Ste­phen Har­per re­çoit le « prix de la noir­ceur »

Congrès de la FPJQ

L'Etoile - - ENVIRONNEMENT NOUVELLES RÉGIONALES - ELIZABETH CA­RON eca­ron@heb­dos­du­su­roit.com

La li­ber­té de presse et l’ac­cès à l’in­for­ma­tion sont d’une im­por­tance cru­ciale pour les jour­na­listes et le pu­blic. En sciences, ces qua­li­tés sont d’au­tant plus im­por­tantes que l’in­for­ma­tion est spé­ci­fique et les dé­ci­sions im­por­tantes.

La Fé­dé­ra­tion pro­fes­sion­nelle des jour­na­listes du Québec (FPJQ) a te­nu son congrès an­nuel du 25 au 27 no­vembre à Mon­tréal. De­puis 1969, elle dé­fend la li­ber­té de presse et le droit du pu­blic à l’in­for­ma­tion. As­so­cia­tion dé­mo­cra­tique sans but lu­cra­tif, elle ras­semble su­ru­ne­base vo­lon­taire quelque 2100 jour­na­listes oeu­vrant au­près de plus de 250 mé­dias écrits ou élec­tro­niques, ce qui en fait la prin­ci­pale or­ga­ni­sa­tion jour­na­lis­ti­queauQué­bec.

Cette an­née, les su­jets chauds de l’heure, dont le lock-out au Jour­nal de Mon­tréal, la dé­on­to­lo­gie et l’ave­nir du jour­na­lisme, ont ani­mé les 600 par­ti­ci­pants. Au sur­plus, lors du dî­ner du sa­me­di, une an­nonce de Brian Myles, pré­sident de la FPJQ, a été chau­de­ment ap­plau­die : Ste­phen Har­per re­ce­vait le « prix de la noir­ceur » pour « l’en­semble de so­noeuvre ».

Une­po­li­tique de com­mu­ni­ca­tion ré­vi­sée

Onse rap­pel­le­ra que la Po­li­tique de com­mu­ni­ca­tion du gou­ver­ne­ment duCa­na­da, pu­bliée en août 2006, com­por­tait comme pre­mier « en­ga­ge­ment stra­té­gique » de « four­nir au pu­blic des ren­sei­gne­ments sur ses po­li­tiques, pro­grammes, ser­vices et ini­tia­tives qui sont op­por­tuns, exacts, clairs, ob­jec­tifs et com­plets ».

Puis, en fé­vrier 2008, une di­rec­tive d’En­vi­ron­ne­ment Ca­na­da dic­tait une nou­velle ligne de conduite entre jour­na­listes et in­ter­ve­nants. Do­ré­na­vant, tous les scien­ti­fiques doivent re­di­ri­ger les ap­pels vers le ser­vice des com­mu­ni­ca­tions du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. En­pra­tique, l’in­for­ma­tion ne par­vient au jour­na­liste que si des ques­tions ont été en­voyées à l’avance, puis trai­tées par les agents d’in­for­ma­tion. Dans ce va-et-vient, l’in­for­ma­tion est si for­te­ment ma­ni­pu­lée (vo­lon­tai­re­ment ou par igno­rance ou simple dé­for­ma­tion) que la nou­velle en perd­tout son sens.

Si le jour­na­liste tient bon et ar­rive à re­cueillir les ren­sei­gne­ments convoi­tés, et ce, dans un dé­lai rai­son­nable (avant l’heure de tom­bée), les scien­ti­fiques, eux, après avoir pro­duit des ré­ponses à des ques­tions, doivent dé­po­ser un rap­port sur toute l’af­faire. Il se crée ain­si une ani­mo­si­té à la re­cherche, tant de la part des jour­na­listes que de la part des scien­ti­fiques.

Ré­sul­tat? La cou­ver­ture mé­dia­tique sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, par exemple, a di­mi­nué de 80% de­puis l’ins­tau­ra­tion de cet­te­di­rec­tive.

En mars 2010, le mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, Jim Pren­tice, a com­pa­ré en ces termes la po­li­tique de com­mu­ni­ca­tion du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment à celle des autres mi­nis­tères : « En­vi­ron­ne­ment Ca­na­da a la même po­li­tique de re­la­tions pu­bliques que tous les au­tres­mi­nis­tères au gou­ver­ne­ment duCa­na­da. » En ce sens, il avait tout à fait rai­son. Dans la plu­part des dos­siers trai­tés par les jour­na­listes, les ré­ponses aux ques­tions pro­viennent des re­la­tions pu­bliques ou d’un agent de com­mu­ni­ca­tion qui, le plus sou­vent, n’est pas au cou­rant du dos­sier en ques­tion ou en­core le connaît peu.

Les délais et les er­reurs qui s’en­suivent en­traînent in­évi­ta­ble­ment la dé­gra­da­tion de la nou­velle et le dés­in­té­res­se­ment gé­né­ra­li­sé. De­vant ces ré­sul­tats, on peut se de­man­der si le gou­ver­ne­ment ca­na­dien n’a pas fait les choses exac­te­ment com­meil le dé­si­rait.

Le « prix de la noir­ceur »

Ce prix « ré­com­pense » l’or­ga­nisme pu­blic qui ma­ni­feste le moins de trans­pa­rence et pose le plus d’obs­tacles à la dif­fu­sion de l’in­for­ma­tion. Les cri­tères de sé­lec­tion sont la mau­vaise foi de l’or­ga­nisme, son in­fluence né­ga­tive sur la cueillette de l’in­for­ma­tion par les jour­na­listes, son ef­fet né­ga­tif sur le pu­blic, l’in­té­rêt pu­blic des ren­sei­gne­ments re­cher­chés et, en­fin, l’his­to­rique de « noir­ceur » de l’or­ga­nisme.

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER

Ste­phen Har­per en vi­site à L’Île-Per­rot en sep­tembre2008.

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