Un élé­phant blanc à Très-Saint-Ré­demp­teur?

La Mu­ni­ci­pa­li­té achète l’église et le pres­by­tère

L'Etoile - - ACTUALITÉ - PAR MÉ­LA­NIE MELOCHE-HOLUBOWSKI mm­ho­lu­bows­ki@heb­dos­du­su­roit.com

Jeu­di, les ci­toyens de Très-Saint-Ré­demp­teur ont ap­pris que la Mu­ni­ci­pa­li­té avait ac­quis l’église et le pres­by­tère de l’en­droit. Une dé­ci­sion contes­tée, sur­tout en ce qui concerne l’uti­li­sa­tion de ces bâ­ti­ments, dont les coûts de ré­pa­ra­tion et d’en­tre­tien sont éle­vés.

Au terme de quatre ans de né­go­cia­tions avec la Fa­brique Sainte-Ma­de­leine, laMu­ni­ci­pa­li­té et le Dio­cèse de Val­ley­field ont an­non­cé la vente de l’église, du pres­by­tère et du tré­fond­sdu­ci­me­tiè­re­deT­rès-Saint-Ré­demp­teur.

Afin de pou­voir ac­qué­rir ces bâ­ti­ments, la Mu­ni­ci­pa­li­té s’en­gage à en­tre­te­nir le ci­me­tière au cours des 30 pro­chaines an­nées. La Fa­brique es­time que cette somme de­vrait at­teindre un mi­ni­mum de 5000 $ par an, pour une somme d’ac­qui­si­tion d’au moins 150 000 $.

Ce­pen­dant, 5000 $ pour en­tre­te­nir le ci­me­tière est un mi­ni­mum. Car il faut te­nir compte du creu­sage des fosses, de la coupe du ga­zon et du dé­nei­ge­ment, ce qui peut at­teindre 8000 $ par an. C’est ce qu’ex­plique Ch­ris­tian Fortin, res­pon­sable des com­mu­ni­ca­tions au Dio­cèse de Val­ley­field. Le taux d’in­fla­tion des coûts d’en­tre­tien n’est pas cal­cu­lé. Quant à la ré­pa­ra­tion du toit, elle coû­te­ra en­vi­ron 50 000 $, et le chauf­fage près de 10 000 $ an­nuel­le­ment.

Des éva­lua­tions des coûts de ré­no­va­tion au­raient semble-t-il été ef­fec­tuées, mais le maire Jean La­londe ne veut confir­mer au­cu­ne­som­me­pour la ré­fec­tion.

Dé­sa­cra­li­sa­tion

Pour la pre­mière étape du trans­fert de pos­ses­sion, l’église subira un dé­cret ca­no­nique, soit la dé­sa­cra­li­sa­tion du bâ­ti­ment.

Tout sym­bole re­li­gieux se­ra en ef­fet re­ti­ré de l’église, sans que le bâ­ti­ment n’en soit pour au­tant en­dom­ma­gé. Les bancs et la cloche de­meu­re­ront. Les vases sa­crés, les ob­jets de pié­té, les vê­te­ments sa­cer­do­taux, les sta­tues et les ob­jets de dé­vo­tion res­te­ront en la pos­ses­sion de la Fa­brique. Cette der­nière pour­ra of­frir des ob­jets à d’autres églises.

La Mu­ni­ci­pa­li­té avait pro­po­sé de per­mettre la te­nue de cé­ré­mo­nies re­li­gieuses à l’oc­ca­sion, mais la Fa­brique a re­fu­sé. Cette dé­ci­sion a pei­né de nom­breux fi­dèles.

Le Dio­cèse n’a pas confir­mé la date de la der­nière messe en ces lieux, mais ce pour­rait être le 18 avril. Deux autres églises fer­me­ront alors leurs portes, soit celles de Hun­ting­ton et de Saint-Agnès.

« Avec le vieillis­se­ment des prêtres, le nombre de fi­dèles à la baisse et le vieillis­se­ment des églises, nous avons de plus en plus de pro­blèmes, ex­plique M. Fortin. Ce n’est plus viable, d’être pro­prié­taire de l’église. »

Ache­ter pour­quoi?

