en­va­his­sante s’avère consi­dé­ra­ble­ment di­mi­nué.

Les clients de M. Ro­zon? Sou­vent des agri­cul­teurs et des éle­veurs qui se plaignent de la pré­sence de pré­da­teurs ou même le par­ti­cu­lier aux prises avec des pré­da­teurs en­va­his­sants et nui­sibles. Mais de quels pré­da­teurs s’agit-il? Outre les es­pèces men­tion­nées plus haut, il y a les re­nards, les ra­tons la­veurs, friands de maïs et grands ama­teurs d’or­dures, les cas­tors, avec leurs bar­rages, et le pé­kan, très agres­sif.

Le ter­ri­toire deM. Ro­zon? « J’opère dans une grande par­tie dans Vau­dreuilSou­langes », in­dique-t-il.

Les­moyens

Le piège le plus uti­li­sé par le trap­peur d’au­jourd’hui est le Co­ni­bear, un piège en forme en X of­fert en trois mo­dèles : 120, 220 et 330.

« Pour cap­tu­rer les ani­maux et les re­mettre en li­ber­té, j’uti­lise la cage. Par exemple, j’y dé­pose de la viande fai­san­dée pour at­tra­per les ca­ni­dés, du pois­son ou des ali­ments su­crés pour les ra­tons la­veurs », ex­plique Pa­trick Ro­zon.

En conclu­sion, le trap­peur tient à rap­pe­ler aux gens l’im­por­tance de son tra­vail : « Nous sommes consi­dé­rés comme des tueurs, mais nous sommes cer­tai­ne­ment moins meur­triers que les au­to­mo­biles pour les pe­tits ani­maux à four­rure. Nous ne fai­sons pas ce tra­vail par plai­sir, mais, je le ré­pète, pour as­su­rer un équi­libre de la faune dans la ré­gion. »

PHOTOTHÈQUE

Pa­trick Ro­zon et l’une de ses prises.

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER

Pa­trick Ro­zon et son fils Tom­my, fu­tur ges­tion­naire de la faune.

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