Vau­dreuil-Sou­langes, qui es-tu?

L'Etoile - - BILLET -

Vau­dreuil-Sou­langes tra­verse sa crise d’ado­les­cence. Tel un jeune en pleine crois­sance, la ré­gion vit de très grands chan­ge­ments. Ceux-ci peuvent sus­ci­ter des craintes, mais sur­tout cette ques­tion fon­da­men­tale : Vau­dreuilSou­langes, qui es-tu? Que veux-tu de­ve­nir?

Nul be­soin de le ré­pé­ter : Vau­dreuil-Sou­langes se dé­ve­loppe à vue d’oeil. Les élus dé­clarent à l’una­ni­mi­té que la ré­gion est en voie de de­ve­nir le pro­chain pôle in­ter­mo­dal au Québec. Vau­dreuil-Sou­langes est prête à prendre sa vé­ri­table place au Québec. Ce ne se­ra plus, af­firment les élus, le pe­tit coin ou­blié de la Mon­té­ré­gie.

Au­to­route 30, gare in­ter­mo­dale, Ca­na­dian­Tire, in­dus­triesde trans­port, hô­pi­tal, com­merces, écoles, en­tre­prises… Au­tant de pro­jets qui en­gendrent for­cé­ment une lé­gère perte de contrôle. Ca­ril faut enef­fet se­de­man­der: qui est res­pon­sable de tous ces chan­ge­ments? Où­nous­mè­ne­ra­tout ce dé­ve­lop­pe­ment?

Quel est le plan?

De­puis quatre ans, je couvre l’ac­tua­li­té ré­gio­nale aux Heb­dos du Su­roît. Or, j’ai du mal à re­con­naître cette ré­gion, dans la­quelle je me suis ins­tal­lée il y a plus de 15 ans. En­fant, quand je ren­dais vi­site à mes cou­sins, à Pin­court, on di­sait qu’on ve­nait à la cam­pagne. Les champs de Vau­dreuil-Do­rion sont dé­sor­mais en­va­his de mai­sons. Même le pe­tit vil­lage de mes grands-pa­rents, Co­teau-Lan­ding, a bien chan­gé.

Par­fois, j’ai la tête qui tourne juste à re­gar­der tout ce qui se fait à la hâte et tout ce qui est pré­vu au cours des pro­chains mois. Les gens de la ré­gion avec qui je dis­cute de ces pers­pec­tives d’ave­nir ont, com­me­moi, la tête qui tourne.

Ar­rê­tons-nous un mo­ment. Étu­dions une chose à la fois… Si nous vou­lons ex­ploi­ter le po­ten­tiel de la ré­gion, tous les as­pects doivent être­mi­nu­tieu­se­ment consi­dé­rés.

Ces pro­jets d’en­ver­gure sont très ex­ci­tants mais y sommes-nous prêts? Si ce n’est pas le cas, alors que de­vons-nous faire, con­crè­te­ment, pour ar­ri­ver à bon port?

Évi­dem­ment, le dé­ve­lop­pe­ment si­gni­fie bien plus que la simple construc­tion de mai­sons. Pen­sons par exemple à l’im­plan­ta­tion d’in­dus­tries et de com­merces en zones agri­coles. Mais ce­la est sans comp­ter la réa­li­té à la­quelle nous de­vons faire face : pé­nu­rie de main-d’oeuvre, taux de dé­cro­chage éle­vé, manque de lo­ge­ments so­ciaux, de trans­port en com­mun et d’ins­ti­tu­tions.

L’in­con­nu n’a ja­mais ras­su­ré per­sonne. Les maires de pe­tites mu­ni­ci­pa­li­tés se de­mandent quelle se­ra leur place dans toute cette crois­sance. Se­ront-ils en­glou­tis? Fu­sion­nés? Ou­bliés?

« Ça nous fait peur », avoue un maire qui dé­sire gar­der l’ano­ny­mat, par crainte de ne pas être as­sez « ré­gio­nal ».