Le maire de Très-Saint-Ré­demp­teur pro­met un pro­jet pour les bâ­ti­ments, sans pour au­tant dé­voi­ler les plans de laMu­ni­ci­pa­li­té. « Avant de pré­sen­ter des scé­na­rios, nous vou­lons pou­voir ex­pli­quer comment nous fi­nan­ce­rons les coûts et de quelle fa­çon nous pro­cé­de­rons, ex­plique-t-il. Nous sommes à la re­cherche de sub­ven­tions. »

Néan­moins, au bout de quatre ans de né­go­cia­tions, la Mu­ni­ci­pa­li­té n’a tou­jours pas pré­sen­té de pro­jet concret, une si­tua­tion in­quié­tante pour les ci­toyens. Des ru­meurs courent sur l’éven­tuelle vo­ca­tion de l’église et du pres­by­tère : un ca­fé In­ter­net, des lo­caux pour la Mu­ni­ci­pa­li­té, une salle de spec­tacle, un mu­sée, une ga­le­rie d’ar­tistes… « Nous en­ten­dons par­ler de pro­jets, mais nous n’ar­ri­vons pas à faire par­ler les élus », dit la ci­toyenne Mo­nique Ques­nel.

M. La­londe af­firme qu’il s’agi­ra d’un pro­jet com­mu­nau­taire, et non d’un pro­jet ré­si­den­tiel ou com­mer­cial. D’ailleurs, avant de com­men­cer tout pro­jet, la Mu­ni­ci­pa­li­té de­vra ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion de la Com­mis­sion de pro­tec­tion du ter­ri­toire agri­cole du Qué­bec (CPTAQ) pour chan­ger le zo­nage des ter­rains d’agri­cole à ins­ti­tu­tion­nel.

Ce­pen­dant, la grogne s’ins­talle, et les ques­tions se mul­ti­plient. Com­bien coû­te­ra le pro­jet? Comment se­ra-t-il fi­nan­cé? Qui est res­pon­sable du dos­sier? Les ci­toyens se­ron­tils consul­tés?

Plu­sieurs ci­toyens craignent une aug­men­ta­tion de taxes en rai­son de la ré­no­va­tion et de l’en­tre­tien des bâ­ti­ments. « Il y a un pro­blème à Très-Saint-Ré­demp­teur. Quelques per­sonnes ont de grands rêves, mais ça ne fait pas l’una­ni­mi­té. Qui va payer pour tout ça? » de­man­deMme Ques­nel.

Les ci­toyens ne su­bi­ront pas d’aug­men­ta­tion de taxes en 2010 ni en 2011, af­firme tou­te­fois le maire La­londe.

Mme Ques­nel qua­li­fie les choix des élus de po­li­tique de pe­tits pas. « Les élus n’ont au­cune vi­sion à court et à long terme pour l’église et le pres­by­tère, dé­plore la ci­toyenne An­nie Gi­guère. Comment vou­lez-vous que 750 per­sonnes en­tre­tiennent ce rêve? »

En ef­fet, comment les élus peuvent-ils ache­ter des bâ­ti­ments sans en connaître les coûts de ré­no­va­tion et la vo­ca­tion? « Ils n’ont pas ache­té sans avoir une idée de ce qu’il veulent en faire. Voyons donc! Il ne faut pas nous prendre pour des va­lises! » s’ex­cla­meMme Gi­guère.

Le con­seil mu­ni­ci­pal se pen­che­ra sur ce dos­sier au cours des pro­chains mois. Une de­mande à la CPTAQ pour­rait être for­mu­lée ce prin­temps; les ci­toyens se­raient alors mis au cou­rant des scé­na­rios pos­sibles.

Le maire af­firme avoir tou­jours été trans­pa­rent, mais les ci­toyens n’en res­tent pas moins sans ré­ponse.

« S’il y a une réunion pour dé­ci­der comment uti­li­ser l’église, les dé­ci­sions se­ront pro­ba­ble­ment dé­jà prises. Le con­seil fe­ra une réunion par po­li­tesse », sup­pose la ci­toyenne An­nie Gi­guère. Les ci­toyens de­vront af­fir­mer haut et fort leur mé­con­ten­te­ment à l’égard de cet achat, dit-elle. « On de­vrait se le­ver et dire non pour de vrai! » conclut-elle.

La pro­chaine séance du conseil­mu­ni­ci­pal de Très-Saint-Ré­demp­teur au­ra lieu le 13 avril à 20 h.

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER Jeu­di, le maire de Très-Saint-Ré­demp­teur, Jean La­londe (à droite), a an­non­cé l’achat de l’église et du pres­by­tère.

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER Le cu­ré Ro­land Demers, lors de la réunion de l’an­nonce de la vente de l’église et du pres­by­tère de Très-Saint-Ré­demp­teur.

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