Au coeur de l’orgue

L'Etoile - - LA UNE -

Un ci­toyen de Saint-La­zare ti­tu­laire des orgues de l’ora­toire Saint-Jo­seph

par

JUS­TINE GRE­NIER,

jour­na­liste Le jeune homme à la che­mise vert lime des­cend l’es­ca­lier à la vi­tesse de l’éclair, une paire de sou­liers dans la main gauche, juste avant que la jour­na­liste ne l’oblige à frei­ner sa course. « Si tu veux me par­ler,

il faut que tume suives, lance-t-il, sou­riant. On court! » Phi­lippe Bé­lan­ger n’est pas en re­tard à son ren­dez-vous d’af­faires ou à son en­traî­ne­ment de ho­ckey. Il doit plu­tôt jouer la messe à la crypte,

quelques ins­tants après avoir ter­mi­né un concert à la ba­si­lique.

L e mu­si­cien est ti­tu­laire des orgues de l’ora­toire Saint-Jo­seph. Ju­ché sur le mont Royal, ce pas­sion­né de 35 ans fi­gure par­mi les meilleurs or­ga­nistes du monde, dont ceux qui font vi­brer No­treDame de Paris et la ca­thé­drale Saint-Paul de Londres.

Son jou­jou? Un orgue al­le­mand Be­cke­rath de 5811 tuyaux, ma­jes­tueux, ins­tal­lé à l’ora­toire en 1960.

Phi­lippe Bé­lan­ger s’illu­mine chaque fois qu’il en parle. Pour lui, c’est un ex­ploit, de rendre un tel monstre poé­tique et jo­li. « Il est gros comme un im­meuble d’ap­par­te­ments de huit étages! C’est tout un art, tout un tra­vail de moine, la construc­tion d’un orgue. L’ins­tru­ment a vrai­ment sa gueule à lui. »

Phi­lippe Bé­lan­ger sait de quoi il parle. Dans sa mai­son de Saint-La­zare trône l’une de ses créa­tions.

Dif­fi­cile de croire qu’un seul homme di­rige au­tant de puis­sance et de dé­ci­bels tout en haut de la ba­si­lique. Sous les re­gards des cu­rieux, ses sou­liers de cuir ver­ni volent au-des­sus du pé­da­lier. Phi­lippe Bé­lan­ger semble dan­ser, au centre de la tri­bune des orgues, jouant avec les bou­tons de flûte à fu­seau, cor de nuit et pic­co­lo : « J’aime jouer pour que ça sonne comme un or­chestre! »

«

» Ma langue ma­ter­nelle, c'est la mu­sique! Phi­lippe Bé­lan­ger est sa­cré ti­tu­laire des orgues de l’ora­toire Saint-Jo­seph.

Rêve d’une vie, oui. Ce père de fa­mille vi­vra la sienne entre les murs de l’ora­toire. Épeu­rant? « Oui et non. Je me pas­sionne aus­si pour autre chose : ça as­sure mon équi­libre. »

En ef­fet, en plus de pas­ser en moyenne 80 heures par se­maine à l’ora­toire, ce mul­ti-ins­tru­men­tiste com­pose de la mu­sique de films. Il a aus­si un pen­chant pour les voi­tures an­ciennes et voyage à tra­vers le monde comme concer­tiste et consul­tant. En 2006, il a même rem­por­té le Fé­lix dans la ca­té­go­rie Al­bum clas­sique de l’an­née.

Ces jours-ci, pour conser­ver son équi­libre entre l’au­tel et la croix, Phi­lippe Bé­lan­ger com­pose du rock. Étrange pa­ra­doxe que d’en­tendre la voix d’un ro­ckeur dans le bu­reau de l’or­ga­niste pen­dant que, de l’autre cô­té du­mur, on louange l’agneau de Dieu.

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER

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