Même ré­ac­tion chez les agri­cul­teurs : qu’ad­vien­dra-t-il des terres de Vau­dreuil-Sou­langes, les plus fer­tiles du Québec? Il faut les pro­té­ger, certes, mais sur­tout les uti­li­ser à bon es­cient.

Les com­mis­sions sco­laires cherchent déses­pé­ré­ment des ter­rains pour construire de nou­velles écoles. Les ci­toyens, quant à eux, veulent conser­ver leur quié­tude et re­fusent qu’un im­meuble leur bloque la vue. Les en­tre­prises se pré­oc­cupent de la pé­nu­rie de main-d’oeuvre qua­li­fiée et de l’exode des tra­vailleurs versMon­tréal.

Je crois plei­ne­ment au dé­ve­lop­pe­ment de la ré­gion, mais j’ap­pré­hende une pla­ni­fi­ca­tion anar­chique qui ne pour­ra que dé­truire le cô­té cham­pêtre qui a long­temps été le charme de cette ré­gion. Per­sonne ne veut que Vau­dreuil-Sou­langes de­vienne une autre ban­lieue dé­pour­vue de per­son­na­li­té.

Tout comme l’ado­les­cent, la ré­gion se cherche une iden­ti­té. Vau­dreuil-Sou­langes, que se­ras-tu dans 20, 30,40ans? Se­ras-tu fiè­rede ton­ca­rac­tère, de­to­nas­pect, de­te­sac­com­plis­se­ments?

Nous sommes les pa­rents

Il n’en reste pas moins que ce vent de chan­ge­ment sans pré­cé­dent est très mo­ti­vant. En mai, plus de 300 per­sonnes ont par­ti­ci­pé au pre­mier Som­met éco­no­mique de Vau­dreuil-Sou­langes. Tous étaient im­pa­tients de don­ner leur opi­nion, d’ex­pri­mer leurs in­quié­tudes et de faire part de leurs sug­ges­tions.

Le mou­ve­ment se pour­suit. Le Re­grou­pe­ment des gens d’af­faires de Vau­dreuil-Sou­langes (RAGAVS) est en tour­née pour en­ga­ger les ci­toyens à prendre ac­ti­ve­ment part aux dé­ci­sions. ( Voir la page 7.)

« Nous di­sons sou­vent que la ré­gion gros­sit à la vi­tesse grandV. Mais les gens sont en mode ré­ac­tion, dé­clare Ri­chard Du­bois, duRAGAVS. Il est temps de pas­ser à l’ac­tion. »

En fin de compte, ne nous leur­rons pas : les élus choi­si­ront le dé­ve­lop­pe­ment et l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire. Les 23 maires de laMRC de Vau­dreuil-Sou­langes au­ront donc d’im­por­tantes dé­ci­sions à prendre. Pas­se­ront-ils à l’his­toire pour avoir su faire croître cor­rec­te­ment la ré­gion ou plu­tôt pour avoir su­bi des chan­ge­ments mal gé­rés et pro­blé­ma­tiques à long terme? Je sens tou­te­fois que ces maires font leur de­voir. Tran­quille­ment, un es­prit ré­gio­nal s’ins­taure.

La dy­na­mique est lan­cée, mais il s’agit de la main­te­nir. Il se­rait fa­cile de s’es­souf­fler et de dé­cla­rer, à la fa­çon d’un ado­les­cent, « Je m’en fous! » Alors les pro­mo­teurs, les com­merces et les in­dus­tries condui­raient à leur ma­nière le dé­ve­lop­pe­ment de Vau­dreuil-Sou­langes. Nous ne pou­vons adop­ter cette at­ti­tude.

On dit qu’il faut un vil­lage pour édu­quer un en­fant. Alors tous les Vau­dreuil-Sou­lan­geois de­vront par­ti­ci­per pour que la ré­gion par­vienne à ma­tu­ri­té avec sa­gesse et fi­nesse.

Par­ti­ci­pez. Com­men­tez. Sug­gé­rez. Cri­ti­quez. Ci­toyens, la ré­gion est entre vos mains!

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