L’en­sei­gne­ment de la langue se­conde tient de l’acro­ba­tie

Deux langues of­fi­cielles au Québec

L'Etoile - - C’EST MON POINT DE VUE -

Qui ne se sou­vient pas de ses cours d’an­glais au pri­maire ou au se­con­daire? L’ex­pé­rience s’avé­rait agréable ou en­nuyante se­lon l’en­thou­siasme de l’en­sei­gnant ou le ni­veau de l’élève. De fa­çon gé­né­rale, le cours d’an­glais langue se­conde se com­pa­rait aux autres ma­tières, mais pour cer­tains, c’était un cu­rieux mé­lange de bi­zarre et de cruel. La dif­fi­cul­té de re­pro­duire les sons, de com­prendre les textes à l’oral ou d’en écrire, ce qui dé­jà, dans une langue ma­ter­nelle (L1), est un tour de force, ne sont que quelques fac­teurs qui ont pu en dé­cou­ra­ger plus d’un. Tou­te­fois, ayant en­sei­gné dans les sec­teurs fran­co­phones et an­glo­phones, je peux af­fir­mer sans hé­si­ter que l’ex­pé­rience du fran­çais langue se­conde est la même pour les an­glo­phones du Québec. L’an­glo­phone se tor­tille au­tant la man­di­bule en vou­lant pro­non­cer les R et les EU ou les OU, que les fran­co­phones avec les L si­len­cieux qui se trouvent de­vant les D (les would et les could) ou les fa­meux TH qui se pro­noncent de deux fa­çons et donnent l’im­pres­sion d’avoir un poil sur la langue. Et les faux amis, ces mots qui se res­semblent, mais qui ne veulent pas du tout dire la même chose : lec­ture, for­ma­tion, ins­truc­tion et di­rec­tion, pour n’en nom­mer que quelques-uns. Alors que le S plu­riel en fran­çais s’écrit mais ne se dit pas, il est tou­jours pro­non­cé en an­glais. Bref, de quoi faire une bouillie pour chat égyp­tien ten­tant d’ap­prendre le chi­nois! Pas éton­nant qu’il y ait au­tant de dys­lexie dans les deux cultures avec toutes ces ex­cep­tions et ces sons qui cor­res­pondent à plus d’une re­pré­sen­ta­tion vi­suelle, d’où l’ap­pa­ri­tion fré­quente d’an­xié­tés lin­guis­tiques. Comme l’ap­pa­reil pho­na­toire est très dif­fé­rent chez l’un comme chez l’autre, les an­glo­phones au­raient sû­re­ment plus de fa­ci­li­té à ap­prendre une langue ger­ma­nique et les fran­co­phones, une langue la­tine. L’im­pact de l’at­ti­tude po­li­tique des ap­pre­nants n’est pas à né­gli­ger, non plus. Quoi de pire pour en­le­ver le goût d’ap­prendre une nou­velle langue que de la pour l’en­sei­gne­ment des langues. Il n’y a pas de re­cette mi­racle pour ap­prendre, quelle que soit la ma­tière. La clé pour mo­ti­ver des ap­pre­nants de­meure la va­rié­té. La dic­tée est un moyen ef­fi­cace pour en­ra­ci­ner la so­no­ri­té et l’or­tho­graphe d’une langue, mais elle risque d’en as­som­mer plu­sieurs si c’est la seule mé­thode ex­ploi­tée et si, de plus, l’étu­diant ne com­prend rien à ce qu’il en­tend. Ex­pli­quer un concept gram­ma­ti­cal dans la langue de l’autre est aus­si une fa­çon ef­fi­cace d’as­su­rer une meilleure com­pré­hen­sion si, bien sûr, la langue ma­ter­nelle est bien ar­ri­mée. L’étu­diant qui n’a ja­mais com­pris la conju­gai­son des verbes dans sa L1 au­ra tout au­tant de dif­fi­cul­té, si­non plus, à s’y re­trou­ver dans sa L2. Ap­prendre une langue se­conde est aus­si une ques­tion de mu­sique : si on ne pra­tique ja­mais son ins­tru­ment, on ne sau­ra ja­mais en jouer. Et n’est pas mu­si­cien qui veut! L’ap­pren­tis­sage d’une langue se­conde est gra­duel, re­quiert une pa­tience in­fi­nie et de l’in­dul­gence. Dans plu­sieurs cas, comme la peur du ri­di­cule cause un blo­cage, l’étu­diant doit donc ap­prendre à pié­ti­ner sa fier­té. Il faut sa­voir ac­cep­ter l’er­reur sans pas­ser sous la guillo­tine. Il est im­por­tant pour l’étu­diant d’in­ter­agir, et ce­lui ou celle qui est plus fort que l’autre peut conso­li­der son ap­pren­tis­sage de la langue en fai­sant fi­gure de tu­teur. La deuxième par­tie se­ra pu­bliée dans le jour­nal Pre­mière Édi­tion du 4 dé­cembre 2010.

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